Coupe de France: le dur retour au terrain des footballeurs amateurs

Des entraînements compliqués, des matches sans même les bénévoles, des clubs contraints au forfait… La Coupe de France revient ce week-end pour les amateurs après trois mois de mise en sommeil, mais la magie peine à suivre.
Par Fanny CARRIER / © 2021 AFP

Des entraînements compliqués, des matches sans même les bénévoles, des clubs contraints au forfait… La Coupe de France revient ce week-end pour les amateurs après trois mois de mise en sommeil, mais la magie peine à suivre.

Dans la quasi-totalité des clubs encore en lice, l’annonce de la reprise de la Coupe a été accueillie avec enthousiasme par des joueurs maintenus depuis fin octobre à un régime sec de quelques entraînements sans contact.

Avec seulement dix jours pour se préparer, des dérogations délivrées au compte-gouttes pour s’entraîner en semaine après le couvre-feu de 18h00, ils ont été nombreux à relever le défi avec abnégation.

“J’ai vu une énergie incroyable chez mes joueurs. Ils sont super contents de reprendre, ils ont envie de mouiller le maillot”, raconte à l’AFP Pierre Naudet, entraîneur d’Angers NDC (6e division), qui a convoqué ses joueurs à 6h30 avant d’obtenir une dérogation pour des entraînements après 18h00 cette semaine.

Dimanche, ils affronteront Laval, un club de National (3e division) dont le championnat n’a pas été suspendu. “La qualification, on n’y pense pas, mais je voudrais qu’on arrive à exister, à prendre du plaisir”, explique-t-il.

Affronter des quasi-professionnels, c’est aussi le sort de Pavilly (6e division), qui recevra Quévilly-Rouen, actuel 2e de National. Et sans dérogation pour l’entraînement…

6H30, terrain gelé

“C’est compliqué, surtout le réveil. Une fois sur le terrain, on oublie qu’il est 6h30. Mais c’est très compliqué avec la neige et le terrain gelé”, témoigne Hugo Durant, latéral droit de Pavilly âgé de 24 ans.

“On sent qu’on a du retard, on manque de rythme. Mais le fait de faire des efforts comme ça, ça donne encore plus envie de gagner”, ajoute Gautier Kong, son équipier de 20 ans. “Et si ça se trouve, on va jouer un match et ne plus rejouer de la saison, donc on va se donner à fond”.

En face, l’entraîneur de Quevilly Bruno Irles reconnaît que son équipe semble avantagée. “Mais il n’y a pas de solution idéale”, assure-t-il à l’AFP. “La Coupe de France n’est pas ma priorité et on n’ira pas avec l’effectif de championnat. Il y aura beaucoup de joueurs de notre équipe de N3, qui se trouve dans les mêmes conditions que Pavilly”.

Malgré l’enthousiasme de nombreux joueurs, certains clubs se sont cependant contentés de quelques entraînements le week-end dernier. Le cœur n’y est pas forcément: pour les petits clubs, une Coupe de France à huis clos n’est pas seulement un crève-cœur, c’est une antinomie.

Même les nombreux bénévoles engagés depuis une semaine pour permettre aux clubs de respecter le très strict protocole sanitaire ne pourront assister aux matches…

“Enfants gâtés”

D’ordinaire source de revenus non négligeables dans un secteur sinistré, la Coupe ne rapportera rien cette année en billetterie ou buvette. Et seuls les qualifiés pour le prochain tour toucheront la dotation de 7.500 euros.

Dans ces conditions, certains ont même renoncé. Ils sont pour l’instant une dizaine, sur les 250 clubs engagés ce week-end, selon la fédération, qui a exceptionnellement levé les sanctions encourues (amende et interdiction de participer à l’édition suivante).

A l’image de Flers (6e divison), le premier à jeter l’éponge le 23 janvier, les clubs déclarant forfait ont invoqué les risques de blessures pour leurs joueurs privés d’entraînements réguliers depuis plusieurs mois et un sentiment de responsabilité, alors que l’heure est au renforcement des mesures sanitaires.

C’est le cas du Velay FC (5e division), où la moitié de l’effectif souhaitait pourtant jouer, raconte à l’AFP Jonathan Pessemesse, milieu de 33 ans. “Evidemment, je suis déçu. C’est sans doute ma dernière saison et ça aurait pu être mon dernier match”.

“Pourquoi nous et pas le tir à l’arc ou la pétanque ? Pourquoi on serait encore les enfants gâtés?”, explique Patrice Ahran, président du club de Bourg-Blanc (7e division). Plusieurs de ses partenaires (restaurants, bar…) sont fermés depuis des mois, certains de ses joueurs au chômage partiel, les hôpitaux toujours débordés… “La Coupe de France, c’est magique, mais seulement quand les ingrédients sont réunis”.