Euro: Dolberg, un show de sang-froid

L’attaquant danois Kasper Dolberg (C) célèbre son deuxième but avec le défenseur danois Jens Stryger Larsen (R) en quart de finale de l’EURO 2020 face à la République tchèque au Stade olympique de Bakou, le 3 juillet 2021
Par Emmanuel BARRANGUET avec Jérémy TALBOT à Paris / © 2021 AFP

Réputé “glacial et impassible” sur le terrain, le jeune attaquant Kasper Dolberg a livré une nouvelle partition clinique et complète avec le Danemark pour écarter la République tchèque (2-1), samedi à Bakou, et envoyer le petit pays nordique en demi-finale de l’Euro à Londres.

L’avant-centre de de l’OGC Nice, perturbé cette saison par des galères en série, marque des buts à la chaîne depuis le début de la phase à élimination directe: deux contre le pays de Galles (4-0) en huitième de finale, un face aux Tchèques en quart.

Arrivé comme remplaçant, il a gagné ses galons de titulaire après le premier tour et la blessure de Yussuf Poulsen, l’habituel numéro 9, pour le plus grand bonheur de Kasper Hjulmand, sélectionneur danois qui peut compter sur l’agressivité et la vista du joueur de 23 ans.

A Bakou, celui que les supporters de l’Ajax Amsterdam (2015-2019) surnommaient “IceBerg” a d’abord fait fondre la défense tchèque en douceur d’un dribble dos au but (8e), en force de l’épaule avant d’envoyer Martin Braithwaite dans la profondeur (34e). Il a aussi montré une implication défensive sans faille avec trois interventions coup sur coup (33e) près de sa surface.

Surtout, il n’a pas tremblé au moment de recevoir un service délicieux de l’extérieur du pied de Joakim Maehle, faisant trembler les filets d’une reprise impeccable du droit plein axe (42e, 2-0).

Le troisième but marqué en deux matches n’a pas arraché un sourire au grand blond né à Silkeborg, pourtant chaleureusement congratulé par ses partenaires. Un classique que les supporters de Nice ont appris à connaître, certes par petite dose.

Galères en série

Après une première saison correcte, marquée par 11 buts en Ligue 1, la recrue la plus onéreuse du club azuréen (20,5 millions d’euros à l’été 2019) s’est un peu éteinte lors d’un exercice 2020-2021 à pépins: cambriolé, blessé à la cheville, à la hanche puis aux adducteurs, touché par le Covid-19 à deux reprises et même victime d’une crise d’appendicite!

“C’est humain de douter quand on traverse de telles épreuves. On en vient à penser que le monde entier est contre soi”, avait lâché le buteur, crédité de seulement de 6 buts et 2 passes décisives en 25 matches de championnat cette saison.

“Il a vécu beaucoup de choses difficiles, c’est vrai. Il les intègre avec beaucoup d’humour. Un jour, on regardait ensemble un match de L2. Et il dit, je suis pour le Paris FC parce que qu’il y a mon ami +Fadi+”, diminutif de son ex-équipier Diaby Fadiga qui lui avait volé une montre de luxe dans le vestiaire en 2019, racontait récemment à l’AFP Didier Digard, entraîneur adjoint à Nice.

Pour l’ancien capitaine des Aiglons, “il y a un décalage entre l’image qu’il donne à l’extérieur et la personne qu’il est au club, dans le vestiaire au quotidien. Moi, le premier, j’étais choqué qu’après chaque but, il n’exprime rien. Glacial et impassible alors que souvent il n’a qu’une occasion. J’ai découvert une personne extra qui parle, sourit et s’éclate tous les jours”.

“Kasper est très éloigné de l’image renvoyée au public”, abonde Flavius Daniliuc, un de ses proches à Nice. “Même s’il s’énerve, tout est intériorisé. Il ne donne pas de billes à son adversaire”, disait avant l’Euro le défenseur autrichien à l’AFP.

Ce que Dolberg va donner, ce sont des maux de tête à son sélectionneur. Pour la demi-finale, mercredi à Wembley, Hjulmand devra choisir entre la promesse de Nice ou le plus expérimenté Poulsen (27 ans), remis de douleurs aux ischio-jambiers et qui l’a remplacé à l’heure de jeu.