Des supporters de l’OM dĂ©ploient une banderole dĂ©nonçant les interdictions de dĂ©placement, le 18 fĂ©vrier 2018 au VĂ©lodrome
Par Antoine MAIGNAN / © 2019 AFP

Discriminations, dĂ©placements, tribunes debout… Le gouvernement a jouĂ© la carte de l’apaisement envers les groupes de supporters lundi, en annonçant des assouplissements sur les sujets qui fâchent et en Ă©vitant de brandir Ă  nouveau l’arme des interruptions de matches pour injures homophobes.

La prĂ©sence lundi au ministère des Sports de Laurent Nunez, secrĂ©taire d’Etat auprès du ministre de l’IntĂ©rieur, lors d’une rĂ©union de l’Instance nationale du supportĂ©risme (INS) qui regroupe tous les acteurs (supporters, ligue, fĂ©dĂ©ration, clubs) autour de la ministre des Sports, Roxana Maracineanu, a Ă  elle seule dĂ©tendu l’atmosphère, de l’avis de plusieurs membres de l’INS.

Le secrĂ©taire d’Etat a en effet pu ĂŞtre interpellĂ© sur la question chaude des restrictions et interdictions de dĂ©placement de supporters, dĂ©cidĂ©es par voie prĂ©fectorale Ă  l’occasion de nombreux matches jugĂ©s Ă  risque. Les groupes de supporters les jugent tantĂ´t “trop gĂ©nĂ©ralisĂ©es”, tantĂ´t “incohĂ©rentes” ou “disparates”.

M. Nunez a apportĂ© quelques rĂ©ponses en annonçant qu’une circulaire sera adressĂ©e aux prĂ©fets pour leur rappeler notamment de “ne pas tomber dans la banalisation”. Une sorte de “cahier des charges” visant Ă  “responsabiliser tous les acteurs”, selon Roxana Maracineanu.

Anticiper les déplacements

Les deux membres du gouvernement ont insistĂ© sur l’importance de “l’anticipation”. Ils ont demandĂ© aux acteurs locaux de planifier les premières rĂ©unions d’organisation de ces rencontres sensibles “au moins trois semaines” en amont, d’y impliquer le club visiteur et son “rĂ©fĂ©rent supporters”, cet intermĂ©diaire club-supporters prĂ©sent au sein de chaque Ă©quipe professionnelle depuis 2016.

“Il a Ă©tĂ© admis aujourd’hui qu’on avait Ă©tĂ© trop loin, que certaines mesures avaient Ă©tĂ© disproportionnĂ©es. Mais après les discours, il faut les actes, on sera attentif”, a rĂ©agi Pierre BarthĂ©lĂ©my, avocat de l’Association nationale des supporters (ANS). L’entitĂ© a dĂ©comptĂ© 47 matches de football concernĂ©s par ces mesures depuis le dĂ©but de la saison, dont 12 interdictions totales de dĂ©placement, comme dimanche pour PSG-OM.

La prĂ©sidente de la Ligue de football professionnel (LFP) Nathalie Boy de la Tour, a saluĂ© des “dĂ©clarations fortes qui aideront nos supporters Ă  se dĂ©placer plus facilement”.

Autre avancĂ©e notable: le bilan de l’expĂ©rimentation des “tribunes debout”, ces parcages populaires sans siège espĂ©rĂ©s par de nombreux groupes de supporters a Ă©tĂ© “unanimement saluĂ©”, selon Mme Boy de la Tour.

“Mission d’appui” sur les discriminations

TestĂ©e sur quatre stades de L1 et L2 depuis la saison dernière, l’opportunitĂ© pour les clubs d’installer ces “tribunes debout”, interdites depuis la catastrophe de Furiani Ă  Bastia en 199218 morts après l’effondrement d’une tribune

, pourrait prochainement entrer dans le code du sport, a souligné la présidente de la Ligue.

Du coup, ces sujets ont pris le pas sur la question, toujours épineuse, des injures homophobes ou racistes dans les stades, alors que plusieurs matches avaient été interrompus en début de saison après des chants jugés discriminatoires.

“Il y a eu dĂ©jĂ  beaucoup de prises de positions de la part des instances, puis de la part de supporters qui comprennent le sujet si on leur explique de quoi il s’agit”, a dĂ©clarĂ© Roxana Maracineanu, montĂ©e au crĂ©neau Ă  plusieurs reprises depuis le printemps, après un PSG-OM qui l’avait choquĂ©e.

CoĂŻncidence, la rĂ©union de l’INS se dĂ©roulait au lendemain d’un nouveau “clasico” encore marquĂ© par des insultes fleuries en tribune, “des manifestations inutiles de mĂ©pris et d’humiliation par rapport Ă  l’Ă©quipe adverse” que la ministre a regrettĂ©es.

Le ministère a tout de mĂŞme fait savoir qu’une “mission d’appui” indĂ©pendante allait ĂŞtre lancĂ©e, visant Ă  Ă©tablir un Ă©tat des lieux sur la question des discriminations dans le sport français.

Ce qui semble, dans un premier temps, satisfaire les supporters: “On a vraiment besoin d’un oeil extĂ©rieur lĂ -dessus”, a rĂ©agi auprès de l’AFP Ronan Evain, le coordinateur du rĂ©seau Football supporters Europe (FSE). “Pour savoir si le football a un vĂ©ritable souci spĂ©cifique, ou si on est sur quelque chose de similaire au reste de la sociĂ©tĂ© française”.