Euro: “Mon rêve de gosse partait en fumée”, raconte Tolisso à l’AFP

Le milieu de terrain de l’équipe de France, Corentin Tolisso, lors d’une conférence de presse, le 30 mai 2021 à Clairefontaine-en-Yvelines, trois jours avant le match amical contre le pays de Galles, en guise de préparation pour l’Euro-2020
/ © 2021 AFP

Gravement blessé en février, Corentin Tolisso ne s’est octroyé aucun “moment d’égarement” dans sa convalescence, gardant des liens avec l’encadrement des Bleus jusqu’à rattraper “son rêve de gosse” et retrouver la sélection avant l’Euro, raconte-t-il dans un entretien à l’AFP.

Q: Se retrouver titulaire pour le premier match de préparation à l’Euro mercredi contre le pays de Galles (3-0), trois mois et demi après une grave blessure à une cuisse, était-ce inespéré ?

R: “Bien sûr. Quand la blessure est arrivée, il y a eu beaucoup de tristesse. Mon rêve de gosse de jouer à l’Euro partait en fumée. Au début, je pensais que c’était totalement mort, et puis il y a eu ce déclic quand j’ai lâché les béquilles, quand j’ai recommencé à marcher, à remuscler ma jambe. Je me suis dit +Pourquoi pas?+. Quand j’entends la Marseillaise mercredi, je pense à l’endroit où j’étais il y a trois mois et demi, aux efforts que j’ai fournis pour y arriver. Ca m’a donné encore plus de détermination pour le match, pour être bon. Si le 18 février, quand je me blesse, on m’avait dit +Ecoute, ne t’inquiète pas, tu joueras à Nice contre le pays de Galles+, je ne l’aurais pas cru. Cette période a été pour moi la plus compliquée de ma carrière. Je me suis blessé gravement trois fois, et celle-là, entre guillemets, c’était la fois de trop.”

Q: Quand vous vous blessez, quelle a été la réaction de l’encadrement des Bleus ?

R: “Le coach et Guy (Stéphan, son adjoint, ndlr), et même plusieurs kinés m’ont envoyé des messages de soutien. Ils m’ont dit qu’il fallait que je travaille, que je m’accroche, qu’ils me connaissaient, qu’ils savaient que j’étais costaud et que je ferais tout pour revenir le plus vite possible. J’ai aussi pu parler un peu avec le docteur, je lui écrivais parfois pour lui dire où j’en étais. Mais je n’étais pas focalisé là-dessus non plus, je serais rentré dans un processus qui n’était pas bon. J’avais une bulle au Bayern, c’était repos, bien manger, faire des bons soins, travailler à fond. En tout cas, j’ai tout fait pour me donner les chances d’y arriver, il n’y a pas eu un moment d’égarement. Pas une fois je me suis couché à 3 heures du matin avec l’entraînement le lendemain. Si je voulais avoir la chance d’y aller, il fallait que ça soit carré dans le processus.”

Q: Il y a même eu un communiqué public de Didier Deschamps pour affirmer sa tristesse face à votre blessure. Cela vous a touché ?

R: “Lorsque je me suis blessé, je me suis coupé des réseaux sociaux, donc je n’ai pas vu ça. Je l’ai vu plus tard, et à ce moment-là, oui, ça m’a touché, ça m’a encore plus donné d’envie. Ma détermination a encore plus augmenté.”

Q: Est-ce qu’avoir eu une hygiène de vie irréprochable pendant cette période vous fait arriver dans la forme de votre vie ?

R: “La forme de ma vie, je ne sais pas (rires), je ne peux pas dire ça après un mois d’entraînement ! Mais c’est vrai que je me sens bien. Quand on fait du travail physique, je ne suis pas à la ramasse. Peut-être que tout ce que j’ai mis en œuvre paye à l’heure actuelle. A moi de garder ce rythme pour être le plus frais possible. On peut penser que certains joueurs seront fatigués durant l’Euro, à ce moment-là, moi, je serai peut-être plus frais.”

Q: Lucas Hernandez disait récemment à l’AFP qu’il aimait bien vous inviter chez lui pour des barbecues. C’est sa spécialité ?

R: “C’est vrai qu’on a fait quelques repas chez Lucas. A un moment donné où je n’étais personnellement plus trop dans l’équipe car j’étais en soins, absent des causeries, des repas d’équipe, des rassemblements, ça m’a fait du bien.”

Q: Le 15 juin à Munich contre l’Allemagne, vous retrouverez d’autres partenaires dans l’équipe adverse, qui sont aussi des concurrents à votre poste (Joshua Kimmich, Leon Goretzka). Cela décuple-t-il la motivation ?

R: “Oui, surtout dans ma situation. A l’heure actuelle, on sait très bien qu’au Bayern Munich, c’est eux qui ont le plus de temps de jeu et sont devant moi (dans la hiérarchie). Ce sera à moi de leur montrer que je peux faire de belles choses aussi. Ce sont mes coéquipiers, certes, mais ce jour-là on sera plus qu’adversaires.

Propos recueillis par Antoine MAIGNAN et Jérémy TALBOT.