Euro: l’Espagne en panne et proche de la sortie de route

Les joueurs espagnols après le match nul contre la Pologne à l’Euro le 19 juin 2021 à Séville
Par Patxi VRIGNON-ETXEZAHARRETA / © 2021 AFP

Est-ce cela, le vrai niveau de l’Espagne? Accrochée tour à tour par la Suède lundi (0-0) et la Pologne samedi (1-1), la “Roja” de Luis Enrique, en pleine reconstruction, n’arrive ni à gagner ni à convaincre et se retrouve au bord de l’élimination.

Une décennie après l’historique triplé Euro-2008, Mondial-2010, Euro-2012, l’Espagne traîne encore sa peine jusque sur la pelouse sèche de la Cartuja, samedi à Séville. Elle n’aura pas le droit à l’erreur mercredi (18h00) contre la Slovaquie dans ce même stade pour valider son ticket pour les huitièmes de finale.

Samedi soir après le coup de sifflet final, Luis Enrique a assuré que “si ça avait été un match de boxe, l’Espagne l’aurait remporté aux points”. Mais c’est bien sa “Roja” qui est dans les cordes.

“Alerte rouge”, a écrit en lettre majuscules à sa Une le quotidien sportif espagnol As dimanche, sur une photo de Gerard Moreno, les yeux et les doigts écarquillés après son pénalty raté (56e).

“Nous voilà dans un beau guêpier”, a renchéri Marca, le journal le plus vendu en Espagne. “Périlleux faux pas”, l’a rejoint le quotidien catalan Sport.

“Pour le pire”

L’analyse de Marca est sans concession.

“Une réalité qui multiplie les doutes à propos d’une équipe qui, pour le meilleur ou le pire

jusqu’à maintenant, pour le pire-, porte le sceau catégorique de Luis Enrique. L’Asturien s’accroche à son plan, qui consiste à fixer (Marcos) Llorente au poste de latéral droit, à ne pas donner l’étiquette plus que méritée de star à Gerard (Moreno), à faire des remplacements qui ne changent rien du tout au cours du match… et même jusqu’à finir sans (Alvaro) Morata ni Moreno dans les dernières minutes, quand le besoin de but était le plus criant”, a résumé le quotidien Marca dimanche.

Après deux nuls face à deux nations loin de figurer parmi les favoris, les regards commencent à se tourner vers Luis Enrique. Revenu à la tête de la “Roja” en novembre 2019 avec la mission d’amorcer le renouveau de l’équipe, le sélectionneur ne convainc pas.

Cette fois, au moins, Morata n’a pas été sifflé, mais applaudi après son but à la 26e. Pourtant, les supporters et observateurs se lassent de cette équipe dominatrice, qui joue la possession à outrance, mais ne se montre tranchante qu’en de très rares occasions.

“Nous, c’est maintenant”

“L’image finale est inquiétante”, a conclu Alfredo Relaño, président d’honneur du journal As et voix respectée du football espagnol, dans son billet du jour. “Parce que la sélection n’en a pas voulu plus. C’est le moment de passer sur le divan. Du football, elle en a. Mais les grandes équipes, avant de l’être, doivent croire l’être”, a abondé Juan Jimenez, journaliste pour As.

L’Espagne semble aujourd’hui bien loin de son époque dorée. Le seul protagoniste du sacre au Mondial-2010 en Afrique du sud encore présent est Sergio Busquets… qui était assis dans les gradins de la Cartuja samedi soir, deux semaines après avoir été testé positif au Covid-19 (le 6 juin) et un jour après avoir retrouvé ses coéquipiers.

“Bien sûr que j’espérais autre chose. Après deux journées, j’espérais avoir six points et zéro but encaissé. Mais la réalité, c’est ça: mercredi, on doit gagner, sinon on ne passe pas”, a cadré Luis Enrique.

“En mars, on a eu des difficultés contre des adversaires bien plus faibles que ceux qui sont présents dans cet Euro. Les difficultés sont déjà là après deux journées, une pression qui n’arrive normalement qu’en huitième ou en quart de finale… Mais nous, c’est maintenant. On doit gagner, et c’est ce que l’on va faire”, a-t-il promis.