Euro: Jorginho, le travailleur de Londres

Le milieu italien Jorginho lors du quart de finale de l’Euro contre la Belgique, à Munich, le 2 juillet 2021
Par Anthony LUCAS / © 2021 AFP

A Londres, où l’attend mardi la demi-finale de l’Euro, l’Italie peut compter sur un guide discret mais au pied sûr: le milieu de Chelsea Jorginho est le véritable métronome des “Azzurri”, avec une technique “brésilienne”, un oeil aiguisé et une voix qui porte.

“Avec Jorginho, tout semble simple. Il est indispensable à cette équipe, intouchable”, assure Marco Verratti, son alter ego dans le milieu de terrain italien qui a donné la leçon aux favoris belges en quart de finale (2-1).

Contre l’Espagne, l’équipe reine de la possession de balle (67% de moyenne), les deux animateurs reculés de la “Nazionale” vont moins toucher le ballon.

Mais avec Jorginho, technique comme le Brésilien qu’il est de naissance et tactique comme Italien qu’il est devenu (grâce à un lointain aïeul originaire de la région de Vicence, au nord), elle saura toujours quoi en faire.

Comme à Chelsea, où son duo avec le Français N’Golo Kanté a emmené les “Blues” à la victoire en Ligue des champions contre Manchester City (1-0), le milieu de 29 ans est le précieux travailleur de l’ombre des “Azzurri”. C’est d’ailleurs l’un des deux seuls joueurs de champ à avoir disputé les cinq matches à l’Euro, avec Leonardo Bonucci.

“La tête haute”

Ce n’est pas forcément celui qu’on voit le plus, mais c’est celui qui dicte le tempo. Du pied en faisant rapidement voyager le ballon d’un côté à l’autre, comme de la voix en diffusant ordres et conseils.

Connu jusqu’ici comme le “Professeur”, surnom trahissant ce rôle de leader, il a même hérité d’un nouveau sobriquet de la part de ses partenaires: “Radio Jorginho”.

“Il a une forte personnalité, dans une équipe, c’est vraiment lui le commandant”, confirme à l’AFP l’ex-joueur et ex-directeur sportif du Hellas Vérone Mauro Gibellini, qui l’avait repéré quand il n’était qu’un jeune adolescent au Brésil.

Gibellini avait créé avec des associés une école de football dans le pays. Il n’avait pas hésité quand il avait vu évoluer ce gamin de 12 ans, dont le premier entraîneur a été sa mère, ancienne footballeuse, lors d’un tournoi dans sa ville natale d’Imbutiba.

Après quelques années dans cette école au Brésil, Jorginho avait rejoint l’Europe et le Hellas Vérone où il a évolué en Serie B puis en Serie A. Il a ensuite rallié Naples (2014-18) où il a explosé avec Maurizio Sarri.

“Jorginho n’a jamais changé : petit, il jouait comme il joue aujourd’hui. Il a une grande qualité: avant que n’arrive la balle, il sait déjà où orienter le jeu. Pas besoin de toucher le ballon plus d’une fois ou deux. Il joue avec la tête haute”, reprend Gibellini.

Candidat au Ballon d’Or?

“Il dicte le tempo y compris en phase défensive, quand il faut faire le pressing et faire monter l’équipe. Même s’il n’est pas puissant et pas très rapide, il compense avec son intelligence”, ajoute l’ex-dirigeant.

Depuis 2018, Jorginho s’est imposé à Chelsea où il gagné la Ligue Europa en 2019 avant la C1 cette saison.

“Après la victoire en Ligue des champions, je voudrais ressentir ces émotions avec la sélection”, a lancé en début de tournoi l’international aux 33 sélections.

“Nous avons un bon groupe. Il y a une ressemblance avec Chelsea: chacun a faim et a envie de faire quelque chose de grand, des nouveaux venus aux plus anciens”, a aussi assuré celui qui confesse toujours ressentir des frissons quand résonne l’hymne qu’il s’est choisi, en prenant la nationalité italienne en 2012.

En cas de victoire à l’Euro, certains en font déjà en Italie un candidat possible au Ballon d’Or, après les éliminations de Kanté ou Kevin De Bruyne.

“Difficile que ce prix aille à un joueur qui ne soit pas attaquant ou milieu offensif… Même Iniesta, qui le méritait, a été victime de la concurrence de Messi. Le dernier à y être parvenu est Cannavaro” en 2006, soulignait toutefois dimanche la Gazzetta dello Sport en soupesant les chancesinfimesde Jorginho.

Lequel assure ne pas y “penser”: “Sincèrement, gagner quelque chose avec des partenaires est bien plus beau”, a-t-il évacué cette semaine.