CAN: la longue route d’El Fardou avec les Comores

Le Comorien El Fardou Ben Nabouhane avec l’Etoile Rouge de Belgrade, déborde le défenseur du CSKA Konstantin Kuchaev, le 13 février 2018 à Belgrade
Par Emmanuel BARRANGUET / © 2022 AFP

De Mayotte à Yaoundé, El Fardou Ben Nabouhane, star de l’Étoile Rouge de Belgrade, a tout connu avec les Comores, jusqu’à des débuts historiques à la Coupe d’Afrique des Nations, contre le Gabon, lundi (20h00).

“A jamais les premiers!” rigole l’enfant de Passamaïnty (Mayotte), qui a aussi vécu à Marseille, dans la forte communauté comorienne, et à La Réunion.

Comme l’OM premieret toujours seulvainqueur français de la Ligue des champions, El Fardou et ses coéquipiers “Cœlacanthes” sont les tout premiers Comoriens à disputer la Coupe d’Afrique.

Cet exploit a été patiemment mûri, amorcé par une bande de fous en 2014, rêvant de créer une vraie équipe nationale. Et l’attaquant figurait dans ce premier onze historique, lors du nul à Martigues (1-1) contre le Burkina-Faso, finaliste de la CAN-2013.

A 32 ans, il mesure le chemin parcouru, depuis qu’il a eu vent du projet, alors qu’il progressait dans le modeste PAE Veria, en Macédoine Centrale (grecque) de 2012 à 2015, terminant deuxième meilleur buteur du Championnat de Grèce.

“Depuis le HAC (Le Havre, son club formateur après la JS Saint-Pierroise de La Réunion), on me parlait (de ce projet) d’équipe des Comores, raconte-t-il à l’AFP. Ce n’était pas dans ma tête à cette époque-là, j’étais jeune, j’avais encore des chances de pouvoir jouer avec les équipes de France de jeunes”.

“Des frères”

Puis “à partir de Veria, le coach Amir Abdou et (l’ancien manager) Ben Amir commencent à m’appeler et m’expliquer leur projet. Je décide avec ma famille que c’est le bon moment”, se souvient El Fardou.

Ce fameux Comores-Burkina à Martigues, début mars 2014, “pour pas mal de joueurs, ç’a été le début de l’aventure, estime-t-il. On y repense et on en parle beaucoup de ce match-là, il a fait que tout le monde a eu envie de revenir”.

“Si on avait perdu, ça aurait peut-être été différent, mais là on faisait match nul contre le finaliste de la CAN, on s’est dit: +Y’a moyen!+” lance-t-il en riant.

Il vit donc les premières années difficiles, lui qui vient du monde pro, où il est depuis 2018 une des idoles du Marakana de Belgrade.

Pas de confort, des vestiaires chiches, des primes minimalistes, “mais le plus important était de créer quelque chose, à chaque fois on arrivait à passer outre et se focaliser sur nos objectifs”, insiste El Fardou.

“Aujourd’hui, on ne doit pas dire qu’on est des collègues mais qu’on est devenus des frères, on a vécu tant de choses tous ensemble”, se remémore-t-il.

La plus belle reste cette qualification historique. Mais son meilleur souvenir n’est pas son but décisif contre le Kenya, avant le 0-0 qualificatif contre le Togo.

“Rien à perdre”

“Non, c’est un match contre l’Ouganda (1-0), notre première victoire dans une compétition officielle”, en qualifications pour la CAN-2017, corrige-t-il.

C’est pour ce genre d’émotion “que j’ai voulu rejoindre la sélection. Elle a tellement d’importance pour le pays, pour le peuple. Elle leur permet de vivre des émotions, ils oublient tous les soucis du quotidien”, assure celui que ses coéquipiers appellent “Ben”.

Les Cœlacanthes (un poisson) peuvent les faire rêver encore plus grand. “En 2014, ce n’était vraiment pas possible de penser qu’on pourrait jouer une CAN, on était tous jeunes, la plupart jouait à des niveaux vraiment inférieurs”, jusqu’en Division d’Honneur française.

Quoiqu’il arrive au Cameroun, “même après notre carrière on nous le rappellera assez souvent”, prédit-il.

Malgré un groupe difficile, avec le Maroc, le Ghana et le Gabon, son premier adversaire, “on n’a pas de pression à se mettre, on va essayer de faire de notre mieux et on n’a vraiment rien à perdre”, tranquillise El Fardou, qui a marqué dans la prestigieuse Ligue des champions.

Alors “pourquoi pas faire en sorte que les Comores soient écrites dans le grand livre de la CAN, pour laisser une trace”, rêve-t-il…