Droits TV: le foot français se réunit, entre négociations et besoin de fonds

Le nouveau président de la Ligue de football professionnel (LFP), Vincent Labrune, donne une conférence de presse après son élection, le 10 septembre 2020 à Paris
Par Antoine MAIGNAN / © 2020 AFP

Le football français, privé de la manne des droits TV par la défaillance du diffuseur sino-espagnol Mediapro, tient jeudi des réunions cruciales pour l’avenir financier de ses clubs professionnels.

Après un Conseil d’administration (08h00), la Ligue de football professionnel (LFP) a convoqué une Assemblée générale (14h30) où ce conflit sera de tous les échanges.

Ce sont désormais près de 350 millions d’euros qui n’ont pas été versés. Le défaut de versement de l’échéance d’octobre (172,3 millions) a été compensée par un emprunt bancaire.

Il faut désormais trouver une solution pour le second refus de paiement: le 18 décembre, les caisses des clubs sont censées être renflouées.

La date du 10 décembre était cochée de longue date puisque cette Assemblée générale est celle de l’approbation des comptes.

Mais quand ils l’ont inscrite à leur agenda, les présidents de club n’imaginaient pas qu’elle serait si critique.

Entretemps, le groupe Mediapro, détenteur de 80% des droits TV des championnats de Ligue 1 et de Ligue 2 a souhaité renégocier son contrat, invoquant la crise sanitaire.

Mais pour de nombreux observateurs, la réalité est ailleurs: il n’a tout simplement pas les moyens de s’acquitter de ses obligations.

Les dirigeants maintiennent leur confiance en Vincent Labrune, le président de la LFP élu en septembre, qui négocie avec Mediapro dans le cadre d’une conciliation entamée le 19 octobre auprès du Tribunal de commerce de Nanterre.

Les négociations durent

Vincent Labrune a fait un point d’étape lundi lors d’une réunion des clubs de Ligue 1, accompagné par Marc Sénéchal, le mandataire judiciaire qui arbitre la procédure, ont confirmé plusieurs participants.

Selon une autre source proche du dossier, il est prévu que ce dernier soit de nouveau en ligne jeudi matin, lors du Conseil d’administration.

Mais les dirigeants les plus impatients risquent de devoir prendre leur mal en patience: les patrons de la Ligue et ceux de son diffuseur multiplient certes quotidiennement les réunions, selon une source en connaissance du dossier, mais un accord peine à être trouvé.

Selon cette même source, il est improbable que cette négociation aboutisse avant dimanche, jour de Paris SG-Lyon. Mais plutôt d’ici la trêve hivernale qui démarre après le 23 décembre.

Néanmoins, un point d’information s’est tenu mardi pour les salariés au sein de Téléfoot, la chaîne de Mediapro. L’hypothèse d’un retrait du groupe a été explicitement évoquée, comme l’a indiqué à l’AFP un membre de la rédaction, confirmant une information de L’Equipe et du Parisien.

Trésoreries à sauver

Les clubs sont dans l’urgence. “Une semaine ou un mois de plus dans une activité traditionnelle, ça n’a pas les mêmes conséquences que dans le football. Chez nous, en un mois, vous avez la diffusion de cinq matches et donc près de 15% du produit qui est perdu”, rappelle un président de club de Ligue 1.

Les discussions de jeudi doivent d’ailleurs aussi porter sur la réponse financière à apporter face au non-paiement de Mediapro.

Si la Ligue avait pu contracter un emprunt de court terme de 120 millions d’euros en octobre pour pouvoir payer les clubs, l’opération est plus compliquée deux mois plus tard en raison du manque de garanties financières apportées, ont confirmé plusieurs dirigeants.

“Il faut voir si la Ligue a la capacité de souscrire un prêt collectif, ou si chaque club va devoir regarder un peu partout dans son coin”, a expliqué un dirigeant de club en début de semaine, redoutant des reports de salaire d’ici quelques mois.

D’autant que le gouvernement exclut d'”être appelé comme un pompier”, comme l’a dit le ministre de l’Education et des Sports Jean-Michel Blanquer sur BFMTV.

Les téléphones risquent donc de chauffer de longues heures jeudi, d’autant que d’autres points sont à l’ordre du jour, comme le règlement des compétitions en cas de nouvelle interruption de la saison pour cause de pandémie, ainsi que de légères modifications statutaires. “Mais il est clair que ce n’est pas l’urgence du moment” désormais, reconnaît un dirigeant.