CAN: Tom Saintfiet, le bon génie belge de la Gambie

L’entraîneur belge de la Gambie Tom Saintfiet en conférence de presse le 19 janvier 2022 à Limbé, au Cameroun, à la veille du match de Coupe d’Afrique des nations contre la Tunisie
Par Emmanuel BARRANGUET / © 2022 AFP

“Tout le monde a pensé que j’étais fou”, et pourtant voilà le grand voyageur belge Tom Saintfiet aux portes des 8e de finale de la CAN avec la Gambie, plus petit pays d’Afrique, dès sa première participation, une “aventure” racontée à l’AFP.

“Je n’aime pas trop ce mot de globe-trotter, je suis globe-trotter pour être entraîneur pas entraîneur pour être globe-trotter”, explique le sélectionneur.

Avec son look de Professeur Tournesol grisonnant, ce polyglotte et souriant technicien a entraîné sur quatre continents pour parvenir à 48 ans à ce match contre la Tunisie à Limbé (20h00), jeudi, où même une défaite pourrait suffire à accrocher une place qualificative au titre des meilleurs troisièmes.

Un parcours dingue! Saintfiet, 48 ans, a travaillé avec sept sélections africaines mais aussi celles du Yémen, de Trinité-et-Tobago ou Malte, mais également avec les U17 du Qatar et il a été vice-champion des Îles Féroé!

“Tom Saintfiet, c’est d’abord un homme bien”, insiste Gaël Mahé, agent organisateur de matches internationaux, fin connaisseur du foot africain, mettant en valeur “une gentillesse vraie et sincère”. “Les exploits de la Gambie lui donnent une aura méritée après de multiples expériences aux quatre coins du monde.”

“Ma plus belle histoire”

Le coach a commencé à 24 ans sa carrière sur le banc, en 6e division belge, stoppant sa “carrière après six ruptures des ligaments croisés”, et il est bardé de diplômes comme le savant de Tintin: “entraîneur, psychologue, préparateur physique…”, aligne-t-il.

En plus de 20 ans, Saintfiet a “vécu beaucoup d’aventures, mais ma plus belle histoire, c’est maintenant, être à la CAN avec la Gambie. Je suis très heureux et très fier de mon équipe.”

Une peu plus à l’ouest, il n’y a que l’Atlantique, dans ce tout petit pays anglophone inséré au milieu du Sénégal, 11.295 m² louvoyant autour du fleuve Gambie.

“Quand je suis arrivé en juillet 2018, la Gambie n’avait pas gagné un match de compétition depuis cinq ans, en septembre 2013 contre la Tanzanie (2-0 en qualifications pour la Coupe du monde)”, rembobine-t-il.

“Il n’y avait pas d’espoir, l’équipe était 172e du classement Fifa. J’ai dit: +Je suis ici pour qualifier la Gambie+, tout le monde a pensé que j’étais fou”

Pour constituer son équipe, il a “voyagé beaucoup en Europe, et à mes frais, pour aller convaincre les bi-nationaux de jouer pour nous”.

“Je peux vivre partout”

“Je sais que ma fédération a des moyens limités, développe Saintfiet, ou je reste chez moi ou j’investis moi-même dans mon équipe. L’argent n’a jamais été ma motivation.”

Dès le premier match, en septembre 2018 contre l’Algérie (1-1), il a le coup de foudre.

“Il y avait 45.000 personnes au stade de l’Indépendance, mais la capacité est seulement de 25.000, il y avait des spectateurs suspendus aux pylônes d’éclairage, grimpés sur le tableau d’affichage, partout, on a attendu une heure trente pour commencer, ça dit la passion. Et on a tenu en échec Riyad Mahrez et (ces) grands joueurs!”

Ensuite la Gambie réussit “un exploit, terminer premier d’un groupe très dur avec la RD Congo, le Gabon et l’Angola pour se qualifier pour la CAN”, savoure Saintfiet.

Pour réussir ce tour de force, “ce que j’ai changé c’est la stratégie, la discipline, sur la pelouse mais aussi à l’extérieur, développe-t-il. Et je suis soutenu par une très bonne fédération, et un extraordinaire team manager, Ousmane Drammeh”.

Saintfiet, “amoureux de ce continent depuis mes lectures du magazine Afrique Football, que j’achetais quand j’étais jeune”, savoure, mais voit déjà au-delà de ce 8e de finale qui lui tend les bras.

“Je suis un entraîneur professionnel, mon ambition est d’aller à la Coupe du monde. Mais je suis réaliste, la Belgique, la France ou l’Argentine ne m’attendent pas, admet-il. Alors j’ai voyagé, je parle anglais, allemand, néerlandais, français, un peu arabe, et d’autres langues. Je m’adapte très bien, je peux vivre partout, j’ai du respect pour toutes les cultures, j’ai pu vivre au Bangladesh, en Namibie, en Finlande…”