Les supporteurs de Montpellier dĂ©ploient une banderole le 5 mai 2019 pour rĂ©clamer qu’aucun match n’ait plus lieu ce jour-lĂ , en respect pour la mĂ©moire des morts de Furiani, le 5 mai 1992
Par Adrien DE CALAN / © 2020 AFP

Afin de “ne jamais oublier”, l’AssemblĂ©e nationale a votĂ© jeudi pour un jour sans match de football professionnel les 5 mai en France, en hommage aux 18 morts et milliers de blessĂ©s de la catastrophe du stade de Furiani, le 5 mai 1992 en Corse.

Portée par le député corse Michel Castellani (Libertés et territoires), la proposition de loi a été adoptée en première lecture à la quasi unanimité et doit maintenant être examinée par le Sénat.

PrĂ©sent au stade il y a près de 30 ans pour cette demi-finale de Coupe de France entre Bastia et l’Olympique de Marseille, Michel Castellani a racontĂ© dans l’hĂ©micycle les “grincements de la tribune Nord branlante”, une tribune provisoire “construite Ă  la hâte” pour augmenter la capacitĂ© du stade.

“J’ai demandĂ© Ă  mon fils de descendre et de rester plus bas. Bien d’autres n’ont pas eu cette chance”. Avant le coup d’envoi, vers 20H20, “le bruit terrible tel un train qui passe dans mon dos” et le drame: 18 morts et “2.357 blessĂ©s”, après la chute de la partie haute de cette tribune.

Ce fut “une tragĂ©die nationale, une des pages les plus sombres de l’histoire sportive” française, a soulignĂ© la ministre des Sports Roxana Maracineanu, qui a soutenu le texte, comme les dĂ©putĂ©s de la majoritĂ©.

Depuis, le collectif des victimes et leurs familles demande l’interdiction des matches le 5 mai, mais fait face aux rĂ©ticences de la Ligue et de la FĂ©dĂ©ration, gĂŞnĂ©es dans l’organisation de leurs compĂ©titions.

Le vote de l’AssemblĂ©e est une “Ă©norme satisfaction. C’Ă©tait impensable pour les familles qu’on puisse jouer au football le jour de la plus grande catastrophe du sport français”, a rĂ©agi JosĂ©pha Guidicelli, prĂ©sidente du collectif. Le club de Bastia a aussi saluĂ© “28 annĂ©es de combat pour arriver Ă  ce jour historique”.

“Pas insurmontable”

La proposition de loi prĂ©voit de modifier le code du sport pour “qu’aucune rencontre ou manifestation sportive” de Ligue 1, Ligue 2, Coupe de France ou TrophĂ©e des Champions ne soit jouĂ©e le 5 mai.

“Reporter les matches ne me semble pas insurmontable”, a estimĂ© Mme Maracineanu, tout en reconnaissant que l’organisation des manifestations sportives ne relève pas du lĂ©gislatif, mais des instances, FĂ©dĂ©ration et Ligue de football professionnel.

En juillet 2015, le secrĂ©taire d’Etat aux Sports Thierry Braillard avait mis en place le gel des matches pour les seuls samedis 5 mai, et organisĂ© dans les autres cas des hommages aux victimes: minutes de silence, brassards noirs ou applaudissements.

“Si on peut dĂ©placer les matches lorsqu’il s’agit d’un samedi, je ne vois pas pourquoi ce ne serait pas possible les autres jours de la semaine”, a jugĂ© Mme Maracineanu.

Pour le football amateur, les dĂ©putĂ©s ont aussi adoptĂ© des amendements en faveur de l’organisation d’une minute de silence et du port d’un brassard noir les 5 mai.

“LĂ©gifĂ©rer sur l’Ă©motion”

Les compétitions internationales, Ligue des champions, Europa League ou rencontres en sélections, ne sont quant à elles pas concernées, car hors du champ des instances et parlementaires français.

La proposition de loi a obtenu un soutien de tous les bancs politiques avec 85 voix pour, une abstention et un vote contre de la députée LREM Anne-Christine Lang.

Tout en faisant part de sa “compassion”, l’Ă©lue de Paris a jugĂ© qu’il n’appartenait pas aux dĂ©putĂ©s de “lĂ©gifĂ©rer sur l’Ă©motion” et que les commĂ©morations ne relevaient pas du “registre lĂ©gislatif”.

La dĂ©putĂ©e MoDem GĂ©raldine Bannier a votĂ© la proposition de loi “par respect pour les victimes”, mais s’est “interrogĂ©e sur la jurisprudence qu’elle pourrait engendrer pour d’autres Ă©vĂ©nements tragiques Ă  venir”.

Tous les autres parlementaires se sont succĂ©dĂ© Ă  la tribune pour soutenir le texte. A plusieurs reprises, des dĂ©putĂ©s ont rappelĂ© que François Mitterrand avait dit peu après le drame “qu’aucun match ne serait jouĂ© le 5 mai”.

Plusieurs Ă©lus ont critiquĂ© les rĂ©ticences des instances sportives sur le sujet, la gauche s’en prenant Ă  la “cupiditĂ©” de la Ligue et de la FĂ©dĂ©ration.

Avant ce vote, la Ligue avait dĂ©fendu une proposition “alternative” avec une “commĂ©moration renforcĂ©e dans les stades”.