Covid, CAN… Les clubs européens avancent sur un fil en janvier

Le défenseur Abdou Diallo et le milieu Idrissa Gueye au Camp des Loges, le centre d’entraînement du PSG, le 17 décembre 2021, s’apprêtent à disputer la CAN avec le Sénégal
Par Antoine MAIGNAN avec les bureaux européens de l’AFP / © 2022 AFP

Pour le football européen, janvier rime avec dangers: privés des internationaux africains partis disputer la CAN et diminués par de nombreuses contaminations au Covid-19, les clubs aux effectifs décimés sont contraints de demander des reports, convaincre les derniers réticents au vaccin et ajuster leur mercato.

Dix-huit matches de Championnat repoussés en Angleterre, 80 joueurs positifs en Serie A, des clusters géants dans de nombreuses écuries comme au Bayern Munich, le centre d’entraînement provisoirement fermé à Liverpool… Le foot européen n’échappe pas à la vague Omicron, responsable de multiples mises à l’isolement au retour des fêtes.

Ce nouveau bond des contaminations survient dans une période déjà tendue du calendrier, car il s’ajoute aux nombreux départs de joueurs pour la Coupe d’Afrique des nations (CAN), qui débute dimanche au Cameroun.

La lanterne rouge de Ligue 1, Saint-Etienne, a ainsi vu partir cinq joueurs importants, dont Wahbi Khazri et Denis Bouanga, ses deux meilleurs buteurs.

D’autres clubs ont eu le bonheur de voir certains joueurs renoncer à la compétition, comme Lens pour Cheick Doucouré et le capitaine Seko Fofanades choix “personnels” selon leur club

, ou Nice avec son attaquant algérien Andy Delort.

“J’entraîne une équipe réserve”

En Angleterre, si Liverpool est particulièrement handicapé avec les absences de ses stars africaines Mohamed Salah et Sadio Mané, certains clubs, pourtant contraints de libérer leurs joueurs, sont allés au bras de fer avec les sélections.

C’est le cas de Watford. Le club s’est vu reprocher par la Fédération sénégalaise de tenter de “bloquer” son ailier sénégalais Ismaïla Sarr, finalement libéré, tandis que son attaquant nigérian Emmanuel Dennis a pu être retenu par son club, celui-ci expliquant que les “Super Eagles” ne l’avaient pas convoqué “à temps”.

En Espagne, Alaves subit de plein fouet l’effet conjugué de la CAN et de la pandémie: ses deux gardiens professionnels, Fernando Pacheco et Antonio Sivera, sont positifs au Covid-19 et le portier de l’équipe réserve, Jesus Owono, a été appelé par la Guinée équatoriale.

A Bologne, l’inquiétude est aussi de mise. “C’est une situation difficile. Avec les cas de Covid, les blessés et la CAN, il manque douze joueurs”, a résumé l’entraîneur Sinisa Mihajlovic, avant de plaisanter: “Il faut voir le bon côté: je suis devenu l’entraîneur le mieux payé au monde, j’entraîne une équipe réserve en gagnant beaucoup d’argent.”

Face à cette situation, Bologne comme d’autres écuries (Bordeaux, Lorient, Bayern Munich, Liverpool cette semaine…) n’ont pas d’autre choix que de demander le report de leurs rencontres.

Certains clubs, de leur côté, pestent contre le protocole médical. “Nous n’avons pas encore appris à vivre avec le Covid”, a récemment pointé l’entraîneur de Francfort Oliver Glasner. “Imposer 14 jours de quarantaine à des gens qui n’ont aucun symptôme: là, on pourrait améliorer les choses”.

Conséquences sur le mercato

En France, la Ligue a intégré ces interrogations en raccourcissant la durée d’isolement des joueurs vaccinés, passée de dix à sept jours, voire cinq en cas de nouveau test négatif.

Mais les clubs français risquent bientôt de devoir faire face au pass vaccinal obligatoire, mesure actuellement débattue au Parlement et qui pourrait, dès le 15 janvier, priver de compétition les joueurs les plus réticents face au vaccin.

“Cela va être une approche à avoir avec eux. J’ai commencé à leur en parler. S’ils veulent jouer au football en compétition, ils n’auront pas le choix. Est-ce qu’ils se vaccineront à contre-coeur? Certainement”, explique le médecin de Bordeaux Thierry Delmeule, qui compte deux joueurs non vaccinés dans l’effectif.

L’état vaccinal des footballeurs risque même de devenir un critère important lors du marché des transferts, ouvert tout au long du mois de janvier. “Cela aura son influence, indubitablement”, avait assuré mi-décembre Jürgen Klopp, l’entraîneur de Liverpool. “Si un joueur n’est pas vacciné du tout, il est une menace constante pour nous tous.”

Le mercato s’annonce aussi perturbé par le risque de contaminations. Les clubs laisseront-ils partir des joueurs en manque de jeu mais potentiellement utiles en cas de cluster? “Les clubs ont du mal à laisser leurs joueurs, parce que le spectre du Covid plane sur ces clubs, aussi”, a constaté Pascal Dupraz, l’entraîneur de Saint-Etienne. “Il faut nous armer de patience.”

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