Euro: l’Allemagne et Joachim Löw une nouvelle fois au pied du mur

Le sélectionneur allemand Joachim Löw dirige une séance d’entraînement de ses joueurs à Herzogenaurach, le 22 juin 2021, veille du match de l’Euro contre la Hongrie
Par Christophe BEAUDUFE / © 2021 AFP

Mercredi vers 22h45, Joachim Löw sera un héros… ou un entraîneur à la retraite. Face à la Hongrie pour son troisième match de poule de l’Euro à Munich (21h00), l’Allemagne se qualifiera si elle gagne ou fait match nul, mais risque l’élimination en cas de défaite.

Trois ans après l’humiliation d’une sortie de route au premier tour du Mondial en Russie, revoici donc la Mannschaft dans un scénario quasi-identique: trois points après deux matches, et une rencontre décisive contre l’équipe présumée la plus faible du groupel

Sur le papier, devant son public, l’équipe du capitaine Manuel Neuer est favorite. Mais elle l’était aussi, et plus largement encore, pour son troisième match en Russie, avant de s’incliner 2-0 contre… la Corée du Sud. “Il y a trois ans, nous avions aussi gagné notre deuxième match, et nous avons été éliminés”, rappelle Matthias Ginter, le solide arrière central.

Différence avec le Mondial-2018: si l’Allemagne est battue mais que le Portugal s’incline contre la France, elle sera troisième du groupe F. Elle aurait alors une chance d’être repêchée parmi les quatre meilleurs troisièmes, selon les résultats dans les autres groupes.

“Radio-Müller” incertain

A partir de ce mercredi, chaque match peut donc être le dernier pour le sélectionneur Joachim Löw, qui tirera sa révérence après l’Euro, 15 ans après avoir pris les rênes de la Mannschaft.

Sa sortie prématurée ou son succès cet été détermineront la place qu’il occupera dans les livres d’histoire: un grand coach, champion du monde 2014, victime d’un “accident” en Russie. Ou un homme aveuglé par son succès qui n’a pas su voir venir son déclin.

L’élan pris contre le Portugal (4-2) sera précieux contre des Hongrois accrocheurs, surmotivés après leur nul 1-1 contre la France, et qui ont besoin d’une victoire pour se qualifier. D’autant que la Mannschaft risque de jouer sans son animateur d’attaque Thomas Müller, touché à un genou.

Son absence pèserait lourd. Sportivement: face à une équipe repliée dans ses 30 mètres, sa mobilité et sa créativité seraient les bienvenues. “Le match risque d’être encore plus dur (que contre la France et le Portugal) parce que les Hongrois défendent bas avec huit ou neuf joueurs”, a mis en garde le sélectionneur.

Psychologiquement: le charisme de leader de Müller, évincé après le Mondial puis rappelé pour l’Euro, a apporté à l’équipe une nouvelle confiance et une légèreté qu’elle avait perdues depuis trois ans.

“Rainbow-gate”

En début de semaine, les entraînements au camp de base de Herzogenaurach (le siège d’Adidas) ont soudain semblé moins pétillants que d’habitude. Moins d’éclats de voix, moins de rires, moins de conciliabules… L’absence de “Radio Müller” était audible.

“Nous espérons tous, tout le pays, qu’il sera rétabli”, a lâché Leon Goretzka, sans langue de bois. Même si le forfait de son coéquipier lui offrirait sans doute la place de titulaire. “J’ai déjà joué à ce poste et j’ai confiance en moi. Mais j’espère évidemment que Thomas pourra jouer”, a-t-il ajouté.

Quatre autres cadres ont été ménagés à l’entraînement cette semaine: Toni Kroos, fatigué, Ilkay Gündogan, touché au mollet, Robin Gosens, aux adducteurs, et Mats Hummels, qui souffre du genou. Leur participation mercredi ne semble toutefois pas compromise.

Les Allemands ont promis de ne pas se laisser déconcentrer par le “rainbow-gate”, qui agite les médias et l’opinion. L’UEFA a interdit mardi à la ville de Munich d’illuminer son stade pour le match aux couleurs arc-en-ciel de la communauté LGBT, pour protester contre une loi jugée discriminatoire récemment votée en Hongrie.

Manuel Neuer, en revanche, sera bien autorisé à porter son brassard de capitaine arc-en-ciel, qu’il arbore depuis le début du tournoi pour afficher les valeurs “d’ouverture et de tolérance”, a expliqué la fédération allemande, car il ne s’agit pas spécifiquement d’un message politique dirigé contre un pays ou un gouvernement.