Coupe de France: à Caen, un match de gala dans la grisaille

Pascal Dupraz, alors entraîneur de Toulouse, avant le match de L1 le 4 février 2017 au stade de La Beaujoire à Nantes
Par Guillaume LAINÉ et Fanny CARRIER / © 2021 AFP

“Un cadeau dans une saison très spéciale”: pour Caen, le 32e de finale de Coupe de France mercredi contre le Paris SG (21h00) se présente comme un rayon de lumière dans une rude année de restructuration pour le club normand, en difficulté en Ligue 2.

Même si l’entraîneur Pascal Dupraz a déjà battu trois fois l’ogre PSG, avec l’Evian TG puis le Toulouse FC, l’ambiance est plus morose cette fois pour l’entraîneur caennais et son équipe, très à la peine.

Menacé de faillite l’année dernière, le club a changé de modèle. Fini le consortium d’entrepreneurs normands, place à Oaktree, un fonds d’investissement américain spécialisé en particulier dans la reprise d’entreprises en difficulté.

Avec le producteur de télévision normand Pierre-Antoine Capton, Oaktree s’est engagé à verser 15 à 20 millions d’euros sur plusieurs années pour renflouer les caisses et relancer le club. Une tâche compliquée par les pertes de billetterie liées au Covid-19 et le fiasco des droits TV avec le retrait de Mediapro, qui ont creusé un trou estimé entre 4 et 6 millions d’euros dans les caisses.

Obligé de renoncer à son train de vie de Ligue 1, le club rétrogradé en 2019 a annoncé en janvier un plan social qui prévoit la suppression d’ici à l’été d’un tiers des quelque 60 postes en CDI.

La question est plus délicate pour les joueurs. L’été dernier, le mercato qui faisait office de bouée de sauvetage financière, n’a rien rapporté. Pire, le club reste avec encore 40 joueurs sous contrat professionnel, dont une dizaine actuellement prêtés, pour certains avec des salaires élevés.

Négociations sur les salaires

Sept joueurs sont en fin de contrat en juin, mais le lourd héritage des années fastes risque de peser encore la saison prochaine. En attendant, des discussions sont en cours sur des baisses de salaires.

“Ils ont déjà abandonné toutes les primes, à l’unanimité”, s’est réjoui le président du club Olivier Pickeu, dans un entretien la semaine dernière au quotidien Ouest-France.

L’ancien directeur sportif emblématique d’Angers est arrivé en septembre pour mettre en musique le plan des nouveaux actionnaires, qui passe essentiellement par une valorisation de la formation et du potentiel d’une génération prometteuse.

Il a alors choisi de maintenir Dupraz, arrivé à l’automne 2019 au chevet d’un club tombé à la 17e place de Ligue 2. Malgré une piètre 13e place à l’arrêt du championnat en mars, l’entraîneur fort en gueule semble toujours avoir gardé le soutien du staff et l’adhésion du vestiaire.

Surtout, Dupraz a accepté la feuille de route de la nouvelle direction en alignant régulièrement 4 ou 5 jeunes issus du centre de formation lors des matches de championnat. Mercredi contre le PSG, ils devraient représenter plus de la moitié de l’équipe.

Au premier rang: Johann Lepenant, milieu défensif de 18 ans, titularisé pour la première fois en janvier et qui impressionne par sa technique et sa vision du jeu.

“Notre génération montante”

“C’est notre génération montante”, a expliqué Pickeu. “On doit continuer à post-former ces joueurs, pour qu’ils deviennent demain notre vitrine. Construire un club fort passe par là, par notre façon de recruter aussi. La saison prochaine, il faudra équilibrer, avec des cadres capables d’accompagner ces jeunes.”

Sur le terrain, la mayonnaise avait commencé à prendre à l’automne, quand un brin de réussite a aussi permis au club de réaliser une belle série pour aller chatouiller le podium fin novembre.

Mais la dynamique s’est essoufflée et les failles sont apparues au grand jour, à commencer par des lacunes défensives. Caen reste sur huit matches sans victoire en championnat et stagne à la 11e place.

“C’est toujours la faute du coach, ça ne changera pas !”, s’est emporté Dupraz après une défaite 2-1 contre Rodez fin janvier. “J’ai simplement une dizaine de joueurs très jeunes, dans quelques années j’aurai au moins la satisfaction de les avoir lancés !”

Et même si Dupraz a parlé de changement “dans les prochaines semaines”, Pickeu a répété qu’il comptait sur l’entraîneur jusqu’à la fin de la saison. Avec une belle occasion de se montrer: ce match “cadeau” contre les stars parisiennes.