Luis Enrique, de nouveau intronisé comme sélectionneur de l’équipe d’Espagne, en conférence de presse, le 27 novembre 2019, à Madrid
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Le feuilleton se poursuit: redevenu sélectionneur de l’Espagne, Luis Enrique a réglé ses comptes mercredi avec son ex-adjoint et éphémère remplaçant Robert Moreno, qu’il a jugé trop ambitieux et “déloyal”. Les turbulences continuent d’escorter la Roja à six mois de l’Euro-2020…

Autrefois amis, Luis Enrique et Moreno se sont déchirés ces derniers mois après que le second a remplacé comme sélectionneur le premier, affecté par la maladie puis le décès d’une de ses filles. L’ancien adjoint a alors qualifié l’Espagne pour l’Euro, avant de devoir quitter la sélection dans les larmes pour permettre le retour de son ancien mentor.

“Je comprends que le fait d’avoir été sélectionneur lui ait donné beaucoup d’espoir, je comprends que ce soit l’opportunité de sa vie, qu’il a beaucoup travaillé pour cela”, a déclaré mercredi Luis Enrique lors de sa présentation à la presse.

“Mais je comprends aussi qu’il est déloyal, avec une ambition démesurée, et je ne veux personne de cette sorte dans mon staff. (…) Moi, je n’aurais jamais fait ce qu’il a fait”, a tonné le technicien.

Un projet à terminer

Robert Moreno, ami de longue date de Luis Enrique, avait été son adjoint sur les bancs de l’AS Rome (2011-2012), du Celta Vigo (2013-2014) puis du FC Barcelone (2014-2017) et avait même demandé à l’Asturien de préfacer son livre, intitulé “Ma recette du 4-4-2”.

“Je ne le considère plus comme mon second ni membre de mon staff”, a insisté Luis Enrique, qui a donc décidé de s’entourer de Jesus Casas comme adjoint (ex-N.3), de Rafael Pol comme préparateur physique, et d’Aitor Unzué comme N.3 et analyste.

Le retour aux affaires de Luis Enrique (49 ans), salué par la presse espagnole, avait été annoncé en même temps que le limogeage de Robert Moreno par le président de la RFEF, Luis Rubiales, le 19 novembre dernier, au lendemain de la victoire de l’Espagne sur la Roumanie 5-0 lors du dernier match des qualifications à l’Euro-2020.

Après plusieurs mois passés au chevet de sa fille Xana, morte à neuf ans en août des suites d’un cancer des os, l’ancien entraîneur du FC Barcelone a expliqué qu’il était revenu pour “terminer un projet (qu’il) avai(t) commencé” en août 2018…

“Je ne suis pas fier”

Il tentera de surfer sur cette continuité, malgré les turpitudes générées par sa rupture avec Moreno.

“L’unique responsable du fait que Robert Moreno ne fasse pas partie de mon staff, c’est moi. Le désaccord avec Moreno remonte au 12 septembre, le seul jour où j’ai été en contact lui. Il est venu, et m’a confié qu’il voulait faire l’Euro, et qu’après cela je pourrais revenir si j’en avais envie”, s’est expliqué Luis Enrique.

“Je me sens responsable, et je ne suis pas fier de la manière dont tout cela se termine, je n’aime pas voir les gens souffrir”, a-t-il conclu.

Cette conférence de presse théâtrale a fait ressurgir de très mauvais souvenirs aux supporters espagnols, et pas si lointains: à la veille du Mondial-2018, Luis Rubiales avait déjà surpris la planète foot en limogeant Julen Lopetegui, coupable à ses yeux d’avoir négocié dans le dos de la fédération pour rejoindre le banc du Real Madrid.

Au milieu de ce tourbillon, l’âge d’or du fameux triplé historique Euro-Mondial-Euro (2008-2010-2012) de la Roja semble bien loin: avec le retour de Luis Enrique, l’Espagne a changé de sélectionneur cinq fois en quatre ans…