Euro: chez les Bleus, une défense en souffrance

Le défenseur hongrois Attila Fiola ouvre le score au milieu des défenseurs français Presnel Kimpembe et Raphaël Varane, lors de la 2e journée du groupe F à l’Euro 2020, le 19 juin 2021 à Budapest
Par Antoine MAIGNAN et Jérémy TALBOT / © 2021 AFP

Après une entame d’Euro solide contre l’Allemagne, la défense de l’équipe de France a peu à peu perdu sa sérénité, touchée par des pépins physiques et coupable de petites erreurs qu’il faudra gommer en huitième de finale contre la Suisse, lundi à Bucarest.

Même le capitaine Hugo Lloris a frôlé la correctionnelle! En adressant un coup de poing involontaire à Danilo Pereira sur une sortie aérienne mal maîtrisée contre le Portugal (2-2), le portier aux 128 sélections s’est exposé au pire. Heureusement, il a échappé au carton rouge et à la suspension face à la sélection helvète.

Le gardien de Tottenham, leader d’une défense tricolore à l’influence majeure dans le titre mondial en Russie, a déjà encaissé trois buts dans la compétition, dont deux penalties de Cristiano Ronaldo.

Rien d’alarmant, cependant. Les Bleus sont restés invaincus, mais le placement imprécis de Benjamin Pavard sur le but de la Hongrie (1-1) et la faute de main de Jules Koundé sur le second but portugais sont autant d’impairs qui ont terni la copie tricolore.

Pénurie à gauche

“Les deux buts, on leur donne sur des erreurs, même si ça peut arriver”, reconnaissait le sélectionneur Didier Deschamps après le dernier match du groupe, sans vouloir s’inquiéter.

Les soucis ne faisaient pourtant que commencer pour le groupe France, contraint d’enregistrer deux blessures inquiétantes, celles des arrières gauche Lucas Digne (cuisse) et Lucas Hernandez (genou).

L’état du premier a longtemps laissé craindre un forfait pur et simple pour la suite du tournoi: il sera au moins absent contre la Suisse; celui du second s’est avéré un peu moins préoccupant mais il subsiste une incertitude sur sa capacité à être titularisé lundi, car il n’a pas participé à la mise en place tactique lors de l’ultime entraînement dimanche, se contentant d’exercices individuels, avec ballon.

Autre défenseur en délicatesse, Jules Koundé: le Sévillan a pris un coup à une cuisse contre le Portugal et sera “probablement” forfait contre la Suisse selon Didier Deschamps.

En cas d’absence des deux latéraux gauche, Deschamps a d’autres cartes en main: faire basculer un droitier (Pavard, Léo Dubois) à gauche, par exemple, ou aligner Adrien Rabiot qui avait bien dépanné à ce poste inhabituel en fin de rencontre face aux Portugais.

Pavard de retour?

“Adrien est un grand joueur, il sait s’adapter. Jouer défenseur, il l’a déjà fait dans les équipes de jeunes, même si ce n’était pas forcément latéral”, a pointé Presnel Kimpembe, son ancien partenaire au Paris SG, qui est aussi “à la disposition” de l’entraîneur si celui-ci souhaite le décaler sur la gauche de la défense.

Autre option: installer une arrière-garde à trois défenseurs centraux, système testé pour la première fois en novembre 2019 en Albanie (2-0), et retravaillé samedi à l’entraînement par les Bleus.

Pendant la compétition, l’encadrement a aussi dû gérer le cas de Benjamin Pavard. Le joueur du Bayern Munich a subi un choc impressionnant à la tête contre les Allemands, avant d’être fortement secoué d’entrée contre la Hongrie quatre jours plus tard.

Sur le premier coup, la commotion cérébrale n’avait pas été diagnostiquée malgré l’inquiétude de plusieurs observateurs, dont le syndicat Fifpro. Sur le second, Deschamps avait regretté que Pavard n’ait pas “communiqué sur son état”, ce qui aurait pu le pousser à le remplacer. Le Bavarois, remplaçant sur le 3e match, a pu se refaire une santé ces dix derniers jours.

Alors que Raphaël Varane a pu montrer quelques faiblesses, notamment en renvoyant un ballon anodin directement sur Ronaldo, l’homme qui dégage le plus de sérénité derrière est paradoxalement le seul qui n’était pas titulaire au Mondial: Kimpembe.

Le Parisien, successeur de Samuel Umtiti dans le onze-type des Bleus, enchaîne les prestations convaincantes. “J’ai pris en expérience, en maturité”, reconnaissait-il récemment. La maturité sera-t-elle au rendez-vous des huitièmes?