C1 dames: Sam Kerr, si chère à Chelsea

La défenseure australienne de Chelsea, Sam Kerr (d), lors de la demi-finale aller de la Ligue des champions contre le Bayern, à Munich, le 25 avril 2021
/ © 2021 AFP

Après avoir conquis son Australie natale puis les Etats-Unis, la prolifique attaquante Sam Kerr a séduit l’Europe et Chelsea, un club qui a beaucoup misé sur la star, en passe de lui offrir peut-être une première Ligue des champions, dimanche contre Barcelone.

Son arrivée à l’aéroport d’Heathrow, en fin d’année 2019, n’avait provoqué ni cohue ni frénésie médiatique, contrairement à certaines stars masculines.

Mais l’événement était suffisamment important pour que le club immortalise ce moment d’un cliché, conscient qu’il franchissait un palier en engageant une des meilleures, si ce n’est la meilleure attaquante du monde.

Détentrice des records de buts inscrits dans le championnat australien (70 buts en 95 matches) et la NWSL américaine (77 réalisations en 119 matches), avec trois Coupes du monde disputées sous le maillot des “Matildas”, Samantha Kerr était déjà une icône du foot féminin à 26 ans.

Née en Australie-Occidentale, elle a découvert le foot sur le tard, à 12 ans, devenant internationale seulement trois ans plus tard dans une équipe australienne qui appartient au top 10 mondial, et dont elle est désormais capitaine.

“La première fois que l’on a vu Sam Kerr jouer, on s’est tous dit qu’elle était une joueuse à part”, avait dit d’elle l’ancien sélectionneur australien, Alen Stajcic. “Elle a un don pour les déplacements, elle est mobile, athlétique et capable de se débarrasser des adversaires aisémentet plus important encore, elle a la volonté de courir avec le ballon et ne craint jamais de se montrer imprévisible ou créative.”

Une finisseuse hors-pair

Ancienne ailière, elle s’est recentrée et a développé ses qualités de finisseuse hors-pair.

“On a travaillé très dur pour obtenir ce cerveau détendu, calme et concentré nécessaire pour marquer des buts”, avait également expliqué il y a deux ans Bobby Despotovski, son entraîneur à Perth (ouest de l’Australie).

Venir en Europe était l’ultime défi pour Kerr, dont il se murmurait qu’elle devenait également la joueuse la mieux payée au monde. Une information difficile à vérifier dans un sport qui n’aime pas plus la transparence chez les femmes que chez les hommes.

Son salaire, estimé à 480.000 euros brut par an selon L’Equipe, la place en tout cas dans le gotha mondial aux côtés des Américaines Alex Morgan, Megan Rapinoe et Carly Lloyd, et de la Norvégienne de l’OL Ada Hegerberg, premier Ballon d’or féminin en 2018. Des sommes encore à des années-lumière de ce que peut gagner un joueur classique de Premier League, sans même parler des stars.

Ses premiers pas sur le Vieux Continent avaient été hésitants: un but en sept matches avant que la pandémie de Covid-19 ne vienne mettre un terme anticipé aux compétitions.

Mais avec 21 buts en 22 journées cette saison, elle a grandement contribué au deuxième titre d’affilée des Blues, qui rêvent désormais de rejoindre au palmarès de la C1 dames les Ladies d’Arsenal, sacrées en 2007.

“Kerrby”, l’arme fatale

Kerr a fini meilleure buteuse de son championnat pour la sixième fois depuis 2017, en Australie, aux Etats-Unis et maintenant en Angleterre.

“C’est probablement (la récompense individuelle) qui compte le plus pour moi, parce que beaucoup de monde disait que je devais venir en Europe pour prouver ce que je valais, et voilà le résultat”, avait-elle confié à la BBC.

“Ici, c’est plus tactique”, avait-elle ajouté. “Aux Etats-Unis, on n’affronte pas de blocs bas, avec 11 joueuses en défense, avec moins d’espaces entre les lignes et dans le dos de la défense. J’ai dû adapter mon jeu en pivot, venir plus au ballon et ma capacité à combiner a atteint un niveau supérieur parce que je dois jouer rapidement dans des petits espaces”.

Avec l’Anglaise Fran Kirby, elle forme un duo redoutable surnommé “Kerrby”.

Elles ont inscrit ensemble 37 des 69 buts de Chelsea en championnat et douze d’entre eux ont été marqués par l’une des deux servie par l’autre.

Un record féminin et un chiffre que seuls Harry Kane et Son Heung-min à Tottenham cette saison ainsi qu’Alan Shearer et Chris Sutton, champions avec Blackburn en 1994-95, ont dépassé chez les hommes, mais avec 35 et 42 journées disputées respectivement.

“Elles se comprennent juste naturellement. Ce n’est pas travaillé” à l’entraînement, avait assuré la coach Emma Hayes, qui les compare à Dwight Yorke et Andy Coleduo d’attaquants du Manchester United qui avait fait le triplé championnat, Coupe d’Angleterre, Ligue des Champions en 1999

, “dans leur façon d’occuper l’espace”.

Au train où vont les choses, peut-être comparera-t-on un jour un duo de joueurs à ces deux joueuses-là.