CAN-2019: Victor Wanyama, des rues de Nairobi à la finale de la C1

Le milieu kényan Victor Wanyama lors d’un entraînement avec Tottenham au Metropolitano à Madrid, le 31 mai 2019, veille de la finale de la Ligue des champions
Par Nicolas DELAUNAY / © 2019 AFP

Enfant, Victor Wanyama jouait pieds nus dans les rues de Nairobi, parfois jusqu’à en saigner. Dimanche, c’est avec le brassard de capitaine du Kenya qu’il va découvrir la Coupe d’Afrique, après avoir brillé en Ligue des champions avec Tottenham.

Il a placé son pays sur la carte du football africain. Sur des contrées plus connues pour ses coureurs de fond, le rugueux milieu de 27 ans est une icône dans son pays, qui s’est qualifié pour sa première CAN en quinze ans.

Contre l’Algérie au Caire, son “rêve” va être vécu par des millions de fans kényans. “Jouer cette compétition, c’est un rêve! On va montrer de quoi le Kenya est capable”, confie à l’AFP le joueur, apprécié pour son humilité. “C’est aussi le moment le plus important de ma carrière”.

“Il n’y a pas de pression. La seule chose que nous devons faire, c’est de travailler dur et d’obtenir un bon résultat pour nous”, poursuit avec calme celui qui avait pour idoles des joueurs de la trempe de Roy Keane, Patrick Vieira ou Michael Essien.

“Il est resté très humble, et il n’a pas oublié ses origines modestes”, explique son cousin Harrison Osotsi, notant qu’il ne manque pas une occasion d’aider les jeunes footballeurs de Nairobi, en leur fournissant du matériel, ou même en accueillant des groupes à Londres.

Car le natif de Nairobi, issu d’une famille de 11 enfants, a fait ses premières armes dans les rues en terre de Land Mawe, un quartier à l’époque réservé aux employés de la société kényane des chemins de fer pour laquelle travaillait sa mère.

Une histoire de famille

“Il jouait pieds nus dans les rues, il en saignait parfois, mais il continuait”, explique son cousin. “Il avait tellement l’habitude de jouer pieds nus que lorsqu’il a eu ses premières chaussures, il a eu du mal à s’y habituer (…), il voulait les enlever, mais il s’est finalement habitué”.

Son père, Noah Wanyama, un ancien international kényan, se souvient: “Victor et les autres garçons m’accompagnaient au stade et portaient les sacs de sport quand j’allais à l’entraînement ou au match”. “Ils ont vite appris les ficelles de ce sport”.

“Je suis content d’avoir inculqué les valeurs de la discipline et du dur labeur à mes enfants”, conclut celui qui peut se targuer d’avoir deux fils ayant atteint la finale de la Ligue des champions. Le frère de Victor, Macdonald Mariga, a en effet remporté la compétition reine en 2010 avec l’Inter Milan, en jouant toutefois un rôle mineur.

“Je suis né dans une famille de sportifs. Le football, c’est dans mon sang”, reconnaît Victor Wanyama.

Son ascension est rapide et irrémédiable: il est appelé pour la première fois en sélection à l’âge de 15 ans pour affronter le Nigeria.

Précoce, il est envoyé s’aguerrir en Suède, puis en Belgique, alors qu’il n’est qu’un adolescent, puis signe à 20 ans pour le Celtic de Glasgow, où les supporters se souviennent encore de son but marqué un soir d’automne 2012, lors d’une victoire face au Barça en Ligue des champions.

“Red hot chili papers”

Il devient en 2013 le premier Kényan à évoluer en Premier League en signant à Southampton, avant de s’engager en 2016 avec Tottenham.

Wanyama fait l’unanimité en Angleterre, où les supporters raillent avec bienveillance ses fautes d’orthographe cocasses sur Twitter (les “Red Hot Chili Papers”) ou encore ses tweets devenus viraux tel que “J’ai mangé des spaghettis et c’était très bon”.

Après un début de saison difficile marqué par des blessures, Victor Wanyama est bien revenu pour aider Tottenham à atteindre la finale de la Ligue des champions, qu’il a finalement regardée du banc.

Qu’importe ce revers, son expérience pourra servir son pays. “Je parle à mes coéquipiers de notre état d’esprit à Tottenham, et notre qualité à restés soudés, c’est ça que je veux leur transmettre. Avec cette mentalité, on peut aller jusqu’au bout”, explique le joueur.

Le Kenya, 105e nation au classement Fifa, aura bien besoin de son meilleur joueur.

“C’est un leader hors pair”, explique le sélectionneur français Sébastien Migné. “A l’entraînement, sur les règles de vie, c’est un formidable exemple, que tous les joueurs locaux doivent suivre. C’est un peu notre guide, c’est l’un de mes relais sur le terrain.” Avec son guide, jusqu’où ira le Kenya?