Euro: l’Allemagne, des racines et des ailes

Le sélectionneur de l’équipe d’Allemagne, Joachim Loew, et le défenseur Matts Hummels, arrive pour une séance d’entraînement, le 4 septembre 2018 à Munich
Par Christophe BEAUDUFE / © 2021 AFP

Une défense à trois, et la puissance de feu déployée sur les ailes: l’Allemagne de Joachim Löw espère déborder l’équipe de France mardi, pour le premier choc du redoutable groupe F de l’Euro à Munich.

Les racines

Pour battre les champions du monde, logiquement favoris, Löw devrait s’appuyer sur une organisation qu’il a déjà rodée: une défense à trois, commandée par le revenant Mats Hummels, et deux milieux défensifs (Toni Kroos et Ilkay Gündogan) pour laisser le moins d’espace possible à Kylian Mbappé et consorts.

“C’est bon de savoir qu’on est deux joueurs pour fermer les espaces derrière”, explique Gündogan, finaliste malheureux de la Ligue des champions avec Manchester City: “Ça peut être une clé du match, si on arrive à gratter beaucoup de ballons pour faire courir les Français derrière”.

Ces cinq-là sont censés former un bloc défensif enfin étanche. Mais l’Allemagne a encaissé 20 buts cette saison en 13 matches, et le gardien n’a gardé sa cage inviolée que trois fois. Face aux redoutables attaquants français, aucune faute ne sera permise.

Les ailes

Sur les flancs de ce dispositif, les latéraux Joshua Kimmich et Robin Gosens sont beaucoup plus offensifs. Ils pourraient être l’arme secrète pour menacer la défense à quatre des Bleus.

Kimmich possède une qualité de centre incomparable. Son expérience de milieu de terrain en club lui permet aussi d’orienter et construire le jeu.

En Allemagne, son positionnement sur le flanc droit par Joachim Löw est LE sujet de tous les commentaires depuis plusieurs jours. Car au Bayern, c’est en position de milieu défensif très reculé qu’il s’est imposé comme incontestable chef d’orchestre.

“Contre la France, l’axe doit être densifié, analyse l’ancien sélectionneur Berti Vogts, et le duo Gündogan/Kroos ne suffit pas, parce qu’ils sont tous les deux trop offensifs. Sans Kimmich dans l’axe, nous allons être débordés”, prévient-il.

D’autres, comme Michael Ballack, pensent au contraire que Löw a raison, car replacer Kimmich au centre obligerait à sacrifier Gündogan, pièce maîtresse de Manchester City, ou Toni Kroos, monstre sacré de la Mannschaft. Tout en titularisant à droite un joueur de moindre niveau.

Gosens, qui évolue à l’Atalanta Bergame, est rapide et a montré en préparation qu’il peut brillamment combiner avec ses attaquants pour déborder les défenses sur son aile gauche.

La pointe

Pour le dernier test contre la Lettonie, Löw avait associé en attaque Thomas Müller, Kai Havertz et Serge Gnabry: un remiseur d’exception, et deux dribbleurs de talent. Avec l’appui de Kimmich et Gosens, ils ont fait exploser la faible défense balte 7-1.

Müller, rappelé pour son talent (24 passes décisives en Bundesliga et Ligue des champions cette saison) et ses qualités de leader, est assuré de jouer contre la France.

“Il possède un sens inné de l’anticipation pour sentir quand ses coéquipiers vont quitter leur position et se glisser à la place”, décrypte Michael Ballack, ancien capitaine de la Mannschaft.

“Il peut orienter le jeu et faire ensuite ce qui fait sa force: plonger en profondeur”, complète Löw.

Le sélectionneur ne devrait pas non plus renoncer à Serge Gnabry, son homme de base en attaque depuis plus de deux ans. Formellement, le Munichois occupe le poste d’avant-centre, mais il permute en fait en permanence avec ses équipiers de l’attaque.

Havertz tient la corde pour le troisième poste, devant Werner, Volland et Sané. Auteur du but vainqueur de Chelsea (1-0) contre Manchester City en finale de Ligue des champions, Havertz est en pleine confiance à 21 ans. Aussi instinctif que Müller, il est moins charismatique mais sa finesse technique a très peu d’équivalents en Europe.

Reste qu’aucun de ces attaquants n’est un véritable goleador, de ceux qui convertissent à coup sûr les occasions en buts et les dominations en victoires. “C’est un problème qui nous suit depuis longtemps”, reconnaît Löw, qui enviera peut-être secrètement mardi Didier Deschamps, heureux coach des chasseurs de but Kylian Mbappé et Karim Benzema.