Les amateurs du club de foot d’Epinal après leur qualificatgion pour les quarts de finale de la Coupe de France aux dépens de Lille le 20 janvier 2020 au Stade de la Colombière à Epinal
Par Jérémy TALBOT avec les bureaux de l’AFP / © 2020 AFP

Dans l’ombre des géants de Ligue 1, des clubs amateurs ou semi-professionnels de foot cauchemardent face à la crise du coronavirus. Bâtir le futur budget procure des sueurs froides à ces institutions locales, dépendantes des collectivités, des sponsors et de la Fédération.

“Ce qui m’inquiète le plus, ce n’est pas la fin de saison mais le début de la prochaine”. En peu de mots, l’entraîneur Sébastien Meyer résume un sentiment répandu bien au delà du Sarreguemines FC, dernier de son groupe avant l’arrêt du Championnat de National 3 (5e division).

A l’Est, à l’Ouest, au Nord et au Sud, tous les clubs interrogés par l’AFP disent leurs craintes pour boucler le budget de l’exercice suivant, incapables de mesurer les conséquences précises de la crise actuelle.

“La première rentrée d’argent, pour un club amateur comme le nôtre, c’est la subvention municipale. Or, à l’heure actuelle, les municipalités sont toutes à l’arrêt (…) et on ne sait pas comment elles vont s’en sortir”, relève Meyer.

Le club pourra toujours compter sur les cotisations des licenciés, mais peut-être moins sur les partenariats privés. “Généralement, quand une entreprise est en difficulté, la première ligne de trésorerie qu’elle efface, c’est celle des dons aux associations”, s’inquiète l’entraîneur mosellan.

A Bourg-Péronnas, dans l’Ain, l’inquiétude est aussi forte pour le cinquième de National (3e div.), relégué de Ligue 2 en 2018 et qui se bat pour conserver son statut professionnel.

Durant la crise, les sponsors habituels aussi “vont morfler” et pourraient “reporter le manque à gagner sur la saison prochaine”, souffle le manager général Vincent Poupon. Dans ce cas, “on recule pour mieux sauter”.

“Proximité et compréhension”

Le dirigeant mise néanmoins sur le “capital sympathie” qui entoure le club bleu et blanc, dont le budget de 3,5 millions d’euros repose quasiment pour un tiers sur les partenaires.

“Les entreprises comprennent notre situation. Il y a une proximité et une compréhension dans l’écosystème du club”, estime-t-il.

Si tous espèrent que le tissu local permettra d’adoucir la crise, celle-ci n’en reste pas moins brutale actuellement pour le monde amateur.

La Ligue Méditerranée, qui s’étend de Nice à Marseille, a ainsi mené une enquête auprès de 169 de ses clubs amateurs la semaine dernière pour mesure la profondeur du gouffre financier.

L’annulation des tournois de Pâques notamment va coûter cher, alors que les clubs ont déjà engagé quelque 300.000 euros de dépenses pour ces rendez-vous traditionnels qui avaient rapporté plus d’1,3 M EUR à la même époque l’année dernière.

Le coup est “très dur” par exemple pour le club des Arméniens de Marseille, EUGA Arzdiv (N3), au budget annuel de 350.000 euros. “On n’a presque plus de sorties (charges, ndlr), mais on n’a plus du tout de rentrées (d’argent)”, résume auprès de l’AFP son président, Philippe Cazarian.

Fonds de solidarité

Le dirigeant se désole de ne pas pouvoir organiser le gala du club qui “représente un cinquième du budget de l’année”, ni les tournois.

S’il se dit “habitué à souffrir et à avoir des comptes carrés”, Cazarian s’inquiète en revanche pour d’autres clubs. “Ceux qui n’ont pas les reins solides vont difficilement tenir le choc”, prédit-il.

La situation a poussé le président de l’AS Saint-Priest, club emblématique du foot amateur lyonnais où sont passés Youri Djorkaeff et Nabil Fekir notamment, à interpeller directement la Fédération française de football (FFF).

Sans aide, les clubs pourraient “licencier des salariés, perdre des sponsors, ne pas être en mesure de boucler le budget de la saison”, voire “déposer le bilan”, s’est alarmé Patrick Gonzalez dans une tribune publiée le 27 mars.

Dans un entretien à l’AFP, le président de la FFF Noël Le Graët s’est voulu rassurant. “Pour la Fédération, le foot amateur est la priorité”, comme en témoignent les “90 millions d’euros” alloués cette saison (le budget exact est de 86,2 M EUR en 2019-2020).

“L’ensemble des aides prévues seront distribuées, indépendamment de l’arrêt des activités sportives” et “des avances de trésorerie sont également consenties pour répondre aux urgences”, a fait savoir la FFF vendredi dans un communiqué.

Elle s’est par ailleurs engagée à débloquer dans les semaines à venir “un fonds exceptionnel de solidarité (…) pour venir en soutien des clubs amateurs parmi les plus impactés économiquement par les retombées de cette crise sanitaire”.

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