C1: Benzema/Salah, duel de héros

Karim Benzema buteur pour le Real Madrid contre Eibar au stade Alfredo di Stefano, le 3 avril 2021
Par Frédéric HAPPE / © 2021 AFP

Fers de lance du Real Madrid et de Liverpool depuis des années, Karim Benzema et Mohamed Salah, n’abordent pas avec le même élan leur quart de finale aller de Ligue des Champions mardi.

“Benz” pied au plancher a ramené les “Merengues” dans la course au titre dès son retour de blessure, marquant sept buts en cinq matches.

Le “Pharaon” est toujours prodigue en buts (26 marqués cette saison), mais moins souverain, et les “Reds” ne sont pas en position de force dans la course à la qualification pour la prochaine Ligue des champions, seulement 6e dans un “gruppetto” de chasseurs, à deux points de la précieuse 4e place, la dernière donnant accès à la C1.

A Madrid, le retour de blessure aux adducteurs de Benzema en mars a sorti la “Maison blanche” de sa torpeur de début 2021, marquée par des revers en Coupe du Roi et en Supercoupe d’Espagne.

Bouillant sur ses dernières prestations, le goleador a marqué sept buts sur les cinq derniers matches, son record personnel au Real, et replacé son équipe aux trousses de l’Atlético Madrid pour conserver sa couronne nationale de 2020.

Des buts qui comptent: l’égalisation (1-1) face au voisin et rival l’Atlético, début mars dans le derby, l’ouverture du score pour sceller la qualification en C1 contre l’Atalanta (3-1), deux doublés en Liga face à Elche et au Celta Vigo…

Programmé pour durer

“Je n’ai aucun costume de sauveur”, avait pourtant réfuté “KB9” avant le match face aux Italiens, “on est une équipe. Je joue à un poste où c’est moi qui dois terminer les actions”.

A 33 ans, il reste à son top et demeure ambitieux.

“Je prends toujours plus soin de moi, je m’entraîne toujours plus dur. Mon âge n’y change rien. Aujourd’hui, on voit beaucoup de joueurs jouer dans de grands clubs à très haut niveau jusqu’à 30, 34, voire 39 ans. Je suis préparé à ça. Et je vais continuer ainsi”, a promis l’attaquant français.

Et tant pis si le sélectionneur Didier Deschamps continue à l’écarter.

La sélection égyptienne ne boude pas Salah, mais l’idole a tout de même fait grincer quels dents à Liverpool.

Une frange des supporters des Reds a même mis en doute la loyauté au club de l’un des héros du titre de Premier League de 2020, le premier en trois décennies.

Il a pu par exemple lui être reproché de ne pas avoir repoussé avec beaucoup de conviction l’idée d’aller jouer un jour en Espagne lors d’une interview il y a quelques jours.

“Pourquoi pas ? Personne ne sait ce qui va se passer à l’avenir, donc peut-être un jour, oui”, avait-il répondu à une question sur la perspective de disputer la Liga.

États de service irréprochables

Le fait que la question vienne de Marca, journal pro-Real, n’avait rien arrangé pour des supporters qui ne transigent pas sur l’attachement au club et ont encore en travers de la gorge les départs des héros locaux Steve McManaman (1999) et Michael Owen (2004) dans la capitale espagnole.

Sous contrat jusqu’en 2023, Salah est parfois jugé plus motivé par une gloire personnelle que collective.

Ses réactions occasionnellement vives, quand son partenaire d’attaque Sadio Mané préfère frapper plutôt que de lui donner le ballon, passent mal auprès de certains, tout comme sa frustration de ne pas avoir été considéré comme capitaine possible lors de l’absence de Jordan Henderson.

Ses états de service avec les Reds sont pourtant irréprochables et sa contribution aux titres européen en 2019 et national en 2020, indéniable.

Même dans la saison actuelle où Liverpool n’a souvent été que l’ombre de lui même, il est à la lutte avec Harry Kane pour le titre de meilleur buteur de Premier League et, depuis son arrivée en 2017 de la Roma, l’attaquant de 28 ans en est à 120 réalisations en 193 apparitions (le meilleur ratio buts/matchs du club depuis la Seconde guerre mondiale).

Face au Real, il sera encore la principale arme offensive du club de la Mersey et il aura à cœur d’effacer un peu le trouble occasionné par ses déclarations.

A moins qu’il ne soit guidé avant tout par son désir personnel de revanche, après la blessure infligée par Sergio Ramos en 2018, qui l’avait privé d’une grande partie de la finale et gâché son Mondial en Russie.