Euro: Lewandowski, virtuose au Bayern, porteur de piano en Pologne

L’attaquant polonais Robert Lewandowski devant les joueurs slovaques qui célèbrent leur victoire contre la Pologne au stade de Saint-Pétersbourg, le 14 juin 2021
Par Christophe BEAUDUFE avec Stanislaw WASZAK à Varsovie / © 2021 AFP

Robert Lewandowski, désigné meilleur joueur du monde 2020 par la Fifa, a traversé comme un fantôme le premier match de l’Euro avec la Pologne, mais les experts l’excusent: son équipe n’est pas capable de l’alimenter en bons ballons.

La défaite 2-1 face à la Slovaquie en match inaugural met pourtant la Pologne et son capitaine sous pression avant d’affronter les favoris espagnols du groupe E, samedi à Séville (21h00).

“Nous avions dans notre équipe le meilleur joueur du monde. Mais celui qui l’aurait ignoré ne l’aurait jamais cru”, a commenté cruellement le quotidien polonais Rzeczpospolita, qui dédouane toutefois le joueur de 32 ans, auteur de 66 buts en 120 sélections.

“Lewandowski a une nouvelle fois vécu son cauchemar d’attaquant sevré de bonnes passes, condamné à faire un travail de milieu de terrain”, analyse le journal, “il portait le piano alors qu’en virtuose il devrait en jouer”.

En bon chef de bande, “Lewy” a bien essayé de maintenir le moral de ses troupes après la défaite, mais la conviction manque: “On a perdu contre le rival théoriquement le plus faible, donc on se retrouve dans une situation difficile”, a-t-il admis. “J’espère que contre l’Espagne, si on arrive à améliorer ce qui n’a pas marché aujourd’hui, ça ira mieux mais je me rends bien compte aussi que l’adversaire sera d’un niveau plus élevé”.

“Ni Pelé et Maradona…”

D’autant que les Espagnols n’ont pas l’intention de sous-estimer le Polonais: “Évidemment, c’est leur principale menace en attaque, on sait tous la saison qu’il vient de faire, c’est un joueur de classe mondiale”, souligne Pablo Sarabia, le milieu de la Roja et du Paris SG.

Mais contrairement aux Ronaldo, Messi et Modric, qui l’ont précédé au palmarès du joueur FIFA de l’année, Lewandowski n’a pas la chance d’avoir une équipe nationale taillée pour disputer des titres et, pur avant-centre, n’a pas non plus le registre d’un numéro 10, capable d’animer à lui seul une attaque.

Les heures de gloire de la Pologne remontent à la génération dorée du gardien Tomaszewski, du génial Deyna et des feu-follets Lato et Gadocha, champions olympiques 1972 puis troisièmes du Mondial-1974. Puis à celle de Zbigniew Boniek et Andrzej Szarmach à nouveau troisièmes du Mondial-1982.

Depuis, plus grand-chose. Le groupe actuel a été éliminé en 8e de finale de l’Euro-2016 en France par le Portugal, futur vainqueur, et a terminé dernier de sa poule au premier tour du Mondial-2018 en Russie.

Les anciens internationaux se désolent de voir gâcher un tel talent: “Je n’ai pas vu qu’on le soutienne devant le but adverse. Il n’y a que Pelé et Maradona qui étaient capables de remporter un match à eux tout seuls”, s’irrite ainsi Grzegorz Lato, le meilleur buteur de la Coupe du monde 1974.

“Pas la faute de Robert”

Pour Grzegorz Mielcarski, également ex-international aujourd’hui consultant, la faute revient à Paulo Sousa, le sélectionneur (portugais) qui ferait jouer l’équipe contre-nature: “Contre la Slovaquie, Lewandowski a tiré deux fois au but, dans des situations peu confortables (…) On ne lui a pas créé de situation nette pour marquer. Ce n’est pas la faute de Robert tout seul”.

Certains se demandent toutefois si une star de la stature du Munichois ne devrait pas prendre lui-même les choses en main: “Je sais très bien qu’un attaquant vit des passes qu’il reçoit, mais il est aussi naturel qu’on demande davantage à un joueur comme Lewandowski”, estime ainsi Paweł Golanski, ex-international: “Il devrait être capable de tirer l’équipe dans des moments difficiles”.

Le buteur, lui, semble surtout espérer un coup du sort heureux pour franchir l’obstacle: “Il faut qu’on garde, face à l’Espagne, la confiance que lors d’un tournoi comme l’Euro tout peut arriver”, dit-il.