Allemagne: le Bayern à une victoire du titre, en plein psychodrame

Le président du directoire du Bayern Munich, Karl-Heinz Rummenigge, lors d’un meeting à Munich, le 30 novembre 2018
Par Christophe BEAUDUFE / © 2021 AFP

Les fans injurient le directeur sportif, les patrons sont furieux contre l’entraîneur, mais tout ce beau monde va communier dans l’allégresse samedi si le Bayern Munich s’impose en déplacement à Mayence (15h30) et décroche un nouveau titre de champion d’Allemagne.

Le 31e titre de son histoire, le neuvième consécutif, tend les bras au géant bavarois, qui compte dix points d’avance sur Leipzig à quatre journées de la fin.

Pour que les Munichois soient sacrés, il faut que l’écart avec Leipzig reste le même après cette 31e journée. S’ils ne gagnaient pas samedi, ils auraient encore une chance de déboucher la bière dimanche, si leur poursuivant ne parvenait pas à un meilleur résultat qu’eux contre Stuttgart (15h30).

Déjà homme de la semaine pour les fans européens (avec son collègue du Paris Saint-Germain Nasser Al-Khelaïfi) pour avoir refusé de rejoindre la Super Ligue dissidente que douze autres grands clubs européens ont tenté de lancer, Karl-Heinz Rummenigge, le président du directoire du club, pourrait ranger un énième trophée dans l’armoire du Bayern samedi.

Dans la foulée, l’homme fort du Bayern devra crever l’abcès provoqué le 17 avril par son entraîneur Hansi Flick, qui a publiquement annoncé, en direct à la télévision, son intention de claquer la porte en fin de saison, sans aller au bout de son contrat.

Lewandowski, le retour

En un week-end, le grand Bayern va donc jongler entre ses deux surnoms: “Rekordmeister”, qui signifie en allemand “détenteur du record de titres de champion”, et “FC Hollywood”, qu’on lui accole depuis des années à chacun de ses psychodrames entre stars.

Pour le match de samedi, les retours de blessure de Robert Lewandowski, Leon Goretzka et Serge Gnabry sont de bonnes nouvelles. Mayence, encore en lutte pour son maintien, ne semble pas de taille à empêcher le couronnement du Bayern.

Mais ce week-end, la pression ne sera pas seulement dans les chopes. La situation en interne est plus que tendue. Le départ de Flick, ce n’est pas un secret, est lié à ses divergences avec le directeur sportif Hasan Salihamidzic.

L’entraîneur reproche à “Brazzo” d’avoir affaibli l’équipe avec un mauvais recrutement l’été dernier, et de laisser partir en fin de saison David Alaba et Jérôme Boateng, deux piliers de son onze type.

Dans la semaine, les supporters sont entrés dans le jeu. Très attachés à Flick, devenu une icône du club depuis son triplé coupe-championnat-Ligue des champions la saison dernière, ils ont lancé une pétition pour exiger le limogeage de Salihamidzic.

Haine en ligne

Dès jeudi, plus de 70.000 fans l’avaient signée. Le directeur sportif et sa famille sont visés par des messages haineux sur les réseaux sociaux. Et encore, le huis clos évite des manifestations d’hostilité en tribune qui auraient pu mal tourner.

Le président du club Herbert Heiner est personnellement monté au créneau pour demander aux fans de se calmer. “Nous condamnons les attaques personnelles avec la plus grande fermeté”, a-t-il déclaré mercredi.

“Nous comprenons qu’un entraîneur aimerait de préférence disposer d’un effectif de 30 stars de haut niveau […] mais nous avons le coronavirus et devons compter avec une perte de revenus d’environ 150 millions d’euros”, a-t-il ajouté, pour justifier la politique de Salihamidzic.

Vendredi, en conférence de presse d’avant-match, Flick a lui-même essayé d’éteindre l’incendie: “Malgré tout ce qui nous a opposé ces dernières semaines, (ces attaques) sont quelque chose que je désapprouve absolument”, a-t-il dit.

Les chances que Flick reste à Munich sont infinitésimales, d’autant plus qu’il passe pour le favori pour prendre la succession de Joachim Löw comme sélectionneur de l’équipe d’Allemagne après l’Euro cet été.

Ses dirigeants ont promis de le rencontrer en tête-à-tête “après le match de Mayence”. L’ambiance de la réunion sera moins lourde si Flick y arrive avec un titre de champion d’Allemagne comme cadeau de départ…