C1: Guardiola contre-nature, nouvelle contrariété pour City

L’entraîneur espagnol de Manchester City, Pep Guardiola, sonné après la défaite contre Lyon en quart de finale de la Ligue des champions, à Lisbonne, le 15 août 2020
Par Frédéric HAPPE / © 2020 AFP

En changeant son système et en faisant jouer Manchester City presque contre-nature, Pep Guardiola a raté son pari tactique contre Lyon samedi (3-1): le voilà éliminé dès les quarts de la Ligue des Champions, un scénario connu qui contrarie encore les ambitions du club.

Fou de foot, on sait que Guardiola l’est. Habité par le jeu, obsédé par ses infinies variations tactiques, toujours en quête de la perfection, son “QI foot” n’est évidemment pas en question.

Mais si ses premières années sur le banc à Barcelone ont été couronnées par deux sacres en C1, en 2009 et 2011, il n’a jamais passé les demies en trois essais avec le Bayern Munich. Avec City, c’est pire: il n’arrive même plus à passer les quarts, avec trois éliminations successives.

“Les années passent mais les résultats sont les mêmes”, a d’ailleurs soupiré, presque résigné, Kevin De Bruyne qui avait redonné l’espoir aux siens en égalisant contre Lyon.

Ce qui frappe dans cette série noire, c’est la récurrence du même schéma: soudainement, après toute une saison à jouer, et jouer bien, avec un ou deux systèmes majeurs, “Pep” sort de son chapeau une composition qui prend au dépourvu tous les observateurs.

Contre Lyon, cela a consisté à passer à trois défenseurs centraux pour copier l’organisation de son adversaire.

City a débuté “à la Mourinho”

Une équipe “à la Mourinho”, a commenté, non sans justesse, le site internet The Athletic. Autant dire une équipe “anti-Guardiola” au possible.

“On a essayé de se renforcer sur nos points faibles par rapport à leurs points forts, comme par exemple le fait qu’ils attaquent très bien sur les ailes. Et je ne voulais pas les laisser développer leur jeu”, a-t-il expliqué après le match.

Guardiola avait dit et répété avant le match qu’il fallait se méfier de Lyon, que l’OL valait mieux que les commentaires parfois condescendants qui avaient accompagné ses prestations récentes.

Le risque d’un excès de confiance de ses joueurs, après avoir été les premiers à faire chuter en Ligue des champions le Real Madrid de Zinédine Zidane en huitièmes (2-1, 2-1), était, après tout, réel.

Mais, au vu de son onze de départ, une question apparemment incongrue s’immisce: Manchester City a-t-il eu peur de Lyon ?

Pendant les 20-25 premières minutes, les “Citizens” ont été très laborieux et il a fallu attendre le retour à un schéma plus classique en 4-3-3, à l’heure de jeu, pour retrouver leur fluidité habituelle.

“Dans les matches à élimination directe, Pep (…) est toujours déchiré entre le fait d’accorder de l’attention et respecter les forces de l’adversaire, et garder ses convictions et un système dans lequel il croit”, avait expliqué Thomas Müller (Bayern Munich) en février à The Athletic au sujet du Catalan.

Entre génie tactique et gamberge

“Parfois, ce qu’on doit faire n’est pas clair à 100%”, avait ajouté le joueur.

“Un match à élimination directe, c’est une finale, on doit jouer sur ses forces et on ne doit pas faire d’expériences. Il a affaibli son équipe pendant 60 minutes”, a tranché Lothar Matthäus, ancien Ballon d’Or et consultant pour Sky en Allemagne.

Rien ne semble malheureusement indiquer que Guardiola ait l’intention de faire son autocritique sur ce point.

“Cette compétition, on la connaît, dans les surfaces il faut être sérieux et ne pas encaisser de but (…) Les statistiques montrent qu’on a été bons, mais ça n’a pas suffi”, a-t-il lâché après le match.

Alors oui, on pourra pointer le mauvais alignement et le manque de repli de Kyle Walker sur l’ouverture du score, la perte de balle dans une zone dangereuse sur le deuxième but et, évidemment, l’incroyable raté de Raheem Sterling sur une balle de 2-2, 59 secondes avant que Moussa Dembélé ne plie le match.

Mais si Guardiola veut regoûter un jour au Graal et emmener enfin City sur le toit de l’Europe, il lui faudra sans doute arriver à dessiner la frontière entre génie tactique et gamberge.