Angleterre: Manchester United renvoie Solskjaer, le “Super-Sub”, aux vestiaires

L’entraîneur norvégien de Manchester United, Ole Gunnar Solskjaer, après le match de poules de la Ligue des Champions contre les Young Boys, le 14 septembre 2021 à Berne
Par Frédéric HAPPE / © 2021 AFP

Célèbre pour ses entrées en jeu décisives comme joueur, Ole Gunnar Solskjaer a été limogé dimanche du poste d’entraîneur de Manchester United où, arrivé comme simple intérimaire, il ne s’est jamais vraiment imposé comme titulaire.

“Ole restera à jamais une légende à Manchester United et c’est à regret que nous avons pris cette décision difficile”, a écrit le club dans un communiqué.

Le “Super-Sub” (super-remplaçant) n’a pas résisté à la dégradation du jeu de son équipe depuis mi-septembre, qui a culminé avec l’humiliante défaite (5-0) à Old Trafford contre le rival historique Liverpool, le 24 octobre dernier.

Une prestation cataclysmique qui avait mis en lumière l’absence de fond de jeu après deux saisons et demi en poste du “Super-Sub”, surnom qu’il avait gagné en inscrivant 28 de ses 126 buts avec Manchester en sortie de banc, un record à l’époque (1996-2007).

United a souligné “tout le travail fait ces trois dernières années pour rebâtir les fondations d’un succès à long terme”, mais ces progrès étaient devenus des trompe-l’œil.

Un revers humiliant (4-1) samedi, chez le modeste Watford, 17e avant ce match, aura été la déconvenue de trop, reléguant les Red Devils au 7e rang, à 12 points du leader, Chelsea, après 12 journées.

Son adjoint Michael Carrick, lui aussi un ancien du club, assurera l’intérim, alors que le club cherche pour le moment un coach pour finir la saison.

Selon la presse anglaise, le club mancunien chercherait à convaincre Zinedine Zidane de lui succéder.

Avant cette saison, son équipe semblait pourtant globalement sur une pente ascendante.

Solskjaer était arrivé fin 2018 pour succéder à José Mourinho, alors que l’ambiance au sein de l’équipe était exécrable, les joueurs essorés et démobilisés.

Des doutes récurrents

Ses débuts en fanfare, avec 14 matches sans défaite, avaient convaincu la direction de le confirmer à son poste dès mars, avant une fin de saison ratée qui avait ramené l’équipe au 6e rang où il l’avait trouvée.

Une nouvelle accueillie avec scepticisme face à son manque de références: après avoir fait ses classes avec la réserve mancunienne, il avait entraîné le club norvégien de Molde deux fois, avant et après une expérience ratée à Cardiff en 2014.

Son caractère affable tranchait aussi avec les hommes de caractère associés à l’histoire de “MU”, comme Sir Alex Ferguson, Louis van Gaal, Mourinho sur le banc ou Eric Cantona et Roy Keane sur le terrain.

Mais après tout, son recrutement comme joueur avait aussi surpris et cela ne l’avait pas empêché de marquer le but décisif dans la renversante finale de Ligue des Champions 1999 contre le Bayern Munich (2-1).

Gage “identitaire” donné par la direction aux supporters, Solskjaer a pacifié le club, redonné confiance au groupe mais a raté la dernière marche, la seule qui compte: les titres.

Son entrée en matière aura finalement été révélatrice de son règne: une progression par à-coups, faite de séries encourageantes, sapées par d’autres plus négatives, qui ravivaient les doutes.

Qualités humaines indiscutables

Il y a eu 19 matches sans défaite, entre mars et juillet 2020, qui ont permis à United de monter sur le podium (3e), et encore une série d’invincibilité de 14 matches en Premier League la saison passée, pour finir dauphin de City et finaliste de C3.

Grâce à ses qualités humaines indiscutables, Solskjaer a mieux géré que quiconque à Manchester l’imprévisible Paul Pogba, tout en couvant l’émergence ou la confirmation de jeunes du centre de formation comme Scott McTominay, Marcus Rashford ou Mason Greenwood.

Après avoir fait de son équipe une redoutable machine à contrer, le Norvégien espérait ressusciter le Manchester United dominateur des années Ferguson.

Avec Harry Maguire, Aaron Wan Bissaka, Donny van de Beek, Jadon Sancho, Raphaël Varane, et, évidemment, Cristiano Ronaldo, les investissements ont suivi, même si la cohérence de ce recrutement est discutable.

Il avait même été prolongé jusqu’en 2024 l’été dernier avec pour mission de concurrencer Chelsea, City ou Liverpool en championnat.

Mais, de titre, il n’est déjà plus question, et la qualification en C1, dans une poule qui semblait à leur portée, reste incertaine.

Solskjaer a vécu en sursis plusieurs semaines, sauvé par l’absence de remplaçant crédible, et quelques points supplémentaires l’auraient peut-être maintenu en poste jusqu’à cet été.

Mais son crédit s’est épuisé avec les derniers matches apathiques de son équipe, qui semble avoir baissé les bras, et la direction a montré le chemin de la sortie au Super-Sub.