Bleues: “Je ne suis personne, c’est la vérité”, dit Selma Bacha à l’AFP

La jeune Selma Bacha, ici avec l’équipe de France des moins de 20 ans contre l’Angleterre au stade de La Rabine à Vannes, le 24 août 2018
/ © 2021 AFP

“Je ne suis personne, c’est la vérité”: Selma Bacha, 21 ans et un palmarès déjà géant avec l’OL, veut “savourer, apprendre auprès des +grandes+ et de la coach” pour sa première en équipe de France, confiait-elle à l’AFP au début du rassemblement de novembre.

Q: Comment avez-vous appris votre première convocation?

R: “Après le match contre Issy-les-Moulineaux (le 21 novembre), dans le bus pour aller à la gare. La coach vient me parler pour faire le débrief du match et à la fin elle me dit +J’ai eu Corinne (Diacre, la sélectionneuse), tu pars en sélection demain+. J’étais vraiment trop, trop contente. Je crois que j’ai eu la même joie quand j’ai gagné la Ligue des champions! J’ai fait toutes les sélections jeunes, je voyais souvent le Château mais je n’étais jamais entrée dedans. C’est ma première, je suis là pour savourer, apprendre auprès des +grandes+ et de la coach. Il y a un monde entre les Espoirs et les A. Le plus dur c’est d’y rester.”

Q: Vous vivez un bel automne avec le titre de meilleure joueuse du mois d’octobre en Championnat. Aimez-vous être dans la lumière?

R: “Je suis contente qu’on parle de moi mais je préfère être discrète, travailler dans l’ombre. J’ai fait beaucoup de passes décisives, j’ai commencé à mettre des buts en D1. En Ligue des champions, j’ai aussi été nommée joueuse du match (contre Benfica le 14 octobre, ndlr). C’est beaucoup de travail, mais il faut surtout garder de l’humilité. Ce n’est pas parce qu’on parle de moi tout de suite que je suis arrivée, pas du tout. Il faut tout le temps s’accrocher, toujours travailler. Quand tu es là-haut et que tu es attendue, le plus dur c’est d’y rester. Si demain tu rates un match, ça va encore plus parler de toi. Rien n’est acquis, il faut garder de l’humilité et continuer de travailler. Je ne suis personne, c’est la vérité.”

Q: Pour Griedge Mbock, vous êtes une joueuse avec “beaucoup d’envie et de caractère, très agressive sur un terrain”. Est-ce une description fidèle à votre personnalité?

R: “Griedge a tout résumé. Je suis quelqu’un d’agressif, qui met de l’impact, je n’aime pas me faire bouger. Je peux apporter ma qualité de centres aussi.”

Q: Et votre rage de vaincre?

R: “Oui, vraiment c’est ce qui fait ma force. J’ai la haine de la défaite, je suis une compétitrice, que ce soit à l’entraînement ou partout. Quand je perds, il ne faut vraiment pas me parler après. Presque, je vais pleurer. Je déteste perdre! A chaque match, chaque entraînement, je donne tout parce que je suis vraiment dans la compétition.”

Q: Cette soif de victoire semble être une spécificité de Lyon, avec des joueuses comme Wendie Renard qui diffuse cet état d’esprit au quotidien.

R: “A Lyon, on ne t’enseigne que la gagne. Quand on a perdu contre le Bayern (le 17 septembre), j’ai boudé jusqu’au lendemain, je ne voulais parler à personne, j’étais trop énervée. Antonin (Da Fonseca), notre préparateur physique, m’a dit: +Certaines joueuses ont déjà perdu avant, donc elles savent digérer. Mais toi tu n’as fait que gagner, donc c’est normal que tu réagisses ainsi+.”

Q: La saison dernière, l’OL a perdu ses titres en Ligue des champions et en championnat. Comment l’avez-vous vécu?

R: “Je ne veux plus revivre ça, vraiment. Mes vacances… ça a été dur à digérer, j’ai mis du temps à évacuer. Après c’est mérité pour le Paris Saint-Germain, nous on tenait sur un fil.”

Q: Comme nouvelle venue chez les Bleues, comment vous comportez vous?

R: “On a l’habitude de me voir en mode +grain de folie+ mais là je suis réservée, timide. Les filles qui me connaissent sont étonnées. J’avais un peu peur, c’était la première fois que je voyais la coach, mais ça s’est super bien passé. Elle était souriante, on a pu échanger, j’ai trop aimé! Auparavant on a dit des choses sur l’équipe de France, tu te dirais presque +J’ai pas trop envie d’y aller+. En fait quand tu y es, ce n’est pas du tout ça, c’est magnifique. Je suis sur la réserve mais les filles et la coach me mettent à l’aise. Sur le terrain, il faut mettre de l’exigence mais ça je connais à Lyon. Ca ne me fait pas peur. Quand c’est le terrain, il faut être sérieuse, concentrée, pendant une heure ou une heure et demie. Et après on a tout le temps pour rigoler.”

Propos recueillis par Jérémy TALBOT.