Bleues: sur les traces de Valérie Gauvin, en terre de rugby

L’attaquante des Bleues Valérie Gauvin (g) à la lutte avec la Nigériane Ngozi Ebere lors du Mondial-2019 au Roazhon Park, le 17 juin 2019
Par Julien CARRERE / © 2019 AFP

Tout a commencé en plein cœur de cette Gascogne qui ne vit que pour le rugby. C’est à Mirande, petite ville de moins de 5.000 habitants, que Valérie Gauvin a pris sa première licence de football. Aujourd’hui elle anime l’attaque des Bleues.

“On y jouait tout le temps et elle a fini par nous rejoindre” sourit Hugo Abadie, son ami d’enfance. Les deux se sont rencontrés à 5 ans, à l’école, quand, avec sa mère Doris, Valérie est arrivée de la Réunion, rejoindre sa tante et son oncle, muté dans le Gers.

Hugo se souvient avec malice de cette petite fille aux cheveux très courts, “un vrai garçon”. “Elle aimait déjà les duels, avec ce caractère de battante. Physiquement et techniquement, c’était la meilleure d’entre nous” se rappelle-t-il pour l’AFP.

“Elle était douée en tout et a même failli faire les Petits As (célèbre tournoi de Tennis pour les 12-13 ans qui se déroule à Tarbes et qu’à notamment gagné Rafael Nadal, NDLR)”. Xavier Abadie, le père d’Hugo, éducateur au FC Mirandais, se souvient lui aussi d’une fille “au dessus du lot”. “Elle marquait ses trois buts et, après, elle allait dans les cages et arrêtait tout”.

“Aux récréations, le football c’était sacré et tout le monde voulait être avec Valérie pour être sûr de gagner” confirme Jacques Bourdère, directeur de l’école privé Notre Dame, où elle était scolarisée.

Caractère bien trempé

Jean Mendez, président du FC Mirandais à l’époque, garde en mémoire son “caractère bien trempé”. “A 7 ans, elle jouait dans une équipe mixte mais c’est elle qui commandait!”, rigole ce boulanger à la retraite. “On n’a jamais trop entendu parler de son père mais sa mère, qui l’a élevée seule dans des conditions pas toujours faciles (Valérie à une demi sœur plus petite qu’elle, Emma, NDLR) a joué un grand rôle dans sa réussite”, souligne-t-il.

L’attaquante des Bleues a gardé “des liens étroits” avec son premier club “et notamment la section féminine dont elle est la marraine”, précise Julien Lafargue, l’actuel président.

A 12 ans, détectée lors d’une journée portes ouvertes, Valérie quitte le Gers pour la Haute-Garonne et rejoint le Pôle Espoirs féminin de Blagnac, en périphérie toulousaine, où elle partage son temps entre les études et le centre de Formation du Toulouse Football Club.

Alors entraîneur de l’équipe première féminine du TFC, et instigateur de cette détection, Matthieu Vrilliard se rappelle “de son degré d’exigence”: “je n’avais jamais vu ça à cet âge-là”.

“Pointe de vitesse, technique, vision du jeu et volonté de réussir: j’ai très vite décelé chez elle quelque chose de particulier”, abonde Claude Nériny, l’éducateur qui l’a accompagné durant ses trois premières années à Toulouse. “En U13, notre équipe féminine jouait dans un championnat garçons (départemental, NDLR) et pourtant la plupart avaient peur de ses frappes de balles, on l’a d’ailleurs gagné en grande partie grâce à elle”.

Programmée

Au Toulouse FC, Valérie poursuit ensuite son double objectif : ses étudeselle obtiendra un bac ESet sa progression vers le haut niveau, en remportant le titre national avec les U15 et en découvrant l’équipe de France jeunes à 16 ans.

“Tout était déjà programmé dans sa tête: à 16 ans elle m’avait dit qu’elle serait un jour internationale” sourit Jean-Pierre Moudenc, ancien dirigeant de l’équipe féminine U19 du TFC, qui l’a connue à 15 ans.

En 2014, à même pas 18 ans, l’attaquante se révèle définitivement quand elle est élue meilleure joueuse de D2 grâce à ses 32 buts en … 20 matches ! Elle rejoint alors Montpellier “qui n’a pas oublié son quadruplé inscrit là-bas quelques mois plus tôt”, sourit J-P Moudenc.

“Ce serait trop facile de dire que l’on savait qu’elle allait être internationale, mais c’est une fille à la mentalité et au comportement exemplaire et ce n’est pas le genre à se prendre le melon”, conclut Jean Mendez, dans un large sourire. Et beaucoup de fierté, aussi.