Euro: Griezmann, “l’Espagnol” devenu coqueluche des Bleus

L’attaquant français Antoine Griezmann (g) lors du match amical contre le Pays de Galles, à Nice, le 2 juin 2021
Par Antoine MAIGNAN et Jérémy TALBOT / © 2021 AFP

Propulsé par Didier Deschamps au rang de leader offensif des champions du monde français, Antoine Griezmann séduit par sa bonne humeur et son talent les supporters d’un pays où il n’a jamais joué, puisant les racines de son football léché en Espagne.

Difficile de retrouver la trace de formateurs ayant croisé “Grizou” sur les pelouses de France: le natif de Mâcon (30 ans) a quitté l’Hexagone à 13 ans pour la Real Sociedad, et c’est au Pays basque espagnol que s’est construite la légende.

Après de multiples tests infructueux pour intégrer des clubs français, réticents à engager un joueur de son gabarit (il mesure 1,73 m pour 73 kilos actuellement selon la Fédération), le jeune Bourguignon s’est exilé à Saint-Sébastien, repéré lors d’un tournoi disputé en région parisienne sous les couleurs de Montpellier.

“Cela l’a sûrement travaillé de quitter sa famille mais l’envie était trop forte. Bien sûr, nous aurions préféré qu’il reste en France mais, sincèrement, il n’y aurait peut-être pas aussi bien réussi. L’Espagne lui va très bien”, se rappelait en 2016 Patrick Montero, qui a vu débuter le meneur de l’équipe de France à l’Union du football mâconnais au début des années 2000.

Boudé par les écuries françaises

C’est grâce à l’Espagne, en effet, que Griezmann a pu développer son jeu tout en finesse et en technique, et répondre sur le terrain à ces formations françaises qui ne cherchaient que des profils “grands, rapides, costauds”, comme il le regrettera lui même quelques années plus tard.

Grâce à l’Espagne, encore, que le Tricolore à la gueule d’ange et à la célèbre tignasse blonde a pu percer au plus haut niveau, en emmenant la Real Sociedad au titre de championne de deuxième division en 2009, une performance qui lui ouvrira les portes de l’équipe de France des moins de 19 ans, et plus tard celles de l’Atlético Madrid, avant Barcelone depuis un an.

En équipe de France, qu’il fréquente depuis mars 2014 (91 sélections, 37 buts), c’est d’ailleurs bien pour sa “justesse technique” que Deschamps l’avait appelé.

Griezmann l’Espagnol avait importé cette culture à Clairefontaine: “Je vais prendre une chanson espagnole, comme ça au cas où je rate des mots, personne ne comprendra”, avait-il d’ailleurs rigolé lors de ses premiers jours dans le groupe, questionné sur la traditionnelle chanson de “bizutage” à laquelle s’adonnent tous les nouveaux internationaux.

Mais très vite, “Grizi” parlera bien le même langage que ses coéquipiers en bleu, jusqu’à s’imposer comme un leader technique adoré du grand public pour sa franchise et son tempérament blagueur.

Meilleur buteur de l’Euro-2016 à domicile (6 buts), “Grizou” a laissé une trace dans le coeur des Français lors de ce tournoi. Depuis, il continue d’avoir les clés de l’animation offensive des Bleus, où il vient d’enchaîner 48 matches de suite sans en manquer un seul, record historique…

Célébrations

Une influence toujours primordiale, qu’il continue d’alimenter de célébration en célébration, entre une chorégraphie reprise au rappeur Drake ou un mouvement issu de l’addictif jeu vidéo Fortnite. Et ce, malgré l’émergence de Kylian Mbappé, l’autre chouchou du public depuis le titre mondial de 2018.

Et “l’effet Griezmann” dans l’opinion ne s’estompe pas. Dans un sondage Odoxa pour RTL sur les joueurs des Bleus préférés des Français, Griezmann talonnait ainsi le Parisien en octobre dernier: 44% des personnes interrogées le plaçaient dans le top 3 de leurs joueurs préférés de l’équipe de France, contre 52% pour Mbappé.

Alors, Griezmann, profil espagnol ou joueur à l’identité française ? “Ça dépend”, sourit Karim Benzema dans un entretien à l’AFP. “Pour moi, sur un terrain de foot c’est ton propre style. Il sait jouer en une touche de balle, il sait défendre, attaquer”, décrit l’autre Français exilé en Espagne de longue date.

À Mâcon, où “Grizou” était venu célébrer son titre mondial devant 8.000 fans en 2018, pas de place au doute: Griezmann est Mâconnais, Bourguignon, Français.

Le N.7 des Bleus n’avait pas dit le contraire devant les caméras le soir de la finale, en lâchant ce mémorable “Vive la France et vive la République!”, déclaration d’amour à “ce beau pays”, où “on est bien, on mange bien”.