Allemagne: Robert Lewandowski rejoint Gerd Müller dans la légende

L’attaquant polonais Robert Lewandowski ouvre le score sur penalty pour le Bayern Munich lors du match de Bundesliga à Fribourg, le 15 mai 2021
Par Christophe BEAUDUFE / © 2021 AFP

Robert Lewandowski a réussi samedi ce que beaucoup croyaient à jamais impossible: il a égalé le fabuleux record de 40 buts en une saison de Bundesliga, établi en 1971-72 par le légendaire Gerd “Bomber” Müller.

Après son but, marqué sur pénalty à la 26e minute du match Fribourg-Munich, le buteur polonais a dévoilé un t-shirt sous son maillot avec l’inscription “4ever Gerd”, tandis que ses coéquipiers lui faisaient une haie d’honneur.

Son patron Karl-Heinz Rummenigge, qui dit depuis des années qu’il est “le meilleur avant-centre du monde”, a toutefois exprimé ce que beaucoup d’Allemands ressentent, un pincement au coeur pour Gerd Müller, qui termine sa vie à 75 ans dans un établissement accueillant des patients d’Alzheihmer.

“Je suis un peu partagé”, a avoué l’ancien double Ballon d’Or, “mais je sais ce que ce record représente pour Robert”.

“En tant qu’épouse, je préférerais que Gerd garde son record”, avait dit avec beaucoup de pudeur cette semaine l’épouse du “Bomber”, Uschi Müller: “Gerd était simplement unique. Et même si Lewandowski bat maintenant le record, Gerd restera toujours Gerd. On ne l’oubliera jamais”.

Mais, ajoutait-elle, “Gerd ne connaît pas la jalousie (…) Il serait le premier à le féliciter, il dirait: +bien joué gars, tu es super+”.

Il restera encore une journée de Bundesliga à Lewandowski pour améliorer cette marque mythique, avec la réception samedi prochain d’Augsbourg.

Homme-clé du triplé

Ce record vient couronner deux saisons d’exception du buteur Polonais, qui semble avoir atteint à 32 ans l’apogée sa carrière.

Après des années à dominer la Bundesliga, mais sans jamais vraiment exploser au niveau international, Lewandowski a soudain pris une autre dimension. Il fut l’an dernier l’homme-clé du triplé du Bayern, en terminant meilleur buteur dans les trois compétitions, le championnat (34 buts), la coupe d’Allemagne (6 buts) et la Ligue des champions (15 buts).

Ces exploits ont été couronnés par une récompense qu’il attendait depuis des années: le titre de meilleur joueur Fifa-2020, équivalent du Ballon d’Or, non décerné l’an dernier en raison de la pandémie de Covid-19.

L’une de ses plus étonnantes caractéristiques est sa constance, physique et mentale.

De toutes les stars du Bayern, il est le seul qui ne baisse jamais de niveau lors des passages à vide de l’équipe, souvent en novembre ou décembre. Physiquement, sa résistance aux blessures est stupéfiante, pour un attaquant qui n’est jamais ménagé par les défenseurs adverses. De son arrivée au Bayern en 2014 jusqu’en fin de saison dernière, il avait manqué en moyenne moins de trois matches par saison.

“Mon mari est une machine”

Son record de but cette saison est d’ailleurs d’autant plus extraordinaire que Lewandowski a manqué pour une fois plusieurs matches, et qu’il a atteint la marque de 40 buts en ne participant qu’à 28 matches de Bundesliga.

“Robert est le joueur le plus complet dans le football mondial”, dit de lui Lothar Matthäus, Ballon d’Or 1990, “il a franchi un palier la saison dernière et il est devenu encore meilleur. Il est en outre devenu l’un des leaders du vestiaire du FC Bayern”.

Buteur d’instinct mais travailleur acharné, l’homme qui fut repéré à l’âge de 21 ans par Dortmund alors qu’il jouait au Lech Poznan, en Pologne, n’a jamais cessé de progresser.

Au fil des ans, il a diversifié son jeu. Capable de décrocher pour venir participer à la construction, très fort dos au but, défenseur appliqué s’il le faut, il est bien plus qu’un simple finisseur.

Sa rigueur dans la préparation, son assiduité à l’entraînement, son souci de l’alimentation, sont aussi cités en exemple au Bayern et au-delà.

“Mon mari est une machine”, a lancé récemment son épouse Anna, ancienne internationale polonaise de karaté, qui lui sert de coach privée et veille sur son régime alimentaire. Ses coéquipiers, eux, l’ont surnommé “The Body” pour son corps sculpté par la musculation.