C1: sur les traces d’Anthony Martial, l’enfant des Ulis, en banlieue parisienne

Anthony Martial lors d’un entraînement de l’équipe de France au Stade de France le 7 septembre 2020
Par Clara WRIGHT / © 2020 AFP

Anthony Martial, c’est une éclosion précoce, un transfert retentissant à Manchester United et un match très attendu mardi contre le PSG en Ligue des champions. Mais pour les habitants des Ulis, en banlieue parisienne, l’attaquant a surtout su rester l’enfant du quartier.

“Anthony revient souvent quand il a des jours off, mais pas comme +Martial+, il revient comme +Anthony+: il n’a pas pris la grosse tête”, assure à l’AFP son ami d’enfance Baptiste Tenin, 26 ans.

Alors que ses parents ont déménagé, l’attaquant de Manchester et de l’équipe de France (24 ans) passe encore du temps dans sa ville d’enfance des Ulis, banlieue populaire de près de 25.000 habitants, à une vingtaine de kilomètres au sud de Paris.

En 2019 par exemple, il a joué les coaches lors d’une “Coupe du monde” organisée dans le quartier des Bergères, où il a grandi. Il a aussi préparé sa saison sur les terrains de son premier club de football, le CO des Ulis.

Quand il rentre, “Toto” va toujours au même fast-food. Et engloutit avec autant d’appétit les pains au chocolat du garde-manger de ses anciens voisins, les Tenin.

Tous les habitants rencontrés par l’AFP décrivent une présence sans fard, presque familière. Même les plus jeunes, pourtant nés après son départ pour le centre de formation de l’Olympique lyonnais en 2009.

“Comme un voisin”

A la sortie de l’école où Martial a été élève, le petit Ahmed raconte, sans s’en émouvoir, avoir “joué au foot” avec l’avant-centre de Manchester. “On n’a pas l’impression que c’est une star. C’est un peu comme un voisin”, dit aussi Sirine, 9 ans, habitante de la tour Mai des Bergères.

C’est au pied de ces douze grandes tours blanches que l’aventure footballistique de Martial a débuté.

De son appartement, dans la tour Janvier, Anthony Martial avait vue “directe” sur le terrain de foot du quartier. “C’était tout tracé pour lui: c’était comme s’il avait un terrain chez lui”, selon Amine Ratel, 27 ans.

Amine, Baptiste et Anthony font partie d’une même bande, qui passait son temps libre à jouer au foot “jusqu’à ce que les parents crient par la fenêtre de rentrer”.

Tous passionnés, à une différence près: le niveau d’Anthony. “Quand Dorian (l’aîné Martial, ndlr) venait sur le terrain avec ses potes, on se retirait poliment et on allait jouer autour de la table de ping-pong… Il n’y avait qu’Anthony qui avait le droit de jouer avec les plus grands”, rit Amine.

Un autre terrain de foot va propulser Martial: celui du CO des Ulis. A sept ans, il était déjà surclassé, se souvient Wally Bagou, un ancien entraîneur: “Tout le monde a vu très tôt que c’était un prodige”.

“Anthony, c’est un dribbleur, un finisseur, un garçon qui débloquait une situation dans un match”, abonde Buhanga Tshimen, un autre entraîneur.

“Potion magique”

Comme ce jour où Martial est venu à la rescousse de son équipe U13 (moins de 13 ans).

“Anthony était en test à Clairefontaine (centre national du football français) et nous, on jouait une demi-finale, il y avait 0-0. A la 60e minute, il est arrivé, il a sauté la barrière, il s’est pas échauffé et il est rentré. Il a marqué sur son premier ballon et il est ressorti. On a gagné 1-0”, raconte Baptiste, encore admiratif.

Un talent pur, nourri d’un “fort caractère”: tantôt “blagueur” dans les vestiaires, tantôt “boudeur” si “on gagnait un peu à l’arrache”.

Selon ses entraîneurs, Martial doit également sa réussite à son sérieux et à l’exemple familial: ses deux aînés Dorian et Johan “toujours la balle au pied” et devenu professionnel pour le second, et son père, grand amateur, détaille Wally Bagou.

Aujourd’hui, le maillot “Martial” orne les murs du club house des Ulis, aux côtés d’une dizaine d’autres, dont ceux de Thierry Henry et Patrice Evra, eux aussi issus de cette ville du département de l’Essonne.

“Qu’est-ce que vous voulez que je vous dise… Il y a comme une petite potion magique ici”, sourit Mahamadou Niakate, directeur technique du club, soulignant aussi le rôle de la mairie, qui a investi dans des infrastructures.

“On est touchés par un brin de chance”, abonde Fabrice Tenin, autre ami d’enfance de Martial.

“Ça prouve que ce n’est pas parce qu’on vit en banlieue que ce n’est pas un gage de réussite. C’est comme une lueur d’espoir”, confie l’Ulissien de 27 ans. Avant d’ajouter, taquin: “Je continue de regarder les listes de Didier Deschamps, je me dis que, par mégarde, il pourrait m’appeler”.