Euro: Modric et la Croatie, dernière danse du génial maître à jouer ?

Le milieu de terrain croate Luka Modric, contrôle le ballon devant son homologue azerbaïdjanais Dimitrij Nazarov, lors des éliminatoires de l’Euro-2020, le 21 mars 2019 à Zagreb
Par Thomas ALLNUTT, Patxi VRIGNON-ETXEZAHARRETA / © 2021 AFP

Toujours aussi précieux du haut de ses 35 ans, le Ballon d’Or 2018 et cerveau du Real Madrid Luka Modric sera le maître à jouer de la Croatie à l’Euro (11 juin-11 juillet). Une dernière danse avant la retraite ?

La dernière fois que la “Vatreni” a joué un tournoi international, en l’occurence le Mondial, Modric a remporté la plus prestigieuse des récompenses individuelles, le Ballon d’or mettant fin au règne de Lionel Messi et Cristiano Ronaldo débuté en 2007.

La distinction venait récompenser son parcours jusqu’en finale de la Coupe du monde, titre de meilleur joueur à la clé, une consécration survenue après son sacre en Ligue des champions et au Mondial des clubs avec le Real Madrid.

Cette saison, il n’y a eu aucun titre avec le club espagnol et le génial milieu de terrain a vieilli de trois ans depuis sa brillante année 2018.

L’Euro sera-t-il le chant du cygne de ce ceveau du football, l’un des milieux de terrain les plus titrés de sa génération ?

“Je peux encore bien jouer”

Lui n’envisage pas de raccrocher tout de suite. “A mon âge, on ne se projette plus sur le long-terme. Mais je veux montrer que je peux encore bien jouer”, affirmait-il en septembre dans un entretien à l’AFP.

La preuve : fin mai, Modric a prolongé son contrat avec la “Maison blanche” pour une saison jusqu’à l’été 2022.

Lors de l’exercice qui vient de s’achever, il a été le joueur de champ le plus utilisé par Zinédine Zidane derrière Karim Benzema et Casemiro. Il a en outre enregistré son plus haut total de buts en Liga depuis son arrivée en Espagne.

Au-delà des statistiques, Modric a continué à donner le rythme de l’attaque merengue, n’hésitant pas à distiller des délices de passes voire à tenter sa chance de loin, de temps en temps.

“Les gens se fient toujours aux joueurs qui marquent beaucoup de buts ou qui font beaucoup de passes, et s’ils ne regardent pas beaucoup de matches ils ont besoin de temps pour remarquer les autres joueurs”, avait pourtant confié Modric à l’AFP, assurant que “la reconnaissance vient avec le temps”.

“Le Mondial ? On verra”

Certes, la génération dorée croate a un peu vieilli avec Ivan Perisic plus aussi décisif qu’avant et Ivan Rakitic, l’acolyte de longue date de Modric au milieu de terrain, en retraite internationale… Mais les vice-champions du monde devraient pouvoir surmonter un groupe D plutôt relevé avec l’Angleterre, l’Ecosse et la République tchèque.

“Il y a toujours eu beaucoup de scepticisme à propos de moi, à propos de mes qualités, de mon style de jeu et de mon physique (…) On a dit que j’étais trop chétif pour atteindre le haut niveau, mais cette adversité ne m’affecte pas, cela me motive encore plus”, notait pour l’AFP le milieu offensif aux 137 sélections.

Un temps qualifié de “pire recrue du Real Madrid” par le quotidien espagnol Marca après sa première saison, Modric a puisé sa force dans une enfance passée sous les bombes, quand sa famille avait dû abandonner sa maison à Zadar en 1991 et vivre dans un hôtel pendant sept ans.

“Je me souviens de cette peur qu’on ressentait. On jouait au foot et soudain, il y avait des sirènes, ça arrivait deux ou trois fois par jour, c’était devenu normal. Quand on allait dans l’abri, je prenais aussi mon ballon et on jouait avec mes amis, avec tout le monde, j’organisais des matches. Le football était tout pour moi”, se remémorait-il en septembre.

La finale du Mondial-2018 en Russie aurait été une porte de sortie grandiose pour ce petit (1,72 m) milieu de génie, mais il a préféré continuer. “Je veux jouer l’Euro. Et la Coupe du monde au Qatar ? On verra”, glissait-il à l’AFP.

L’Euro, on y est. Modric a bien l’intention de mener sa sélection vers un premier titre continental.