Argentine: San Lorenzo, le club du pape, revient en “Terre sainte”

Le vice-président du club San Lorenzo, Marcelo Tinelli (2ed), à Buenos Aires, le 30 juin 2019
Par Daniel MEROLLA / © 2019 AFP

Pour eux, c’est “un retour en Terre sainte”: quarante ans après avoir été expulsés de Boedo par la dictature, les supporters du club argentin de San Lorenzo, dont le plus illustre d’entre eux le pape François, célèbrent leur retour dans ce quartier de Buenos Aires.

Le Club Atlético San Lorenzo de Almagro, fondé il y a 111 ans par un prêtre catholique, le Père Lorenzo Massa, fait partie avec Boca Juniors, River Plate, le Racing et Independiente des “cinq grands” du football argentin. Mais les années de dictature (1976-1983) ont vu son déclin et la destruction de son stade Gasometro, confisqué en 1980 par la junte du général Videla.

Aux premières heures de lundi, après une longue nuit de fête, des feux d’artifice ont explosé pour célébrer la pose de la première pierre de la future enceinte du club aux couleurs bleu et rouge, qui sera baptisée “Papa Francisco” (pape François).

“C’est un événement historique, nous sommes revenus en terre sainte”, explique à l’AFP Alberto Viviani, 78 ans, fidèle de San Lorenzo depuis ses 4 ans.

“Le jour de la réouverture va être un moment d’une intensité extraordinaire”, s’enflamme Adolfo Res, un historien considéré comme l’initiateur du mouvement pour le retour à Boedo.

Malgré le déménagement officialisé en 1993 au stade Pedro Bidegain, situé dans le quartier de Flores et surnommé “Nouveau Gasometro”, les supporters n’ont jamais oublié l’ancien “Gasometro”.

Après plusieurs années de négociations, ils ont fait céder la chaîne d’hypermarchés Carrefour, qui avait bâti un magasin en 1985 sur la parcelle de l’ancien stade.

75 millions à trouver

L’enseigne française a fini par leur revendre le terrain de 27.000 m2.

L’expulsion de 1980 s’était effectuée sous pression. Le brigadier Osvaldo Cacciatore, maire de Buenos Aires sous la dictature, avait menacé de s’en prendre aux enfants du président du club de l’époque, Vicente Bonina.

“Nous pensons que c’est une revendication historique”, a déclaré Matias Lammens, président de San Lorenzo depuis 2012. Cette année-là, 100.000 personnes avaient manifesté sur la très symbolique Place de Mai, où défilaient les mères puis grands-mères de disparus de la dictature, pour réclamer ce retour à Boedo.

La ferveur des supporteurs de San Lorenzo est légendaire. Quel que soit le stade dans lequel le club évoluait lors de ses années d’errance, les tribunes ont toujours été bien remplies, même lors de la descente en deuxième division en 1981.

Les amoureux de San Lorenzo ont réuni sept millions de dollars (6,2 millions d’euros) pour le rachat à Carrefour du terrain sur lequel doit être édifié le stade de 42.000 places.

Mais le plus dur reste à faire car le coût des travaux est estimé à 75 millions de dollars (66 millions d’euros), dans un contexte de récession et de dévaluation du peso.

Outre le Souverain pontife et l’animateur de TV star Marcelo Tinelli, San Lorenzo compte un autre fan célèbre en la personne de l’acteur américano-danois Viggo Mortensen, habitué des travées de l’ancien et du nouveau “Gasometro”.

Lors de la dernière cérémonie des Oscars, l’acteur qui a grandi en Argentine portait comme souvent sur le gilet de son costume trois-pièces un écusson de son club favori, placé sur son cœur.