CAN-2019: Madagascar, atout vieux

Le vétéran Faneva Andriatsima, qui déborde le Burundais Omar Ngando à Alexandrie, le 27 juin, brille avec Madagascar à la CAN-2019
Par Alexis HONTANG, Martyn WOOD / © 2019 AFP

La Côte d’Ivoire a Nicolas Pépé, 24 ans, le Nigeria Alex Iwobi, 23 ans, Madagascar a Faneva Andriatsima, 35 ans. Avec ses “tontons” et aucune star, les Zébus sont en 8e de finale pour leur première CAN, en dépit d’une Fédération en crise.

L’exploit face aux Super Eagles (2-0), avec des buts d’un joueur de L2 (Lalaïna Nomenjanahary, 33 ans, Paris FC) et de deuxième division saoudienne (Charles Andriamanitsinoro, 29 ans), porte le sceau d’un groupe bâti sur la cohésion et l’expérience plutôt que des noms ronflants.

Avec une moyenne d’âge de 28,7 ans, Madasgascar présente la formation la plus âgée du tournoi, devant l’Afrique du Sud et le Maroc.

“La vedette, c’est l’équipe! C’est une équipe de copains, explique à l’AFP le coach. Notre secret, c’est la cohésion!”

. Crise à la FMF

“Ce qui nous permettra d’aller loin, c’est la force collective. On sait qu’on est des petits gabarits, moins physiques par rapport aux équipes africaines. On doit combler ce déficit physique avec de la solidarité, du coeur”, abonde Andriatsima, qui évolue à Clermont (L2).

Si une tête dépasse du lot, c’est celle de Charles Andriamanitsinoro, dit Carolus Andrea, qui s’est révélé à la CAN avec deux buts et une passe décisive. Mais lui aussi n’a que le collectif à la bouche: “On fait ce qu’il faut, et à un moment, un joueur ressort quand l’équipe en a besoin. C’est notre force”, déclare-t-il à l’AFP.

Pour atteindre un oasis de succès en Egypte, les Zébus malgaches ont traversé un très long désert d’échecs. Mais des carences institutionnelles les retardent toujours, menaçant la pérennité de leur bonne marche.

La Fifa a nommé en novembre un comité de normalisation pour gérer les affaires courantes de la Fédération (FMF), en crise après l’élection de son nouveau président, un poste qui est toujours vacant.

“Depuis deux ans et demi, on travaille en autonomie puisqu’on a une Fédération moribonde, avec un comité de normalisation, et bientôt, je l’espère, un futur président”, explique le sélectionneur français Nicolas Dupuis, qui fait contre mauvaise fortune bon coeur.

L’entraîneur, en poste depuis 2016, a dû rebâtir en profondeur son effectif, en attirant des joueurs évoluant à l’étranger, mais aussi les à-côtés. Ainsi sont venus le Lyonnais Jérémy Morel ou le Rémois Thomas Fontaine.

. “Sonnette d’alarme”

“Je regardais notre match face à la RDC, une défaite 6-1 (en juin 2016), et il n’y avait pas un seul joueur présent aujourd’hui”, note-t-il. “Les joueurs ont changé, le fonctionnement, le staff, le matériel, l’hébergement et les déplacements, tout! Tout est mieux fait, de façon professionnelle. C’est normal qu’on ait un peu plus de résultats.”

“Depuis l’arrivée du coach, ça a beaucoup changé. On n’était pas très nombreux, beaucoup (de) joueurs locaux. Il a commencé à regarder les joueurs qui jouaient en France et dans les autres championnats. C’est ça qui a permis de changer l’équipe”, renchérit Andriamanitsinoro.

L’heure des lendemains qui chantent a-t-elle sonné? Pas sûr, répond Dupuis.

“Je tire la sonnette d’alarme. Il n’y a rien qui se fait à la direction technique nationale (DTN), aucun travail en direction des jeunes, et c’est grave. L’équipe nationale est l’arbre qui cache la forêt. Si on ne remet pas tout en question, alors dans deux ans il n’y aura plus d’équipe, dans quatre ans encore moins… C’est dommage parce qu’il y a un vrai vivier”, argumente le sélectionneur.

Mais pour la prochaine semaine, qui peut dire jusqu’où Madagascar peut aller?