Euro: 26 joueurs par sélection, le choix mais surtout l’embarras ?

Le sélectionneur espagnol de la Belgique, Roberto Martinez, durant une conférence de presse à Tubize, en Belgique, le 4 juin 2021
Par Jean DECOTTE avec la rubrique football de l’AFP / © 2021 AFP

Les sélectionneurs ratissent large: face à la pandémie, les équipes qualifiées pour l’Euro ont obtenu d’appeler jusqu’à 26 joueurs, au lieu des 23 habituels, ce qui offre plus de choix… mais pose des problèmes nouveaux en terme de gestion des effectifs et des égos.

La décision de l’UEFA d’autoriser ces listes élargies est liée aux risques de contamination au Covid-19 et de quarantaine qui menacent de dépeupler les effectifs et d’entraver la bonne marche du grand rendez-vous européen, programmé du 11 juin au 11 juillet.

En outre, à l’instar de la règle des cinq changements par équipe et par match (au lieu de trois), cette mesure doit permettre de ménager les organismes au terme d’une saison interminable, démarrée pour certains en mai 2020 en raison de la pandémie.

Il s’agit de “règles spéciales” pour l’Euro, destinées à garantir “le bon déroulement et la continuité de la compétition à la lumière de la pandémie”, a précisé l’UEFA, et non de l’adoption définitive d’une “Liste des Vingt-Six” en sélection.

Cet élargissement, inédit depuis que les équipes nationales sont passées de 22 à 23 joueurs lors de la Coupe des confédérations 2001, a été bien accueilli par la plupart des sélectionneurs, en particulier ceux des grandes nations, favorisées car dotées d’un réservoir très dense.

Ainsi, le sélectionneur espagnol de la Belgique, Roberto Martinez, s’est réjoui de pouvoir “élargir nos listes afin de répondre au risque accru de blessures des joueurs dans une saison chargée et restreinte en raison du Covid-19”, jugeant “opportun d’avoir un gardien, un défenseur, un milieu et un attaquant supplémentaires”.

Conflits internes

Mais cet effectif étendu laisse présager son lot de conflits internes: il s’agira pour les sélectionneurs de piloter des collectifs plus vastes, une tâche d’autant plus délicate qu’il faudra laisser trois joueurs en tribune à chaque match.

Cela ressemble à une épée de Damoclès non seulement pour le trio concerné, mais aussi pour la dizaine de remplaçants présents sur le banc de touche et menacés à chaque match de rétrogradation.

“Notre objectif, surtout quand on est en grande compétition, c’est de ne perdre personne”, a prévenu fin mai le sélectionneur Didier Deschamps.

“Le premier jour, ils sont tous heureux, ils ont tous la banane. Après, chaque jour qui passe… Il y a les matches de préparation, puis la +compète+. Il faut accorder autant si ce n’est plus à ceux qui jouent peu ou pas.”

Cette donnée a poussé le sélectionneur des champions du monde à abandonner le système des réservistes, ces joueurs susceptibles d’être appelés en Bleu en cas de forfait juste avant le tournoi.

“Si je n’ai pas pris de réservistes ou de suppléants, c’est parce que ne pas être dans les 23 pour ces joueurs-là (…), c’est déjà difficile. Là, s’ils ne sont pas dans les 26, humainement c’est pratiquement impossible que ces joueurs-là s’entretiennent”, fait-il valoir.

Les joueurs retenus, eux, assurent être d’abord heureux de faire partie de l’aventure… même si cela veut dire pour certains un tournoi entier à piaffer dans les gradins.

Seulement 24 joueurs pour l’Espagne

“Ça fait partie du jeu, on sait que forcément trois joueurs ne seront pas sur la feuille de match”, relève le jeune défenseur français Jules Koundé, qui assure ne pas vouloir “trop y penser”.

“L’objectif, c’est d’être sur la feuille de match. Je suis quelqu’un d’assez ambitieux donc je viens avec l’objectif de ne pas être en tribune”, lance le Sévillan, qui a connu sa première sélection mercredi dernier contre le pays de Galles (3-0) en match de préparation.

Pour d’autres sélectionneurs aussi, ces listes élargies sont à double tranchant.

Le technicien anglais Gareth Southgate était par exemple opposé à cette mesure, estimant que “choisir 23 joueurs est une compétence” à valoriser pour un sélectionneur, même si sa liste pour l’Euro comprend 26 noms.

Quant à Luis Enrique, patron de l’équipe d’Espagne, il a préféré se contenter d’en appeler 24, laissant par exemple de côté son capitaine Sergio Ramos, convalescent, sans doute pour s’épargner d’interminables polémiques dans l’hypothèse où il aurait relégué le charismatique défenseur madrilène en tribune.

“Nous donnons beaucoup d’importance au fait que les joueurs aient le sentiment de tous pouvoir être sur la feuille de match”, a expliqué le sélectionneur espagnol.

“Lors de précédents tournois, nous avons constaté qu’on utilise habituellement 18 ou 19 joueurs. Il n’y aura qu’un seul joueur en tribune et nous nous entraînerons avec moins de monde”, a-t-il conclu.

Mais c’était avant l’annonce, dimanche, du test positif de son taulier Sergio Busquets, qui a rappelé la fragilité de la situation sanitaire.