L’aigle mascotte de la Lazio Rome atterrit avant le choc de Serie A contre l’Inter Milan le 16 février 2020 au Stade olympique de la capitale italienne
Par Stanislas TOUCHOT / © 2020 AFP

Avec son président prêt à se faire virologue et vantant l’histoire romaine “faite de pain et de jeux”, la Lazio Rome s’acharne à faire reprendre le championnat d’Italie malgré le coronavirus. En jeu: un scudetto et la peur de revivre un cauchemar vieux de 105 ans.

Claudio Lotito l’assure, s’il veut à ce point redémarrer le football italien, c’est presque contre son intérêt, la Lazio étant deuxième à un point de la Juventus. “Si on arrête, ça m’arrange. Je suis en Ligue des Champions et j’économise quatre mois de salaire. Mais je raisonne pour le système.”

“Nous risquons des dégâts irréparables, des centaines et des centaines de millions d’euros” de pertes, a-t-il encore prophétisé mercredi, 48 heures avant une réunion de la Ligue cruciale attendue vendredi. De son côté, le ministre des Sports a clairement suggéré à la Serie A de suivre l’exemple français et de tirer le rideau sur la saison 2019-2020.

Mais depuis des semaines, le très influent dirigeant de la Lazio rappelle à l’envi le chiffre d’affaires du secteur football, sa contribution fiscale, les dizaines de milliers d’emplois qui en dépendent. Selon lui, de nombreux clubs professionnels, de la Serie A à la Serie C, risquent la faillite en cas d’arrêt, ce qui est probablement exact.

Mais ses adversairesils sont nombreuxsavent aussi que la Lazio est l’un des derniers clubs à avoir encore quelque chose à gagner dans cette terrible saison interrompue par la pandémie de coronavirus, qui a désormais fait plus de 27.000 morts dans le pays.

Invaincu depuis le mois de septembre et la 5e journée, le club de la capitale restait avant l’interruption du championnat le 10 mars sur une superbe série de huit victoires et un match nul.

“Petit malin”

Que la saison reprenne ou pas, les Romains sont à peu près certains d’aller en Ligue des Champions. Mais ils espéraient plus: le scudetto, une rareté dans l’histoire du club, sacré seulement deux fois, en 2000 et en 1974 au bout d’une saison menacée par… une épidémie de choléra.

Alors Lotito n’a jamais baissé les bras. Pendant qu’à la Juventus ou à l’Inter Milan, la plupart des joueurs étrangers quittaient l’Italie, les siens restaient tous à Rome, qu’ils soient italiens, brésiliens ou argentins.

Et le président romain a été le dernier à renoncer fin mars à la reprise des entraînements, s’attirant les critiques de certains homologues qui le qualifiaient alors de “petit malin”.

Car longtemps, son activisme a pu agacer, en témoigne cet échange avec son homologue de la Juventus Andrea Agnelli, rapporté par le quotidien sportif Tuttosport et jamais démenti par les intéressés.

“Vous avez vu les chiffres? Oh, ça baisse! Mais moi je parle avec des médecins qui s’y connaissent, qui sont en première ligne, pas avec ceux des équipes”, lançait Lotito. “Ah oui, bien sûr. Et puis tu es devenu virologue…”, répondait Agnelli, alors classé parmi les sceptiques mais depuis rallié à la cause.

Lotito, propriétaire de deux entreprises de nettoyage employées dans les hôpitaux romains de Tor Vergata et Spallanzani, où sont installés des malades du Covid-19, a aussi rappelé “l’immense importance sociale du football”, ajoutant que “l’histoire des Romains” était “faite de pain et de jeux”.

Le traumatisme de 1915

Et entre deux interventions personnelles, il a envoyé en première ligne ses proches collaborateurs, son porte-parole Arturo Diaconale ou le directeur sportif du club Igli Tare.

Ce dernier a parlé de footballeurs “discriminés” par la récente décision gouvernementale de ne pas autoriser les entraînements individuels dans les sports collectifs.

“Il faut respecter les morts et les tifosi mais même si nous vivons un film d’horreur, le championnat doit reprendre (…). Annuler la saison serait injuste”, a déclaré le dirigeant albanais.

Diaconale, lui, fait feu de tout bois sur sa page Facebook et fustige “l’hypocrisie de ceux qui veulent bloquer la reprise”, “les ministres démagogues” et “les dirigeants irresponsables”.

Surtout, il est celui qui remémore “la peur antique”, le traumatisme du scudetto 1915.

Depuis des années, le club et des avocats-tifosi multiplient en effet démarches et pétitions pour que la fédération accorde à la Lazio, au moins ex-aequo, ce titre attribué au Genoa après une saison interrompue par le déclenchement de la guerre.

Cent-cinq ans après, Diaconale redoute que “comme alors, l’interruption soit l’occasion de nier à la Lazio la reconnaissance d’un titre conquis sur le terrain”.