Euro: l’Italie qui attaque, ce n’est plus la même histoire

Combophoto réalisée le 14 juin 2021 représentant l’attaquant italien Lorenzo Insigne et le milieu suisse Granit Xhaka, dont les équipes s’affrontent à l’Euro le 16 juin
Par Anthony LUCAS / © 2021 AFP

L’Italie a construit sa riche histoire footballistique sur une défense intraitable. Avec Roberto Mancini, elle reste solide derrière mais n’a jamais été autant portée vers l’avant, lancée pour assurer les huitièmes de finale de l’Euro dès mercredi en cas de succès contre la Suisse (21h00).

“Nous nous sommes demandés pendant des mois qui serait notre avant-centre et on a découvert qu’on avait un trident”, constatait, non sans surprise, la Gazzetta dello Sport samedi au lendemain de la démonstration inaugurale contre la Turquie (3-0).

Face à une défense qui avait éteint la France en éliminatoires (2-0, 1-1), les trois attaquants italiens ont brillé.

Ciro Immobile a marqué des points face à son rival pour le poste d’avant-centre Andrea Belotti en inscrivant son premier but en équipe nationale dans son Stadio Olimpico.

Domenico Berardi, en feu sur l’aile droite et impliqué sur le trois buts, et Lorenzo Insigne, actif à gauche et auteur du 3-0 pour se racheter d’une belle occasion manquée en première période, ont aussi fait le plein de confiance.

Cette Italie renaissante n’a pas dans ses rangs des stars comme Kylian Mbappé, Karim Benzema, Harry Kane, Erling Haaland ou Robert Lewandowski.

Mais elle a une palette offensive variée, avec des joueurs tournés vers le collectif, alternant les côtés avec fluidité, redoublant les appels, pressant haut, y compris quand ils mènent.

“Pas les laisser respirer”

Une question d’état d’esprit: “On essaie toujours de ne pas laisser respirer les adversaires, on va les prendre haut”, expliquait lundi à la presse le défenseur Francesco Acerbi. “Notre mentalité, c’est d’aller tous ensemble dans la moitié de terrain adverse.”

Un changement d’ère pour ceux qui ont grandi avec le football italien biberonné au “catenaccio”, ce système défensif né en Suisse (l’adversaire de mercredi) mais popularisé dans la Péninsule, avec le 1-0 érigé en quasi-score parfait et des Coupes du monde soulevées par un gardien, Dino Zoff, en 1982, puis un défenseur, Fabio Cannavaro, en 2006 (dernier Ballon d’Or italien en date).

Avec Roberto Mancini, ex-attaquant devenu sélectionneur depuis mai 2018, l’Italie n’oublie pas de défendre: elle reste sur neuf matches sans encaisser de buts.

Mais ce n’est plus sa seule raison d’être: la Nazionale est depuis trois ans une équipe joueuse, aimant posséder le ballon et le faire circuler rapidement vers l’avant, n’hésitant pas à attaquer à cinq ou six joueurs. Outre le fameux “trident”, le danger vient aussi des perforations de Nicolo Barella, l’accélérateur de mouvement de l’équipe, ou des ailes avec des latéraux tout-terrain.

Contre la Turquie, c’est d’ailleurs le latéral gauche de la Roma Leonardo Spinazzola qui a brillé, homme du match par l’UEFA, dans un rôle tenant autant de l’ailier que du défenseur.

Le facteur physique

“Quand on a derrière soi ces joueurs avec un tel niveau technique, on sait que l’opportunité de marquer peut arriver à tout moment”, témoigne Andrea Belotti sur le site de l’UEFA.

La limite du système Mancini est qu’il nécessite sur une grande débauche d’énergie, pour assurer le mouvement permanent. Beaucoup va donc dépendre de la gestion des hommes et Belotti comme Federico Chiesa pourraient avoir un mot à dire.

Contre la Suisse, l’adversaire que l’Italie a rencontré le plus souvent (59e confrontation), le sélectionneur azzurro doit donc déjà choisir entre reconduire un onze quasi-identique pour assurer les huitièmes (une victoire suffit) ou commencer à faire tourner.

Alessandro Florenzi, sorti contre la Turquie (mollet), devrait laisser sa place à Giovanni Di Lorenzo ou Rafael Toloi. Marco Verratti, de retour à l’entraînement, pourrait réintégrer le groupe, cinq semaines après sa blessure au genou.

Pour la Suisse pas question pour autant de partir battue, a assuré mardi Xherdan Shaqiri: “Ce n’est pas l’Italie qui avait tendance à défendre. Ils sont spectaculaires. Ce sera un vrai défi, mais on va faire de notre mieux pour leur poser des problèmes”, a lancé le joueur de Liverpool.