Euro: en Pologne, la révolution Sousa en quête de résultats

Le sélectionneur portugais de la Pologne, Paulo Sousa, lors du match amical contre la Russie, le 1er juin 2021 à Varsovie
Par Alexis HONTANG, avec le bureau de Varsovie / © 2021 AFP

Souvent attrayante mais rarement gagnante, la Pologne a confié son sort à un sélectionneur étranger, le Portugais Paulo Sousa, un pari fort destiné à revigorer l’équipe de Robert Lewandowski, qui lance son Euro contre la Slovaquie, lundi (18h00, 16h00 GMT) à Saint-Pétersbourg.

Au pays du “pilka nozna” (“football” en polonais), les Blanc et Rouge ne sont habituellement pas l’affaire d’un entraîneur né hors des frontières.

La nomination, en janvier dernier, de Sousa, le troisième non-Polonais à occuper le poste après le Hongrois Gyula Biro (1924) et le Néerlandais Leo Beenhakker (2006-2009), a ainsi créé une onde de choc.

A six mois du début de l’Euro, le président de la Fédération Zbigniew Boniek a décidé de tenter un coup avec l’ancien milieu international portugais, libre depuis son départ fracassant de Bordeaux en juillet 2020.

Depuis une troisième place à la Coupe du monde 1982, avec comme star… Boniek, la Pologne n’a plus atteint le dernier carré d’une grande compétition, et ce, malgré l’émergence de Lewandowski.

La superstar du Bayern Munich a certes joué un quart de finale, à l’Euro-2016, perdu face au Portugal, futur vainqueur, au terme d’une impitoyable séance de tirs au but (1-1 a.p., 5-3 t.a.b.).

Milik forfait

Mais il compte aussi deux éliminations dès la phase des poules, à l’Euro-2012 et au Mondial-2018. Trop peu au vu du talent immense de celui qui vient de battre le mythique record de Gerd Müller de buts marqués sur une saison de Bundesliga (41).

Le tirage au sort de l’Euro a réservé un groupe E compliqué aux Polonais, qui après la Slovaquie, se frotteront à l’Espagne et à la Suède.

“C’est un match clé (lundi). Un de nos objectifs est de sortir de notre groupe”, a rappelé dimanche Sousa.

L’entraîneur a revu la stratégie autour de Lewandowski, en basculant du 4-2-3-1 de son prédécesseur Jerzy Brzeczek au 3-5-2 qui permet au Munichois d’être épaulé par un autre attaquant.

Le poste devait échoir à Arkadiusz Milik, mais le joueur de Marseille, touché à un genou, a dû déclarer forfait pour l’Euro. Son absence s’ajoute à celle du buteur du Hertha Berlin Krzysztof Piatek, blessé à une cheville.

“Je comptais à 100% sur Milik et Piatek, mais je reste une personne positive. C’est une opportunité pour Karol (Swiderski) et +Kuba+ (Jakub Swierczok)”, a lâché le coach.

La défense, force de la Pologne en 2016, coince aussi, selon les observateurs.

“Quand on apporte une rupture, il faut créer une nouvelle base, avec des convictions fortes. Je n’ai pas eu de chance avec des absences, mais les joueurs comprennent de mieux en mieux (mes idées)”, a poursuivi Sousa, toujours optimiste.

Rumeurs de départ

L’un des effets de la patte du Portugais se ressent dans l’ambiance au sein du groupe.

“Cela a été le meilleur camp d’entraînement auquel j’aie participé en sélection. Nous sommes une équipe plus que jamais”, a assuré le gardien de la Juventus, Wojciech Szczesny.

“Le camp a été très bien organisé par le staff”, a abondé Grzegorz Krychowiak.

Sur les images fournies par la Fédération, on voit Sousa proche des joueurs, malgré la barrière de la langue, lui et son staff s’exprimant en anglais.

Malgré aussi les rumeurs qui l’envoient au club turc de Fenerbahçe après l’Euro.

“Ce n’est pas une rumeur, car j’ai aussi entendu dire que divers clubs s’intéressaient à notre entraîneur. Mais il a un contrat important avec nous, et il se sent très bien ici”, a répondu Zbigniew Boniek.

“J’ai regardé l’entraînement et tout m’a plu: la discipline, l’intensité, les beaux buts. Je suis satisfait”, a insisté le dirigeant récemment.

En Pologne, certains se rappellent du destin de Leo Beenhakker, en conflit avec sa Fédération car en contact avec le Feyenoord Rotterdam, qu’il a fini par rejoindre après son éviction en 2009.

Sousa, un pari risqué, surtout avec si peu de temps pour se préparer ? “Je veux rendre les Polonais fiers”, a dit l’intéressé.

Durant la préparation, la presse polonaise a critiqué sa propension à changer le onze titulaire d’un match à l’autre. Contre la Slovaquie, le Portugais n’a pas le droit à l’erreur.