Cinquante ans après, la “guerre du football” entre le Salvador et le Honduras démystifiée

L’ex capitaine de l’équipe nationale hondurienne Marco Antonio “Tonin” Mendoza à Tegucigalpa le 22 juin 2019 pour le 50e annivaire du match entre le Salvador et le Honduras
Par Carlos Mario MARQUEZ, Noe LEIVA / © 2019 AFP

Il y a un demi-siècle, le 27 juin 1969, un match des éliminatoires pour la Coupe du monde-1970 au Mexique laissait un douloureux souvenir aux joueurs du Honduras et du Salvador, entraînés malgré eux dans un conflit politico-militaire, la fameuse “guerre du football”.

Mardi, les deux équipes centraméricaines devaient se retrouver à Los Angeles pour un match de la Gold Cup, à l’avant-veille du 50e anniversaire de ce match historique, à l’origine d’une brève mais sanglante confrontation entre les deux pays, du 14 au 18 juillet 1969.

L’ex-capitaine de l’équipe nationale hondurienne, Marco Antonio “Tonin” Mendoza, 72 ans, et l’attaquant de l’équipe salvadorienne de l’époque, Mauricio Alonso “Pipo” Rodriguez”, 73 ans, ont raconté leurs souvenirs de cette rencontre aux journalistes de l’AFP à Tegucigalpa et San Salvador.

Ce 27 juin 1969, les deux équipes disputent un match d’appui à Mexico, après avoir remporté chacune une manche du barrage aller-retour les opposant dans la zone Concacaf. Marco Antonio Mendoza se souvient qu’à l’arrivée des deux équipes au stade Azteca, “on parlait déjà de la +guerre du football+” en raison des tensions persistantes entre les deux pays.

Tegucigalpa procédait à l’expulsion de Salvadoriens qui s’étaient installés au Honduras pour travailler la terre, alors que les paysans locaux demandaient une réforme agraire. La veille du match, le Salvador rompait ses relations diplomatiques avec le Honduras en raison des expulsions.

Les deux matches de barrage, remportés respectivement par le Honduras le 8 juin à Tegucigalpa et le Salvador le 15 juin à San Salvador, avaient déjà fait grimper la tension, sur fond de nationalisme exacerbé. Les supporteurs des deux camps avaient notamment empêché à tour de rôle l’équipe adverse de fermer l’oeil avant les rencontres.

Le 27 juin, “nous nous sommes salués avec les joueurs du Salvador sans problème”, se souvient Marco Antonio Mendoza, qui estime que la guerre était avant tout “un plan des gouvernements”.

Du côté salvadorien, les joueurs craignaient surtout la durée du match parce que, physiquement, les Honduriens “étaient plus forts”, raconte Mauricio Alonso Rodriguez.

“Le match s’est terminé sur le score de 2 à 2, nous avons dû disputer une prolongation”, rappelle l’attaquant qui marquera un but à la 101e minute, offrant la victoire (3-2 a.p.) au Salvador. “Nous étions très fatigués, nous avions joué 120 minutes sous la pluie et contre une équipe physiquement supérieure”, ajoute-t-il.

Après un ultime barrage victorieux contre Haïti, les Salvadoriens obtiendront leur billet pour la Coupe du monde 1970 au Mexique.

“Pas un nom adéquat”

Pour Marc Antonio Mendoza, la défaite reste “un très triste souvenir. Les larmes sont venues aux joueurs” qui espéraient se qualifier pour une Coupe du monde pour la première fois de l’histoire du Honduras.

La “guerre du football”, selon l’expression reprise par la presse d’Amérique latine et popularisée par le journaliste polonais Ryszard Kapuscinski (1932-2007), est-elle une qualification appropriée pour le conflit armé de 1969? Les deux protagonistes rejettent cette dénomination.

“La guerre avait commencé avec la réforme agraire que notre pays mettait en œuvre. Beaucoup de Salvadoriens sans papiers avaient des terres, mais pas de documents de propriété”, rappelle Marco Antonio Mendoza.

“Le Honduras a commencé à leur demander des papiers. S’ils n’en avaient pas, ils étaient expulsés. Le Salvador n’a pas aimé cela et a commencé à préparer la guerre”, ajoute-t-il.

Le conflit, également connu sous le nom de “guerre des Cent heures” pour sa brièveté, a fait tout de même entre 4.000 et 6.000 morts et plus de 15.000 blessés parmi les civils honduriens et salvadoriens. Un cessez-le-feu a finalement été négocié par l’Organisation des États américains (OEA).

Mauricio Alonso Rodriguez approuve: “La guerre du football n’était pas un nom adéquat, même si cela a été fait sans malice. Cela a donné une autre tournure à mon but (…) Cela fait 50 ans et on parle toujours de la même chose”, déplore-t-il.

Les deux anciens joueurs affirment que ceux qui ont participé au match n’ont jamais été hostiles entre eux, ni rancuniers, et qu’ils se sont même affrontés à nouveau en tant que vétérans.

Concernant le match de mardi, “ce sera une rencontre sportive, sans autre implication que le souvenir de ce qui s’est passé il y a 50 ans”, prévoit Rodriguez.

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