C1: le discret Pléa au niveau des plus grands

L’attaquant français du Borussia Möchengladbach Alassane Pléa fête un but contre Mayence, le 25 janvier 2020 à domicile
Par Christophe BEAUDUFE / © 2020 AFP

A 27 ans, Alassane Pléa est peut-être passé à côté d’une carrière en Bleu, mais il brille en Ligue des champions avec Mönchengladbach, premier de son groupe, qui n’a besoin que d’un nul mercredi contre le Real Madrid pour s’inviter en 8es de finale.

Si, après cinq journées de phase de poule, le Borussia possède la meilleure attaque de la compétition, avec 16 buts, à égalité avec le Bayern Munich de Robert Lewandowski et le FC Barcelone de Lionel Messi, il le doit en grande partie à son attaquant français.

Celui que ses coéquipiers surnomment “Lasso” n’est en effet rien moins que l’attaquant le plus déterminant dans cette Ligue des champions, à l’addition des buts et des passes décisives. Avec neuf actions décisives (cinq buts et quatre passes), il devance Alvaro Morata (Atlético Madrid, 6+1), Erling Haaland (Dortmund, 6+0) et Marcus Rashford (Manchester United, 6+0).

“Nous sommes heureux d’avoir un super-joueur comme +Lasso+, parmi d’autres, dans notre effectif”, se réjouit le directeur sportif du Borussia Max Eberl, qui ne s’inquiète pas outre mesure de voir son buteur courtisé un jour par de plus grandes écuries: “Nous sommes un grand club, nous jouons la Ligue des champions”, rappelle-t-il, “nous avons suffisamment à offrir pour garder des joueurs comme lui”.

Duo avec Thuram

Le natif de Lille, formé à Lyon puis passé par Auxerre et Nice, est un métronome: depuis ses 11 buts avec les Aiglons en 2016-2017, il a toujours marqué plus de dix fois par saison. Arrivé à Mönchengladbach en 2018-2019, il a en outre élargi sa palette en devenant aussi un remiseur de haut niveau.

Moins exposé médiatiquement que son complice et compatriote Marcus Thuram, plus jeune (23 ans), plus extraverti et “fils de”, Pléa n’en est pas moins le véritable fer de lance de l’attaque du Borussia.

Alors que Thuram se déplace sur le flanc gauche de l’attaque, dribble et percute en un-contre-un depuis les ailes, Pléa possède un profil plus classique d’avant-centre, incroyablement adroit dans la surface, et très fort dos au but.

Pour la deuxième journée du groupe, le duo avait failli mettre à terre à lui tout seul le Real Madrid de Zinédine Zidane. Thuram avait réussi un doublé, sur deux passes de Pléa, permettant à M’Gladbach de mener 2-0 jusqu’à la 87e minute. Les Espagnols étaient revenus à 2-2 dans le temps additionnel.

Dix minutes en bleu

La semaine suivante, Pléa a marqué trois fois contre le Shakhtar (6-0). “C’était une belle soirée avec mon premier triplé en Ligue des champions, je suis heureux”, avait-il lâché au micro de Sky, avant de s’enfuir vers le vestiaire avec un ballon du match sous le bras. Il l’a fait signer ensuite à tous ses coéquipiers, pour mieux se rappeler qu’à Mönchengladbach non plus, on ne marque jamais seul.

Marco Rose, l’entraîneur du Borussia, souhaite préserver ses deux Français de la pression et, si possible, les garder encore quelques saisons au club: “Oui, ils marquent des buts, nous en sommes contents, mais il ne faut pas en faire une méga-histoire”, relativisait-il en novembre. “Tous les deux sont de bons gars, qui travaillent dur et qui s’entendent aussi très bien hors du terrain”.

Si Thuram vient d’entamer une carrière avec l’équipe de France, Pléa a pour le moment laissé passer sa chance. Convoqué une seule fois par Didier Deschamps, il a porté le maillot bleu 10 minutes, lors d’un match amical en 2018 contre l’Uruguay.

Il faudrait sans doute, à 27 ans, qu’il livre des performances exceptionnelles pour s’inviter chez les champions du monde avant l’Euro. Mais le sélectionneur ne peut pas ignorer, évidemment, qu’un meilleur buteur-passeur de Ligue des champions fait forcément partie des très grands joueurs d’Europe.