C1: “Francophile” le Galatasaray? Non merci

Tableau du tirage au sort des groupes de la Ligue des champions, à Monaco, le 29 août 2019
Par Ezzedine SAID / © 2019 AFP

Quand le tirage de la Ligue des champions a envoyé le Galatasaray dans le groupe du PSG, les fans des clubs stambouliotes rivaux se sont répandus en railleries sur les réseaux: comment l’UEFA peut-elle opposer deux clubs français alors que le règlement l’interdit?

Galatasaray, fondé en 1905 par des anciens du lycée francophone d’Istanbul du même nom, se voit en effet accoler par les supporteurs des équipes concurrentes l’étiquette de club “francophile” ou carrément “français”. Un label rejeté par le champion en titre de Turquie qui accueille le PSG mardi, pour le compte de la deuxième journée de Ligue des champions (groupe A).

“Galatasaray (le lycée et le club) est une communauté de nature nationaliste turque. Le mot +francophile+ pourrait donc offenser beaucoup de diplômés de Galatasaray”, explique Daghan Irak, sociologue du sport turc et chercheur à l’Université d’Aix-Marseille.

“Les relations entre Galatasaray et la France sont souvent le sujet d’insultes par les supporteurs des équipes rivales, notamment par ceux de Fenerbahçe. Il faut savoir qu’être plus nationaliste que les autres est une source de fierté pour les clubs en Turquie”, ajoute-il.

Issus du lycée Galatasaray, la plupart des dirigeants du club sont francophones, ce qui les aide, d’après Daghan Irak, à avoir “des bons rapports avec le monde du football en France”.

“Pas mal de fric”

Cette french connection s’est encore matérialisée cet été avec l’arrivée au club du champion du monde français Steven Nzonzi et de quatre autres joueurs ayant fait leurs preuves dans le championnat de France: Jimmy Durmaz (Toulouse), Mario Lemina (Marseille), Jean-Michel Seri (Nice) et le buteur colombien Falcao (Monaco).

Ils ont rejoint sur les bords du Bosphore trois autres ex-pensionnaires de Ligue 1: le franco-marocain Younès Belhanda, le franco-algérien Sofiane Feghouli et le Brésilien Mariano.

Si la langue de Molière peut créer des affinités, ce sont surtout les arguments sonnants et trébuchants des dirigeants de Galatasaray qui leur permettent d’attirer des stars “made in France”, explique le sociologue.

“Les joueurs ne paient pas d’impôts importants en Turquie. Les clubs, qui bénéficient de mesures d’amnistie fiscale, s’en occupent. Même les dettes des grands clubs causées par le mercato sont restructurées par le biais des banques publiques”, dit-il.

John McManus, auteur du livre “Welcome to Hell?: In Search of the Real Turkish Football”, en convient.

“Je pense que l’attrait de Galatasaray est le même que celui de tous les autres clubs turcs de renom: donner aux joueurs la chance d’évoluer devant des supporteurs parmi les plus fanatiques du football européen tout en gagnant pas mal de fric”, dit-il, rappelant que Falcao par exemple percevra un salaire annuel estimé à cinq millions d’euros.

“Galatasaray peut aussi être attractif pour des joueurs français parce que c’est le seul club turc à avoir remporté un trophée européen (la coupe de l’UEFA, ancêtre de la ligue Europa, en 2000) mais je ne suis pas certain que les liens avec la France qu’on lui prête constituent un attrait supplémentaire”, explique-t-il. “Quand un footballeur décide où il va jouer, l’argument qui l’emporte est le plus souvent celui de l’argent”.

“A la française”

Le chroniqueur sportif Bagis Erten note lui que Galatasaray a “une tendance a recruter des joueurs francophones car la plupart des membres de la direction parlent la langue”.

“Mais je ne pense pas que les joueurs viennent ici pour ces liens culturels avec la France et je ne suis pas sûr qu’ils en savent quelque chose”, ajoute-il. “Les fans des équipes adverses s’en servent pour se moquer de Galatasaray mais ce n’est pas bien méchant”.

Selon lui, les supporteurs de l’équipe, dont la majorité est issue des classes populaires, “critiquent souvent l’influence sur le club du lycée Galatasaray, qui, lui, est associé à l’élite”.

“Ils estiment que la direction a tendance à faire les choses à la française et non pas à la turque”, dit-il.

Les plus anciens se rappelleront toutefois que les choses avaient bel et bien été faites à la turque en 1987, lorsque l’un des premiers joueurs français majeurs transféré à Galatasaray, Didier Six, s’était vu obligé de prendre la nationalité turque, et de se faire appeler Dündar Siz, pour libérer plus de places aux joueurs étrangers dans l’équipe.

