C1: Fougères encore sous le charme de Camavinga, son petit prince du foot

Eduardo Camavinga avec l’équipe de France, lors du match contre la Croatie, le 14 octobre 2020 à Zagreb
Par Fanny CARRIER / © 2020 AFP

Un large sourire et une bonne humeur communicative… Au-delà du talent rare qui fait déjà sa réputation, Eduardo Camavinga a laissé à Fougères (Ille-et-Vilaine), théâtre de ses tout premiers exploits, le souvenir d’un gamin lumineux.

L’herbe a repoussé, la vieille tribune a été démontée et personne ne sait plus trop qui a la clé du portillon. Mais l’état d’abandon du terrain de la Madeleine n’a pas gommé l’exploit: il ne s’est écoulé que 11 ans entre les premiers touchers de balle de la pépite bretonne et son premier but en Bleu au Stade de France, contre l’Ukraine (7-1) en amical début octobre, avant de découvrir la prestigieuse Ligue des champions avec Rennes mardi contre Krasnodar.

La Bretagne, c’est d’ailleurs un pur hasard. Né en novembre 2002 en Angola, d’un père angolais et d’une mère congolaise, il est arrivé en France à l’âge de deux ans. D’abord à Lille, où les débuts ont été difficiles. Une première possibilité de logement à Amiens n’a pas abouti et la famille réfugiée a été envoyée à Fougères, commune de 20.000 habitants à 50 km au nord-est de Rennes.

Poussé dans une petite barre HLM décatie à deux kilomètres de l’imposant château fort qui fait la renommée de la ville, Eduardo voulait faire du judo, comme son grand frère. Mais devant les dégâts qu’il provoquait balle au pied à la maison, sa mère l’a inscrit au Drapeau de Fougères, le club de foot du quartier placé sous le patronage de Saint-Joseph, dont la statue scrute toujours le vieux terrain cabossé.

“Enfant solaire”

Il avait à peine sept ans, mais “il avait la logique du foot, il n’y avait pas besoin de répéter 10 fois les mêmes choses. Même s’il ne parlait pas beaucoup, il comprenait tout de suite”, se souvient Yannick Courteille, 39 ans, son entraîneur d’alors, qui jouait aussi en senior avec son père Celestino, employé dans un atelier de découpe de viande.

Aujourd’hui éducateur à Vitré, il retrouve le petit Eduardo dans les yeux de l’adolescent star: “Il a gardé cet esprit de s’amuser sur le terrain. Il n’en rajoute jamais (…), toujours avec le sourire. On a envie d’aller vers lui parce qu’il a une bonne tête. Et il était déjà comme ça petit”.

En perte de vitesse, le club a fusionné en 2011 avec son vieux rival laïc, l’AGL, pour former l’AGL-Drapeau Fougères. C’est là que Nicolas Martinais, 39 ans, a fait sa connaissance.

“Dès le premier atelier, je le vois prendre le ballon, dribbler le défenseur avec une aisance déconcertante. Il arrive devant le gardien et au lieu de frapper, il dribble le gardien, rentre dans le but avec le ballon et revient demander: +Je peux recommencer, s’il vous plaît ?+”, se souvient-il.

Très vite surclassé, “il jouait milieu de terrain. On l’avait mis entre les deux lignes, comme il fait actuellement, parce qu’il fallait qu’il touche du ballon. Il courait partout”, explique l’entraîneur, marqué par cet “enfant solaire”, à l’image de sa famille. “Il rigolait tout le temps, il ne se prenait pas la tête”.

Professionnel à 16 ans

Pourtant, la vie n’était pas simple pour les Camavinga et leurs six enfants. A l’hiver 2013, un incendie a détruit la maison que la famille venait d’acheter à Lécousse, tout près de Fougères. Le club s’est alors mobilisé pour collecter vêtements, meubles et jouets et le jour où Nicolas Martinais est venu les apporter, un responsable du Stade rennais qui suivait déjà la pépite l’a appelé pour lui annoncer qu’Eduardo était invité à un tournoi de fin d’année.

“Et là, son père a pris le petit par les épaules en disant +C’est toi qui relèveras la famille+”, raconte l’entraîneur.

“Moi, sur le coup, ça m’a fait rigoler. Avec le temps et à force d’entendre ma mère m’en reparler, j’ai compris que c’était vraiment sérieux, très sérieux”, s’est remémoré l’intéressé dans un entretien au quotidien Ouest-France en mai.

A l’été 2013, peu avant ses 12 ans, Eduardo a donc rejoint le Stade rennais, d’abord l’école de foot puis le centre de formation, avant de signer professionnel dès ses 16 ans. Pour l’occasion, Celestino a invité Nicolas Martinais, qui garde depuis des contacts étroits avec la famille.

Récemment, c’est Eduardo qui est revenu pour inaugurer un terrain flambant neuf qui porte déjà son nom au sein d’un vaste complexe sportif appartenant à Michael Linhoff, l’actuel président de l’AGL-Drapeau.

Et, interrogé sur l’avenir doré que le monde du football lui promet, le jeune Rennais répond d’une pirouette à Ouest-France: sa seule certitude, c’est qu’il finira sa carrière à l’AGL-Drapeau… en échange d’un bon pour un jus de pomme à la buvette après les matches.