Bleus: les champions du monde ne font plus peur

La défense des Bleus impuissante face à l’Ukraine sur l’ouverture du score par Mykola Shaparenko à Kiev, le 4 septembre 2021
Par Antoine MAIGNAN et Jérémy TALBOT / © 2021 AFP

Après cinq matches sans victoire, les champions du monde français ne font plus peur à grand monde, si ce n’est à eux-mêmes. Leur défense tangue, leur attaque patine et les manœuvres de Didier Deschamps ne permettent pas de redresser la barre.

. Solidité disparue

La force collective des Bleus s’est effritée depuis cet été, à tel point qu’ils n’ont plus gagné un match depuis le duel contre l’Allemagne (1-0) en ouverture de l’Euro. Ensuite, trois matches nuls ont suivi dans le tournoi, en incluant l’élimination en huitièmes de finale contre la Suisse (3-3, 5-4 t.a.b.), puis deux autres à la reprise des qualifications pour le Mondial-2022.

Le temps où les hommes de Didier Deschamps faisaient office d’ogre insatiable, redouté par les petits et les grands adversaires, semble révolu. “C’est fini l’euphorie de l’après Coupe du monde 2018, où on sentait qu’à tout moment on pouvait faire basculer le résultat en notre faveur. On était sur une vague de réussite et elle s’est un peu cassée”, a admis le gardien Hugo Lloris, capitaine abandonné par une défense autrefois si réputée.

Après cinq matches sans encaisser le moindre but, l’équipe de France a concédé l’ouverture du score lors des cinq rencontres suivantes, dont la dernière samedi en Ukraine (1-1). Circonstance atténuante, la défense mise en place à Kiev (Dubois, Zouma, Kimpembe, Digne) ne comprenait aucun titulaire du dernier Mondial. Le seul à avoir vécu l’aventure russe, Presnel Kimpembe, apparaît fébrile en septembre. Le but ukrainien est venu d’un débordement qu’il n’est pas parvenu à contrôler.

. Supplément d’âme en berne

Samedi, malgré l’urgence de victoire, les Bleus ont semblé engourdi par le froid de Kiev, se contentant avant la pause d’une possession de balle stérile, sans idée ni occasion de but. La seule véritable opportunité est venue d’Anthony Martial mais l’attaquant de Manchester United a loupé un face-à-face en or avec le gardien ukrainien. Sur le contre, l’Ukraine a mis la panique dans la défense tricolore et marqué.

“Il vaut mieux avoir le ballon mais ce n’est pas tout”, la maîtrise ne sert pas à grand-chose sans “l’agressivité offensive et défensive”, a admis Deschamps après la partie. Même constat pour Lloris: “sur la première période, on manquait d’engagement, d’agressivité face à un solide bloc ukrainien. (…) Il y a les exigences du très haut niveau et on se doit d’y répondre”, a poursuivi le gardien de Tottenham.

Face à des défenses regroupées, les champions du monde ne parviennent pas ou peu à forcer le verrou. Leur jeu ronronne, les adversaires griffent et les Bleus se contentent de réagir, trop souvent. Les optimistes y verront un motif d’espoir: certes, l’équipe de France court après le score, mais elle parvient toujours à égaliser. Ne pas perdre est devenu l’objectif des Bleus, ce qui en dit long sur leur affaiblissement.

. Deschamps, des virages manqués

Le Mondial-2018 avait dessiné une équipe-type indéboulonnable, avec un schéma de jeu précis et bien assimilé par le groupe.

Depuis, Deschamps a multiplié les variantes tactiques avec l’objectif assumé de placer chaque joueur “dans les meilleures dispositions”. Mais force est de constater que les décisions payantes sont peu nombreuses, depuis plusieurs mois.

Le système à trois défenseurs centraux, contre la Suisse à l’Euro, restera l’un des échecs tactiques les plus retentissants de son mandat.

L’entêtement à titulariser le défenseur axial Jules Koundé à droite, mercredi contre la Bosnie (1-1), quand bien même le Sévillan venait de vivre un transfert avorté à Chelsea et manquait de repères à ce poste, n’a pas fonctionné non plus avec l’exclusion de l’ancien Bordelais.

Samedi, en l’absence de Kylian Mbappé, l’occasion de parfaire l’entente entre Karim Benzema et Antoine Griezmann n’a pas été saisie, avec la mise au repos du premier au profit de Martial, certes buteur mais peu probant dans le jeu.

Et le pari de resserrer la liste de 26 à 23 joueurs après l’Euro a aussi été manqué: “je n’ai jamais rappelé autant de joueurs en un seul stage”, a constaté “DD”.

Rares éclaircies dans la grisaille, les premières sélections d’Aurélien Tchouameni (21 ans) et Moussa Diaby (22 ans), précieux pour leur premier stage en équipe de France.