Tableau du tirage au sort des groupes de la Ligue des champions, à Monaco, le 29 août 2019
Par Ezzedine SAID / © 2019 AFP

Quand le tirage de la Ligue des champions a envoyé le Galatasaray dans le groupe du PSG, les fans des clubs stambouliotes rivaux se sont répandus en railleries sur les réseaux: comment l’UEFA peut-elle opposer deux clubs français alors que le règlement l’interdit?

Galatasaray, fondé en 1905 par des anciens du lycée francophone d’Istanbul du même nom, se voit en effet accoler par les supporteurs des équipes concurrentes l’étiquette de club “francophile” ou carrément “français”. Un label rejeté par le champion en titre de Turquie qui accueille le PSG mardi, pour le compte de la deuxième journée de Ligue des champions (groupe A).

“Galatasaray (le lycée et le club) est une communauté de nature nationaliste turque. Le mot +francophile+ pourrait donc offenser beaucoup de diplômés de Galatasaray”, explique Daghan Irak, sociologue du sport turc et chercheur à l’Université d’Aix-Marseille.

“Les relations entre Galatasaray et la France sont souvent le sujet d’insultes par les supporteurs des équipes rivales, notamment par ceux de Fenerbahçe. Il faut savoir qu’être plus nationaliste que les autres est une source de fierté pour les clubs en Turquie”, ajoute-il.

Issus du lycée Galatasaray, la plupart des dirigeants du club sont francophones, ce qui les aide, d’après Daghan Irak, à avoir “des bons rapports avec le monde du football en France”.

“Pas mal de fric”

Cette french connection s’est encore matérialisée cet été avec l’arrivée au club du champion du monde français Steven Nzonzi et de quatre autres joueurs ayant fait leurs preuves dans le championnat de France: Jimmy Durmaz (Toulouse), Mario Lemina (Marseille), Jean-Michel Seri (Nice) et le buteur colombien Falcao (Monaco).

Ils ont rejoint sur les bords du Bosphore trois autres ex-pensionnaires de Ligue 1: le franco-marocain Younès Belhanda, le franco-algérien Sofiane Feghouli et le Brésilien Mariano.

Si la langue de Molière peut créer des affinités, ce sont surtout les arguments sonnants et trébuchants des dirigeants de Galatasaray qui leur permettent d’attirer des stars “made in France”, explique le sociologue.

“Les joueurs ne paient pas d’impôts importants en Turquie. Les clubs, qui bénéficient de mesures d’amnistie fiscale, s’en occupent. Même les dettes des grands clubs causées par le mercato sont restructurées par le biais des banques publiques”, dit-il.

John McManus, auteur du livre “Welcome to Hell?: In Search of the Real Turkish Football”, en convient.

“Je pense que l’attrait de Galatasaray est le même que celui de tous les autres clubs turcs de renom: donner aux joueurs la chance d’évoluer devant des supporteurs parmi les plus fanatiques du football européen tout en gagnant pas mal de fric”, dit-il, rappelant que Falcao par exemple percevra un salaire annuel estimé à cinq millions d’euros.

“Galatasaray peut aussi être attractif pour des joueurs français parce que c’est le seul club turc à avoir remporté un trophée européen (la coupe de l’UEFA, ancêtre de la ligue Europa, en 2000) mais je ne suis pas certain que les liens avec la France qu’on lui prête constituent un attrait supplémentaire”, explique-t-il. “Quand un footballeur décide où il va jouer, l’argument qui l’emporte est le plus souvent celui de l’argent”.

“A la française”

Le chroniqueur sportif Bagis Erten note lui que Galatasaray a “une tendance a recruter des joueurs francophones car la plupart des membres de la direction parlent la langue”.

“Mais je ne pense pas que les joueurs viennent ici pour ces liens culturels avec la France et je ne suis pas sûr qu’ils en savent quelque chose”, ajoute-il. “Les fans des équipes adverses s’en servent pour se moquer de Galatasaray mais ce n’est pas bien méchant”.

Selon lui, les supporteurs de l’équipe, dont la majorité est issue des classes populaires, “critiquent souvent l’influence sur le club du lycée Galatasaray, qui, lui, est associé à l’élite”.

“Ils estiment que la direction a tendance à faire les choses à la française et non pas à la turque”, dit-il.

Les plus anciens se rappelleront toutefois que les choses avaient bel et bien été faites à la turque en 1987, lorsque l’un des premiers joueurs français majeurs transféré à Galatasaray, Didier Six, s’était vu obligé de prendre la nationalité turque, et de se faire appeler Dündar Siz, pour libérer plus de places aux joueurs étrangers dans l’équipe.