Euro: le Rapid Bucarest, le phénix qui veut réveiller le football roumain

Le président du Rapid Bucarest Daniel Niculae au centre de la Fédération roumaine de football de Buftea, le 19 juin 2021
Par Emmanuel BARRANGUET / © 2021 AFP

Le Rapid Bucarest a frôlé la disparition, mais ce club historique et populaire est en pleine renaissance, de retour parmi l’élite avec un nouveau stade, pour conjurer les difficultés d’un football roumain qui profite peu de l’Euro.

Quelques kilomètres au sud-ouest de la National Arena, où se joue lundi le 8e de finale France-Suisse, l’antique stade Giulesti fait peau neuve, un des rares lieux où s’exprimait, par de prudents détours, la contestation contre le dictateur Ceaucescu.

“Nous sommes comme le phénix”, déclare à l’AFP, dans un sourire, son président, Daniel Niculae (38 ans), passé notamment par Auxerre et Monaco. “L’équipe était en faillite, on est reparti de zéro”.

Champion pour la troisième et dernière fois en 2003, le club né le 25 juin 1923, il y a exactement 98 ans, a failli mourir en 2015.

Après une longue pénitence, il a retrouvé ce printemps la première division, et veut maintenant “revenir parmi les trois premières équipes de Roumanie, notre place”, résume Victor Angelescu, 36 ans, le propriétaire du club.

Pour cela, le Rapid a commencé par le stade Giulesti, 14.000 places, sis contre la voie ferrée, club des chemins de fer roumains oblige, dont la modernisation doit s’achever en janvier 2022.

“Notre foi est pure”

“C’est très important en Roumanie de construire de nouveaux stades et des infrastructures”, développe l’actionnaire.

L’enceinte appartient au ministère des transports, la maison-mère, qui le rénove au prix de “2.500 euros par place”, soit 35 millions d’euros, explique un des architectes de Graphic Studio, Dragos Dordea, en précisant qu’il est interdit de photographier les travaux.

Homme de terrain, Niculae (39 sélections, 9 buts) espère “surtout le futur centre d’entraînement”, promis pour dans “un an, un an et demi” par Angelescu.

En attendant, le Rapid, au budget annuel d’environ 4 M EUR, utilisait les installations du Sportul Studentesc, club bucarestois disparu pour de bon, lui. Cet été, il a déménagé provisoirement au centre de la Fédération roumaine de football de Buftea, près de l’aéroport.

Hors terrain, pour accompagner la renaissance du Rapid, le jeune chef du marketing, Daniel Carciug (29 ans), bouillonne d’idées. “Il y a beaucoup à faire, mais le club est très populaire, c’est une excellente base de travail”, explique-t-il.

“Nous sommes sûrement le club le plus aimé de Roumanie”, abonde Niculae. “En France, tu as des clubs avec un fort public, Marseille, Saint-Étienne, Lens… Par exemple, pour les Verts, c’était encore plus dur quand Lyon gagnait, mais les supporters sont toujours là. Et bien au Rapid notre foi est pure comme ça”.

Le club de la contestation

Et de longue date. Le club au maillot grenat est vite devenu celui de “la contestation, le club du peuple, à Bucarest, où le système favorisait les deux +grands+, le Steaua et le Dinamo”, détaille le président.

Sous la férule communiste, “le stade était un des seuls lieux où on pouvait s’exprimer”, poursuit Niculae. “Les supporters pouvaient chanter contre le régime, mais en utilisant des moyens détournés, du second degré”.

Par exemple, pour égratigner Valentin Ceaucescu, fils du potentat, soupçonné d’influer en faveur du club de son cœur, le Steaua, ils utilisaient une allitération avec un de leurs joueurs, Iosif Damaschin, et chantaient: “Nous vous donnons Damaschin/Vous nous donnez Valentin!” Sous entendu: pour bénéficier des faveurs…

Il fallait être “inventif, la police était au stade”, raconte à son tour le chef de presse du club, Lucian Ionescu. “Une tribune chantait: +Qui m’a fait tomber en B (2e div, NDLR)?+, l’autre tribune répondait: +Ceaucescu PCR (Parti Communiste)!+ On ne pouvait donc pas dire que c’était contre le pouvoir, on chantait le nom du Parti”, rigole-t-il.

Aujourd’hui, “le foot roumain ne va pas bien”, regrette Niculae. L’équipe nationale ne s’est pas qualifiée, le Steaua, vainqueur de la Coupe des champions 1986, est coupé en deux, entre l’entité historique, en 2e division, et son émanation créée par le sulfureux millionnaire Gigi Becali, le FCSB. Et le Dinamo joue le maintien.

Mais “avec la renaissance de grands clubs, on va avoir des supporters, puis des investisseurs pour ramener des bons joueurs”, espère Niculae. Il est long, le chemin du phénix.