Bleus: attention, voilà Camavinga!

Le milieu français Eduardo Camavinga (g) lors du match de groupes de la Ligue des nations face à la Croatie, au Stade de France à Saint-Denis, le 8 septembre 2020
Par Antoine MAIGNAN, Jeremy TALBOT / © 2020 AFP

Cette fois c’est la bonne! Laissé sur le banc samedi en Suède, Eduardo Camavinga est entré mardi sur la pelouse du Stade de France et dans l’histoire des Bleus, devenant à 17 ans et 9 mois le premier mineur de la sélection en plus d’un siècle.

“Dès que le coach te met sur le terrain, il faut savoir être performant que ce soit que ce soit une minute, 10 minutes ou 90 minutes”, avait-il lancé en début de rassemblement. Il en a eu trente en fin de match contre la Croatie, et il les a mises à profit avec des interceptions, des chevauchées et même une frappe sèche arrêtée par le gardien (71e).

Mais peu importe. Le livre d’or des Bleus retiendra que c’est à Saint-Denis, la demeure éternelle des rois de France, que le petit prince du Stade rennais a honoré sa première cape, contre les vice-champions du monde en Ligue des nations.

L’histoire n’oubliera pas non plus que c’était dans un stade vide de tout spectateur, crise sanitaire oblige. Mais c’est justement la pandémie de nouveau coronavirus, en rattrapant Paul Pogba (testé positif au Covid-19) au dernier moment, qui a ouvert plus tôt que prévu les portes des Bleus au jeune prodige.

“C’est peut-être tôt, mais il a un potentiel qui l’amènera à faire partie intégrante de cette équipe tôt ou tard”, avait réagi Didier Deschamps en lui promettant du temps de jeu, chose rare de la part du sélectionneur.

A 17 ans, 9 mois et 29 jours, Camavinga est donc devenu le troisième plus jeune joueur de l’histoire de l’équipe de France derrière Julien Verbrugghe (16 ans et 10 mois en 1906) et Maurice Gastiger (17 ans et 4 mois en 1914). Et le premier tout court, donc, de l’après-guerre.

Même Kylian Mbappé, le prodige du Paris SG devenu champion du monde avant ses 20 ans, n’a pas percé les concurrentielles parois de l’équipe de France avant de souffler ses 18 bougies!

Camavinga est un cas à part. Né en Angola de parents congolais, élevé dès ses deux ans du côté de Fougères (Ille-et-Vilaine) avec ses 5 frères et soeurs, le milieu relayeur a grillé les étapes aussi facilement qu’il dribble ses adversaires sur le terrain.

Mature et souriant

Dans son premier club de Fougères, où il a passé quatre ans, “il était un peu plus frêle physiquement mais techniquement, c’était déjà au-dessus, c’était déjà énorme”, se rappelle pour l’AFP Christophe Communier, un responsable du club qui l’a entraîné chez les moins de 13 ans.

Repéré par le formateur rennais Mathieu Le Scornet, ce fan de rap intègre le Stade rennais, où son aisance technique en font un élément hors normes.

Premier match de Ligue 1 à 16 ans et 4 mois, premier but huit mois plus tard, première participation en Ligue Europa en parallèle… Une ascension plus rapide encore que son processus de naturalisation, finalement obtenue à l’automne 2019.

Le jeune homme (1,82 m et 68 kg) à la tignasse finement tressée et au large sourire impressionne par sa maturité dans le jeu et attire déjà le regard des plus grandes écuries européennes.

“Il est percutant, il est déstabilisant, il est déroutant. Il a ces qualités pour le très haut niveau. Ce qui lui arrive est fantastique”, relevait il y a quelques jours son entraîneur en Bretagne, Julien Stéphan.

“Bombe” impossible à désamorcer

Le sélectionneur des Espoirs français Sylvain Ripoll, qui n’a pu évaluer le jeune homme que lors d’un seul rassemblement, retient un autre élément: “Ce qui est bien avec Eduardo, c’est que ça rayonne sur le terrain et ça rayonne dans la vie”, admire le Breton auprès de l’AFP, saluant “l’humilité” et la “joie de vivre” du jeune international.

Le capitaine des champions du monde, Hugo Lloris, raconte une anecdote: “Dans le bus ou à table, il attend que tout le monde se place pour pouvoir prendre une place vide”, a souri vendredi le gardien des Bleus.

Arrivé sans complexe à Clairefontaine, Camavinga s’est installé dans la chambre de son modèle Paul Pogba, s’est vu adjuger le N.6 de “la Pioche” et s’est osé à déclamer les paroles de la chanson “Outro”, du rappeur Ninho, en guise de bizutage.

“Personne peut désamorcer ma bombe”, dit d’ailleurs la chanson. Ces mots vont bien au jeune homme qui se voit toujours comme “un enfant” et vit d’ailleurs encore chez ses parents.

Prochain objectif ? Rentrer dans le monde des adultes. Pour ça, impossible de griller les étapes: son 18e anniversaire est prévu le 10 novembre.