Allemagne: à 34 ans, Nagelsmann découvre l’univers impitoyable du Bayern Munich

Le nouvel entraîneur du Bayern Munich, Julian Nagelsmann, lors du match à domicile contre Naples, comptant pour le Audi Summer Tour 2021, le 31 juillet 2021
/ © 2021 AFP

Julian Nagelsmann, nouveau coach de 34 ans du Bayern Munich, est déjà sous pression avant d’attaquer vendredi la Bundesliga à Mönchengladbach (20h30), dans un club où tous ses prédécesseurs ont au minimum remporté le championnat depuis 2013 sans interruption.

Un trentenaire pour succéder aux légendaires Guardiola, Ancelotti, Heynckes et autre Flick (parti entraîner l’équipe nationale) sur le banc du vénérable “Rekordmeister”: les dirigeants du géant bavarois ont pris un risque, et offert au jeune ambitieux le plus gros défi de sa très jeune carrière.

Ses titres en professionnel? Aucun! Les plus belles lignes de son CV? Une demi-finale de Ligue des champions 2020 avec Leipzig (perdue contre Paris), et une défaite en finale de Coupe d’Allemagne 2021 face à Dortmund.

Sa préparation chaotique, trois défaites et un nul, ne lui a pas permis d’engranger de la confiance. Et pourtant personne, à Munich, n’imagine autre chose qu’un 10e titre consécutif en mai prochain.

Nagelsmann va découvrir la gestion d’un vestiaire de stars multimillionnaires aux égos parfois envahissants, où il n’aura même pas le bénéfice de l’âge: Robert Lewandowski (33 ans le 21 août) et le capitaine Manuel Neuer (35 ans) sont de sa génération.

“Si je ne gagne rien…”

Il va découvrir aussi l’un des rares clubs en Europe où seule la victoire est acceptable, et où l’on parle de “crise” après trois matches consécutifs sans succès. Quatre entraîneurs viennent de défiler en cinq ans: deux ont été limogés en pleine saison, Carlo Ancelotti et Niko Kovac.

“Au FC Bayern, le succès doit arriver très vite”, a d’ailleurs mis en garde Oliver Kahn, le nouveau patron qui succède à Karl-Heinz Rummenigge: “Nous voulons rester dans le top 3 européen”. En clair, le titre de champion est obligatoire, le doublé souhaitable, et la Ligue des champions toujours un objectif affiché.

“Si je ne gagne rien ici, ce sera de ma faute”, a déjà admis Nagelsmann, à qui les dirigeants ont témoigné leur confiance avec un contrat de 5 ans, après l’avoir arraché à Leipzig pour 25 millions d’euros.

Mais le trentenaire connaît trop bien le foot pour se faire des illusions: “Je ne me sentirai arrivé et au chaud que lorsque j’aurai gagné des titres. Là je ferai vraiment partie du FC Bayern”, dit-il.

“Chacun sait que je rêvais de signer au Bayern lorsque j’étais joueur. Ca n’a pas marché, mais maintenant je suis tout près du rêve de ma vie”, a dévoilé celui qui, lorsqu’il était enfant en Bavière, dormait sous une couette aux couleurs rouge et bleu du Bayern.

“Attirer la lumière”

Gravement blessé à 20 ans, il a renoncé à une carrière professionnelle pour devenir coach. Il a développé au fil des années une philosophie: dans la défaite, “en tant qu’entraîneur, tu dois attirer la lumière vers toi, dit-il, pour montrer que tu as tout sous contrôle et que tu sais ce qu’il faut faire”. Dans la victoire en revanche, “je me mets en retrait et je laisse les gars sur le devant de la scène. La victoire, c’est un moment qui appartient aux joueurs”.

Sa première tâche de technicien va être de reconstruire une charnière défensive, après les départs simultanés de David Alaba et Jérôme Boateng, les deux centraux historiques du club. Il pourra tester les associations entre Niklas Süle, Lucas Hernandez, éventuellement Benjamin Pavard, et le jeune international français de 22 ans Dayot Upamecano, arrivé de Leipzig avec lui.

Il devra ensuite affiner l’identité de jeu de son équipe, même si le schéma de base semble difficile à bouleverser: depuis le début de la décennie dorée 2010 et l’époque Robben-Ribéry, le Bayern a toujours joué en 4-3-3, quel que soit l’entraîneur, avec des ailiers dribbleurs-buteurs (actuellement Gnabry, Coman ou Sané) au service du canonnier maison Robert Lewandowski.