C1: à Paris, l’indispensable et indiscipliné Monsieur Verratti

Le milieu de terrain italien du Paris Saint-Germain Marco Verratti tacle le défenseur brésilien du Real Madrid, Eder Militao, lors du 8e de finale aller de la Ligue des Champions, le 15 février 2022 au Parc des Princes
Par Emmanuel BARRANGUET / © 2022 AFP

Incorrigible mais incontournable! Le Paris SG compte encore sur Marco Verratti, étincelant à l’aller (1-0), pour mater le milieu de terrain du Real Madrid, mercredi en 8e de finale retour de Ligue des champions (21h00). A condition qu’il tienne sa langue avec les arbitres…

On le sait, le “Petit Hibou” ne brille pas par sa discipline sur le terrain. Sa dernière sortie, “on s’est fait ch… dessus par l’arbitrage”, lui a valu un match de suspension en Ligue 1, plus un avec sursis.

Mais il est surtout indispensable. Face au Real au Parc des Princes, il a pressé, récupéré, intercepté, passé et distribué. L’Italien a même su jouer des ballons alors qu’il était à terre! Une performance majuscule.

A lui tout seul il a fait de l’ombre au formidable milieu de terrain du Real, Casemiro-Toni Kroos-Luka Modric.

Pour la seconde manche mercredi, le Brésilien est suspendu, et l’Allemand incertain. Seul le Ballon d’Or 2018, le Croate Modric, est à 100%. Verratti pourrait encore occuper toute la scène.

“Il est indispensable au PSG, mais parce que la concurrence n’est pas assez forte pour lui”, nuance un ancien milieu de légende du club de la capitale, Luis Fernandez, interrogé par l’AFP.

“J’aimerais voir autre chose de Verratti, s’il avait la concurrence de N’Golo Kanté, ce serait autre chose”, poursuit le consultant pour beIN Sports.

Sentinelle

Le champion d’Europe 1984 reproche à l’Italien “son irrégularité”. “D’accord, il a été très bon contre le Real, mais pas contre un grand Real. Et contre Rennes ou contre Nice, on l’a beaucoup moins vu”..

L’ancien capitaine du PSG préfère Verratti en sentinelle. “Comme Jorginho ou Thiago Motta, devant la défense, il a un don que d’autres n’ont pas, d’orientation du jeu, cette gestuelle pour se retourner avec beaucoup de facilité. C’est vraiment un acteur que j’aime, mais il aurait pu doubler, quadrupler ses qualités et devenir un Xavi, un Iniesta ou un Busquets”.

Mauricio Pochettino aussi aime Verratti en sentinelle. “Je pense que c’est son meilleur poste”, estimait l’entraîneur parisien en décembre. “Il sait jouer sous la pression, sortir le ballon, donner la pause nécessaire, savoir temporiser, quand garder le ballon, quand le donner latéralement…”

Pep Guardiola, lui, est “amoureux de ce joueur”.

A sa dixième saison parisienne, “Il Gufetto”, dans ses grands soirs, est capable d’éclairer le jeu du PSG même au plus fort du pressing adverse, dont il se sort si souvent avec une gracieuse aisance.

115 jaunes

Mais si le “Petit Hibou” voit la nuit, il voit souvent jaune aussi…

Son apostrophe grossière après la défaite à Nantes (3-1) lui a donc valu un match de suspension ferme devant une commission de discipline dont il pourrait appeler chaque membre par son prénom.

Avec 10 avertissements en 15 matches de Ligue 1 cette saison, Verratti est dans ses temps de passage. Il a reçu 115 jaunes en un peu moins de dix ans de carrière au PSG, avec quatre exclusions. Et beaucoup, beaucoup de matches de suspension…

Dans L’Équipe, il plaidait le délit de sale gueule, assurant que les arbitres français dégainaient facilement un carton jaune contre lui. Mais à l’aller contre le Real il a été averti par son compatriote, Daniele Orsato.

Si le Néerlandais Danny Makkelie venait à sanctionner Verratti mercredi, le joueur serait suspendu pour un éventuel quart de finale aller, en cas de qualification.

Tous ses entraîneurs, au PSG et en équipe d’Italie, ont essayé d’infléchir son goût irrépressible pour la contestation. En vain.

Sur ce point, Fernandez le défend. “C’est le caractère. Moi aussi j’étais dans l’engagement”, plaide “Luis”, qui en veut plus aux arbitres, comme Verratti. “Avec certains de ces messieurs on ne peut pas parler, ils devraient régler ce problème d’entrée. Moi, certains savaient me calmer dès le début du match”.

L’Italien défend son goût du combat, qu’il essaye de transmettre à ses coéquipiers. Au Bernabeu, “il faudra qu’on cherche à jouer notre jeu et être à 100%, que ce soit mentalement ou tactiquement. Contre Madrid, jouer à 80% ne suffira pas”, a-t-il indiqué, dans un entretien avec le média du club, diffusé lundi.

“Des fois, un jaune le déstabilise, après il y pense trop”, regrette Fernandez. Mercredi, le PSG espère voir le Verratti des grands soirs.