Espagne: le FC Barcelone, un géant qui collectionne les crises

L’entraîneur néerlandais du FC Barcelone, Ronald Koeman, avant le coup d’envoi du match de Liga entre le Rayo Vallecano et le FC Barcelone, au stade de Vallecas à Madrid, le 27 octobre 2021.
Par Patxi VRIGNON-ETXEZAHARRETA / © 2021 AFP

Lourdement endetté, en manque de résultats et d’un projet clair, le FC Barcelone, qui a limogé son entraîneur Ronald Koeman dans la nuit de mercredi à jeudi, est enlisé dans une triple crise latente dont il n’arrive pas à sortir depuis deux ans.

. Crise financière

Selon les derniers chiffres annoncés début octobre par le directeur général du club blaugrana, Ferran Reverter, le FC Barcelone était en “situation de faillite comptable” en mars, avec une dette de 1,35 milliard d’euros, des problèmes de trésorerie et une masse salariale énorme.

Le club a même refermé la saison 2020-2021 avec des pertes nettes s’élevant à 481 M d’EUR. Depuis le retour de Joan Laporta au poste de président du club catalan qu’il a déjà occupé de 2003 à 2010, la masse salariale a été réduite à 155 M d’EUR, alors qu’elle était de 759 M d’EUR en mars.

“Quand ils recrutaient des joueurs, personne ne réfléchissait à savoir si on pouvait les payer. La même nuit où on a recruté Griezmann, ils se sont rendus compte qu’il n’y avait pas d’argent pour le signer, et ils ont dû demander de l’argent à un autre fonds”, a même soufflé Reverter début octobre, taclant l’ancienne direction de Josep Maria Bartomeu, qui a démissionné le 27 octobre 2020, soit un an jour pour jour avant le limogeage de Koeman.

Pour faire face à court terme, le club catalan a contracté un crédit de plus de 80 millions d’euros “pour couvrir les obligations de trésorerie dans un délai de 90 jours”, et a négocié un refinancement de la dette de 595 millions d’euros.

Le Barça espère malgré tout boucler la saison 2021-2022 avec un bénéfice de 5 M d’EUR. Il a lancé aussi un ambitieux projet de rénovation du Camp Nou qui nécessitera un emprunt d’1,5 milliard d’euros.

. Crise sportive

Malgré ces ennuis financiers, le Barça a réussi à recruter quelques joueurs gratuitement durant l’intersaison (Eric Garcia, Sergio Agüero, Memphis Depay…), mais il a dû aussi se séparer de quelques icônes: en un an, Luis Suarez et Antoine Griezmann sont partis à l’Atlético Madrid, et Lionel Messi est allé au Paris Saint-Germain.

Même si la nouvelle génération formée à La Masia semble très prometteuse, avec les pépites Ansu Fati et Gavi en tête, le Barça n’arrive pas à relever la tête sur le terrain.

Les désillusions jalonnent le parcours du club catalan depuis deux ans: en Ligue des champions, il y a eu la gifle 8-2 en quart de finale à Lisbonne face au Bayern Munich en août 2020, la claque 4-1 face au PSG au Camp Nou en février dernier, les deux 3-0 infligés par le Bayern et le Benfica cette saison…

Et le club blaugrana, au bord de l’élimination en C1, n’a toujours pas gagné à l’extérieur et n’a plus marqué loin du Camp Nou depuis août. Il pointe à une décevante 9e place en Liga. Le seul trophée remporté par le Barça depuis 2019 est la Coupe d’Espagne, la saison passée.

Même si Koeman aurait pu assurer sa base arrière et se contenter d’un jeu défensif pour limiter les dégâts, le technicien néerlandais a pris le chemin inverse: il a misé sur les jeunes et a tenté de mettre en place un football offensif. Un choix qui a coûté quelques matches aux Catalans, mais qui a eu le mérite de jeter les bases du futur plan de jeu.

. Crise institutionnelle

Les résultats en berne et les difficultés financières larvent le quotidien de l’entité catalane depuis deux ans, alimentant la colère des supporters.

Empêtrée dans plusieurs affaires, dont celle du “Barçagate” (campagne de calomnies sur le réseaux sociaux), l’ancienne direction pilotée par Josep Maria Bartomeu a démissionné en octobre 2020.

Avec le début du second mandat de Joan Laporta, plébiscité lors des élections, on a cru à un semblant de retour à la normale, mais si le club a gagné en transparence, les tacles à la gestion “désastreuse” de l’ancienne direction et le manque de cap clair ont vite douché l’enthousiasme des supporters.

Alors que le Barça envisageait déjà de se séparer de Koeman l’été dernier, le coût de son licenciement (entre 12 et 14 M d’EUR selon la presse) avait poussé la direction à temporiser. Laporta était même apparu devant la presse avant la déroute face au Benfica, il y a un mois, pour affirmer que le Néerlandais “méritait une marge de confiance”.

Laporta compte désormais sur l’arrivée de l’ex-légende blaugrana Xavi, favori pour prendre la relève de Koeman, afin de mettre en place un projet de jeu clair et fixer un cap à suivre pour l’ensemble du club.