C1: Tuchel, la revanche du grand blond

L’entraîneur allemand du Paris Saint-Germain Thomas Tuchel arrive au stade de la Mosson, avant le match entre le PSG et le MHSC, le 5 décembre 2020 à Montpellier
Par Alexis HONTANG / © 2020 AFP

Proche des joueurs mais pas de sa direction, tacticien passionné mais indifférent à son image, dans l’histoire du PSG pour ses accomplissements comme ses échecs, Thomas Tuchel a construit une équipe qui lui ressemble, en passe d’atteindre mardi les huitièmes de Ligue des champions.

L’année des 50 ans du club, le Paris SG a revisité un des ses classiques, qui évoque l’ère pré-qatarienne: la “crise de novembre”, cette période maudite où les résultats épousent la trajectoire des feuilles qui tombent.

Dans la tempête, après deux défaites lors des trois premières journées de C1, l’Allemand est resté droit. Son équipe a redressé la situation, avec un succès sur le terrain de Manchester United (3-1), mercredi dernier, qui a porté la marque de ses choix gagnants.

Un point contre le Basaksehir Istanbul suffira aux Parisiens pour revivre un printemps européen. Mais pour Tuchel, les critiques resteront au pied du sapin, dans une ville qui le boude.

Arrivé en 2018, le Bavarois, âgé de 47 ans, demeure contesté alors qu’il a réussi là où son prédécesseur Unai Emery avait échoué, en unissant le vestiaire de superstars, dont Neymar, derrière son projet.

L’épopée de Lisbonne, où le PSG a atteint pour la première fois de son histoire de la finale de la C1, perdue contre le Bayern (1-0), a incarné le “spirit” réclamé par l’Allemand, toujours enclin à donner de gros câlins à ses joueurs.

“Un cadeau”

“Il est arrivé à créer un groupe très solide. C’est un entraîneur jeune, il a des idées, un très bon caractère avec nous. On est bien avec lui”, resume le milieu Marco Verratti. “Gérer une trentaine de joueurs, avec beaucoup de joueurs importants, c’est difficile. Il a réussi à créer un bon rapport avec tout le monde”.

“Il me parle un peu en allemand”, a commenté auprès de l’AFP Juan Bernat, passé par le Bayern. “Il m’a donné confiance dès le premier jour”.

Tuchel a souvent répété la saison dernière qu’entraîner le PSG était “un cadeau”. Et si le monde s’arrêtait à la clôture du Camp des Loges, il serait peut-être le plus heureux.

Le natif de Krumbach, à la carrière de défenseur rapidement interrompue par les blessures, est un adepte du tableau noir, qui a appris son métier sur le tas, en partant des équipes de jeunes de Stuttgart.

Révélé en Bundesliga à Mayence (2009-2014), puis passé par Dortmund (2015-2017), sa trajectoire stellaire rappelle celle de Jürgen Klopp. Mais la comparaison avec le charismatique coach de Liverpool (53 ans) jette la lumière sur ce que Tuchel n’a pas: une relation privilégiée avec les fans.

“Klopp veut être une idole. Tuchel, lui, ne s’intéresse pas au marketing, à son image. Il est intéressé par son travail, il veut être jugé pour son travail et seulement ça”, décrypte Daniel Meuren, auteur d’une biographie sur Tuchel.

“Pour mes éditeurs, un autre livre sur Klopp aurait été plus intéressant que sur Tuchel. Il fait plus vendre!”, sourit le journaliste allemand.

Coups de gueule

Avec deux petits tweets en deux années parisiennes, “TT” n’est pas son meilleur défenseur lorsqu’il s’agit d’éteindre l’incendie né de résultats décevants. Pis, les réseaux sociaux guettent désormais ses coups de gueule, comme lorsqu’il provoque un journaliste en lui demandant s’il a les “c…” d’interroger les joueurs sur leur état de forme.

La fin de saison 2018-2019 difficile, marquée par la piteuse élimination en 8e de finale retour de C1 par Manchester United et la finale de Coupe de France perdue aux tirs au but contre Rennes, a éloigné Tuchel des supporters.

Le lien s’est à peine resserré après le gain des quatre trophées nationaux et la finale de C1 atteinte l’année suivante. Le clash, à la rentrée, sur le mercato qui l’a opposé au directeur sportif Leonardo, et fait planer la menace d’un limogeage, a fini par lui forger l’image d’un entraîneur isolé, voire en manque de reconnaissance.

C’est son homologue de Marseille André Villas-Boas qui a levé la voix pour s’étonner de l’absence de Tuchel parmi les nommés au trophée 2020 de la Fifa de meilleur entraîneur, “un scandale” selon lui.

En fin de contrat cet été, sans que des négociations soient en cours, Tuchel se dirige vers un départ en juin. Sept mois pour boucler trois années de succès et d’incompréhension: reste à trouver la conclusion de ce chapitre qui aura marqué l’histoire du club.