Euro: l’équipe de France, poule aux oeufs d’or d’une Fédération ébranlée

Les stars de l’équipe de France Paul Pogba, Kylian Mbappé, Antoine Griezmann et Karim Benzema à l’échauffement avant le match amical contre la Bulgarie à Saint-Denis, le 8 juin 2021
Par Antoine MAIGNAN et Jérémy TALBOT / © 2021 AFP

Touchée économiquement par la pandémie de Covid-19 et secouée par des tensions internes, la Fédération française de football (FFF) mise plus que jamais sur l’équipe de France, vitrine dorée et “poumon” financier de l’instance grâce à de juteux contrats de sponsoring et de diffusion.

Si la bonne humeur semble de mise dans les allées du centre d’entraînement de Clairefontaine-en-Yvelines, où les Bleus préparent leur match d’ouverture à l’Euro contre l’Allemagne mardi à Munich, c’est sans doute moins le cas dans les couloirs du 87, boulevard de Grenelle à Paris.

Au siège de la FFF, la pandémie de Covid-19 et la défaillance du diffuseur Mediapro ont stoppé net un développement linéaire depuis plusieurs années, brisant la courbe croissante des recettes.

Les recettes fédérales ont diminué de 30,4 millions d’euros entre la saison 2018-2019 et l’exercice 2019-2020. L’instance table sur un budget 2021-2022 déficitaire de 5,7 M EUR, une première en plus de vingt ans.

“La difficulté c’est le Covid, ce n’est pas les finances”, a toutefois nuancé le président fraîchement réélu Noël Le Graët, vendredi en marge de l’Assemblée générale de la “3F”. Ces dernières “ne sont pas altérées de façon exceptionnelle” et “nos réserves permettent de faire en sorte que la Fédération fonctionne sans difficulté”, a dit le dirigeant à la presse.

“Plus beau contrat du monde”

Signe que l’équipe championne du monde 2018 suscite beaucoup d’attentes en interne, les projections intègrent cependant un “résultat bénéficiaire” concernant les Bleus à l’Euro, avec des “hypothèses budgétaires prudentes” (quarts de finale), a expliqué le trésorier Philippe Diallo.

Comme il l’avait rappelé début mai en comité exécutif, “les deux poumons économiques de la FFF sont constitués par l’équipe de France et la Coupe de France, générant à elles seules deux tiers des recettes”.

Les 32,5 M EUR amassés par la sélection au Mondial-2018 ont ainsi permis à l’organe fédéral d’atteindre des recettes record. Les dirigeants savent bien qu’une nouvelle victoire des Bleus cet été pourra combler à elle seule une partie du déficit.

En effet, l’UEFA promet jusqu’à 28,5 M EUR à la Fédération qui verra son équipe triompher au Championnat d’Europe, desquels il faudra toutefois retrancher les primes versées aux joueurs, à hauteur de 30% selon l’accord conclu avec les joueurs tricolores.

Même sans ces revenus dépendants des résultats sportifs, la “3F” se repose largement sur son équipe nationale pour arrêter son budget. Car c’est bien la sélection qui lui a permis de décrocher “le plus beau contrat du monde”, dixit Le Graët, avec l’équipementier Nike, soit plus de 50 M EUR annuels assurés entre 2018 et 2026.

C’est elle aussi qui pèse pour 57% des revenus télévisuels de la FFF, à plus de 30 M EUR par an ces dernières saisons, grâce aux accords de diffusion signés avec TF1 et M6.

“Effet Benzema” et plan social

Et la tendance est à la hausse depuis le retour surprise de Karim Benzema.

A la boutique officielle, dans le XVe arrondissement de Paris, les vendeurs sont débordés et les maillots s’arrachent: en début de semaine dernière, aucune tunique déjà floquée au nom du joueur du Real Madrid n’était disponible en rayons. Il fallait parfois patienter jusqu’au soir, voire au lendemain, pour venir chercher sa commande marquée du N.19.

Les revendeurs aussi se félicitent d’un succès commercial un peu inespéré, plus de deux ans après le petit “couac” du maillot aux deux étoiles, longtemps introuvable après le sacre de Moscou.

“On observe un vrai +effet Benzema+ qui a mis un coup de projecteur fort sur l’équipe de France et qui a lancé le +match Euro+ d’un point de vue marketing”, remarque auprès de l’AFP Guillaume Payen, directeur marketing d’Intersport, distributeur officiel de la FFF. En termes de ventes de maillots, “nous sommes en progression par rapport au Mondial-2018, au même moment”.

L’enthousiasme autour des Bleus masque cependant un climat social pesant au sein de la Fédération.

Après un audit ayant révélé des “dysfonctionnements” à la direction, suivi de plusieurs démissions parmi le comité directeur et des clivages persistants autour de la directrice générale Florence Hardouin, la FFF vient d’annoncer à ses salariés la suppression de 26 postes sur 330.

“Il y a peut-être un peu trop de monde, mais pas beaucoup, donc on verra dans les jours qui viennent. Mais ça ne sera pas un dégât considérable”, a évacué Le Graët.

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