Dans un Liban en crise, les sites sportifs abandonnés et en pleine désuétude

Vue générale de la cité sportive Camille-Chamoun, le grand stade de Beyrouth, hôte des Jeux panarabes et de la Francophonie, aujourd’hui tombé en ruine, le 8 octobre 2021
/ © 2021 AFP

Autrefois terrain de renom accueillant certains des meilleurs sportifs de la planète, le plus grand stade de football au Liban est aujourd’hui un site négligé et désuet, utilisé parfois pour entreposer des denrées alimentaires dans ce pays en plein effondrement.

Des chiens errent autour du stade tandis qu’à l’intérieur, des plafonds sont effondrés et des murs fissurés par des dégâts d’eau, selon un journaliste de l’AFP.

Réaménagé après la fin de la guerre civile (1975-1990) avant d’être endommagé par l’explosion gigantesque l’an dernier au port de Beyrouth, le stade n’est qu’un des nombreux sites tombés en désuétude dans un Liban en proie à une crise économique historique causée par des décennies de mauvaise gestion et de corruption.

Les terrains sont si mal en point que l’équipe nationale a été contrainte de se rendre à l’étranger pour les qualifications de la Coupe du monde 2022.

Le Liban jouera ainsi mardi contre la Syrie sur un terrain dans la capitale jordanienne.

Construite en 1957 et nommée d’après le deuxième président du Liban, la Cité sportive Camille Chamoun à Beyrouth a connu une brève période de gloire avant d’être détruite par les forces israéliennes durant la guerre.

Après sa réhabilitation, le site a accueilli les Jeux panarabes de 1997, la Coupe d’Asie de football de 2000 et les Jeux de la francophonie en 2009.

En 2017, le joueur brésilien Ronaldinho faisait partie de plusieurs stars internationales à fouler sa pelouse dans un match opposant les équipes légendaires du Real Madrid et de Barcelone.

L’été dernier, le stade a été endommagé par l’explosion du port, largement imputée à la négligence de la classe dirigeante.

“Honte”

L’explosion avait ravagé des quartiers entiers de la capitale, tuant plus de 214 personnes, en blessant des milliers, et détruisant les grands silos à blé du port.

Dans la foulée, les aides ont afflué, dont des sacs de blé et de farine stockés à la Cité sportive.

“Le terrain sportif a été endommagé dans l’explosion (…) Nous devions trouver un terrain alternatif”, affirme le président de la Fédération libanaise de football, Hachem Haidar.

Le choix est tombé sur la ville de Saida, à quelques 40 kilomètres au sud de Beyrouth, dont le terrain nécessitait toutefois des travaux de réhabilitation.

Le Liban devrait y affronter l’Iran le 11 novembre, puis les Emirats arabes unis dans un match retour le 16 novembre.

En attendant que les travaux soient achevés, “nous sommes parvenus à un accord avec les fédérations des équipes adverses pour disputer les matches aller sur leur sol”.

Situé en bord de mer, le stade de Saida est l’un des trois terrains à avoir accueilli la finale de la Coupe d’Asie de football en 2000.

Comme d’autres terrains du pays peu ou pas entretenus par l’Etat, il s’est progressivement détérioré au fil des ans.

En visite au Liban en 2018, l’entraîneur de l’équipe de Corée du Sud de football de l’époque, l’allemand Uli Stielike, avait été choqué.

“Vous appelez ça un terrain de football ?” aurait-il ironisé.

L’entraîneur monténégrin de l’équipe du Liban de 2015 à 2019, Miodrag Radulovic, a aussi déploré un jour l’état du stade municipal de Beyrouth, proche de la Cité sportive.

“C’est une honte de jouer sur de tels terrains”, aurait-il lancé.

Quant au stade de Bourj Hammoud, également à Beyrouth, il ne convient même plus aux amateurs.

“Budget infime”

Pour éviter le coût d’entretien élevé des pelouses naturelles, les responsables des terrains de football libanais y ont installé du gazon artificiel.

Mais cela affecte la santé et la performance des joueurs, selon le capitaine de l’équipe nationale Hassan Maatouk, et “raccourcit la carrière d’un joueur”.

“Cette saison seulement, cinq (joueurs) ont subi une rupture des ligaments croisés dans les différents clubs”, déplore ce footballeur de 34 ans membre de l’équipe locale Ansar.

Il accuse les gouvernements successifs d’avoir délaissé le secteur sportif.

Pour Riyad al-Cheikha, directeur de l’établissement public des sites sportifs, de jeunesse et de scoutisme, les terrains du pays ne sont pas convenablement entretenus depuis des années.

“Les priorités du gouvernement sont ailleurs, dans d’autres secteurs”, dit-il à l’AFP.

“Le budget que nous obtenons est infime, il ne suffit même pas à couvrir le strict minimum”, ajoute-t-il.

La solution passe, selon lui, par l’injection de fonds privés, difficiles toutefois à trouver dans les circonstances actuelles de “crash économique et de pandémie”.

L’abandon des sites sportifs du pays découle enfin et surtout d’une corruption et d’un gaspillage endémique ayant gangrené tous les secteurs de l’Etat, de l’aveu même des membres de partis politiques au pouvoir.