Euro: l’Italie, souffrir pour mieux grandir

La joie des Italiens après leur victoire en prolongation du 8e de finale de l’Euro contre l’Autriche, à Londres, le 26 juin 2021
Par Anthony LUCAS / © 2021 AFP

Jusqu’ici, tout avait sans doute été trop simple pour l’Italie: tranquille au premier tour, elle a dû souffrir et puiser dans ses ressources pour se hisser en quarts de finale de l’Euro, samedi contre l’Autriche (2-1 a.p.). Une soirée pour “grandir”.

Federico Chiesa, à genoux sur la pelouse de Wembley, les bras en croix, après le premier but libérateur au début de la prolongation. Andrea Belotti et Matteo Pessina, auteur du second but peu après, accourent déjà pour l’enlacer.

Soit trois joueurs sortis du banc pour extirper la “Nazionale” du piège autrichien dans un huitième de finale longtemps incertain.

Cette image a fait la une de toute la presse italienne dimanche, aussi bien des trois grands quotidiens sportifs que des généralistes comme la Repubblica, le Corriere della Sera ou la Stampa.

La soirée londonienne restera donc celle d’un soulagement immense et du grand sourire du héros du soir, Federico Chiesa, buteur dans un Euro en Angleterre 25 ans après son père, Enrico Chiesa, lors de l’Euro-96.

Mais personne n’oubliera pour autant les 120 minutes de souffrance d’une équipe qui, jusqu’ici, avait étalé son enthousiasme, sa fluidité et sa facilité pour survoler le premier tour.

L’Italie a été bousculée en seconde période et sans la VAR, qui a refusé un but pour hors-jeu à l’Autriche, elle n’aurait peut-être jamais vu cette prolongation libératrice.

“Ce sera utile”

“Quelle souffrance! Mais ce sera utile”, assure l’entraîneur italien Claudio Ranieri dans sa chronique pour la Gazzetta dello Sport.

“De telles victoires aident une équipe à grandir, à trouver davantage de sécurité, à prendre conscience de ses moyens. C’était un examen: nous l’avons réussi”, assure l’ex-coach de Leicester ou la Roma.

Souffrir pour mieux grandir, c’est aussi ce que retenait Roberto Mancini, dont le soulagement était à la hauteur de sa nervosité inhabituelle pendant cette seconde période si peu maîtrisée: “Un match aussi difficile peut nous faire du bien.”

Plus que la qualité technique et les jambes (Spinazzola a été de nouveau dévastateur à gauche), c’est le sang-froid et la lucidité qui ont semblé manquer quand l’air s’est raréfié sous la pression d’une possible élimination.

Marco Verratti, milieu expérimenté et homme-clé du système Mancini, a beaucoup touché le ballon, mais peu pesé, remplacé par Manuel Locatelli (67e) juste après la grande frayeur du but refusé à l’Autrichien Marko Arnautovic.

Dans cette tempête émotionnelle, le calme de Federico Chiesa a fait la différence: malgré son statut de remplaçant, l’ailier de la Juventus a gardé sa fraîcheur mentale pour prendre le temps de bien contrôler le ballon avant son but capital.

Pour Gianluigi Donnarumma aussi, “ce match va nous aider à mieux affronter les suivants”.

Le gardien a félicité ses partenaires pour n’avoir “rien lâché” même si, cette fois, l’Italie a pris un but, en fin de prolongation, qui a maintenu l’Autriche en vie.

Séries toujours en cours

Cette tête de Sasa Kalajdzic sur corner n’a pas empêché l’Italie de battre son record d’invincibilité avec au total 1.168 minutes sans prendre de but, soit 25 minutes de plus que le précédent record établi entre 1972 et 1974.

D’autres séries restent en cours: le nombre de succès consécutifs (12) et le nombre de matches sans défaite, désormais porté à 31, soit un de plus que le précédent record, celui de l’Italie de Pozzo (30) dans les années 1930.

Mais le plus dur commence pour les Azzurri qui, en quarts, retrouveront vendredi la Belgique de l’Intériste Romelu Lukaku, l’un des grands favoris, ou le Portugal du “Juventino” Cristiano Ronaldo, tenant du titre.

“On a rejoint les quarts, l’objectif minimal mais aussi celui qui correspond le plus à notre valeur effective”, estime l’éditorialiste du Corriere dello Sport Ivan Zazzaroni.

“Maintenant, chaque pas en avant sera quelque chose se rapprochant d’un miracle footballistique”, ajoute-t-il, tout en appelant à continuer à “rêver”.

Un rêve que les joueurs de Mancini n’ont pas envie de laisser filer, partis du stade dans la nuit en entonnant à tue-tête l’hymne du Mondiale-90 devenu leur mantra: ces entêtantes “Nuits magiques à la poursuite d’un but”.